Affaire Angot : Jean-Marc Ayrault interpelle séchement la Pdte de FranceTélévisions, le Créfom a porté plainte

Les propos de Christine Angot n’ont pas choqué seulement les élus, associations ultramarines ou anonyme. Aujourd’hui après les réactions de l’élue Babette de Rozières, les plaintes du Créfom et des Amis du Général Dumas, c’est l’ancien Premier Ministre Jean-Marc Ayrault sous la présidence de François Hollande qui réagit avec sévérité.

Responsable de la Mission de préfiguration de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage Jean-Marc Ayrault écrit :

Paris, le 06/06/2019

Madame la Présidente,

En septembre dernier, vous m’avez reçu dans le cadre de la mission de préfiguration de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage qui m’a été confiée par le Président de la République. Nous avions alors échangé sur la nécessité pour la France de reconnaître cette part de son histoire, sur l’utilité de cette démarche pour renforcer la cohésion nationale, sur l’importance d’en partager les héritages, politiques, culturels et humains.
Alors que la Fondation va être créée cette année, les propos diffusés sur l’une de vos antennes il y a quelques jours montrent hélas l’ampleur du travail qui reste à faire sur cette question. Évoquant les risques d’une « concurrence des mémoires », une chroniqueuse de l’émission « On n’est pas couché » a ensuite comparé l’extermination des Juifs d’Europe et l’esclavage des Africains durant la période coloniale, qui d’après elle serait « exactement le contraire », « l’idée » des esclavagistes étant de maintenir leurs victimes « en pleine forme, en bonne santé ».
Hiérarchiser ainsi deux crimes contre l’humanité, reconnus et condamnés comme tels, n’a aucun sens et ne fait qu’alimenter cette « concurrence des mémoires » qu’il s’agissait pourtant de dénoncer. Quant à l’évocation de la réalité de l’esclavage, elle est simplement aberrante pour qui s’est un jour intéressé au sujet. J’y vois le signe de l’ignorance qui persiste dans notre pays sur ces pages de notre passé, y compris dans les milieux supposément les mieux informés.
Si l’on attend en toutes circonstances du service public le souci de l’exactitude dans l’évocation des faits historiques, cela est encore plus vrai lorsqu’il est question des pages les plus sombres de notre histoire. C’est la raison pour laquelle je m’étonne qu’aucune des personnes présentes sur le plateau n’ait jugé nécessaire de rectifier sur le champ de telles contre-vérités, et que, alors que l’émission n’était pas en direct, ce passage ait pu ensuite être diffusé en l’état.
Le service public a pourtant les moyens de faire reculer cette ignorance. Nous avons tous la responsabilité d’y travailler. Soyez assurée que la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage sera à vos côtés pour imaginer les meilleurs moyens de faire progresser la connaissance de cette histoire, et de partager avec le plus grand nombre les héritages multiples qu’elle nous a légués.

Je vous prie, Madame la Présidente, d’accepter l’expression de ma considération distinguée.

Jean-Marc Ayrault

Samedi dernier, dans l’émission On n’est pas couché, la chroniqueuse de Laurent Ruquier expliquait pourquoi l’horreur des camps de concentrations n’était pas le même que celle subie pars les milliers d’esclaves déportés d’Afrique vers les Amériques.

Daniel Dalin, membre du Créfom (Le Conseil Représentatif des Français d’Outre-mer) a confirmé qu’une plainte était posée en réaction des propos de l’écrivaine et chroniqueuse Christine Angot.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy – Images Capture écrans/C’news Actus Dothy/FranceOnu