Affaire Huygues-Despointes : 7 magistrats de Cassation sont traduits en justice

Vues : 2242

Une première qui fera date dans la Magistrature. 7 juges sont poursuivis pour faits de discriminations. Le 5 Février 2013, à Fort-de-France, ils avaient relaxé le martiniquais Alain Huygues-Despointes, poursuivi pour apologie de crime contre l’humanité. Les juges, en cassation reprochaient à la loi Taubira, de ne pas être normative. En somme, c’est une loi qui aurait une portée symbolique pour les commémorations, mais sans valeur juridique pour faire condamner un citoyen.

20160329_111324

Aujourd’hui, l’affaire s’est déplacée à Paris, à l’initiative du MIR Martinique, le MIR de Guadeloupe et le MNH sont dans la capitale pour une première phase du procès au Tribunal de Grande Instance.

20160329_111136

Ce matin dans le 6ème arrondissement, le Mouvement International pour les Réparations de Guadeloupe et Martinique a précisé en Conférence de Presse, sa volonté d’une réparation totale. En présence du Président du CRAN, Louis-Georges Tin,  l’avocate Claudette Duhamel, a expliqué les raisons de ce procès inédit. la militante a insisté sur le fait qu’il est important de respecter tout être humain et que c’est insulter les afro-descendants que de « nier » une loi qui permettrait de condamner les propos d’Alain Huygues-Despointes. Selon le MIR, les juges de la Cour de Cassation de Martinique ont « méprisé » la Loi du 21 mai 2001.

despointe

L’affaire commence en 2009. en pleine crise sociale à la Martinique, une île en surchauffe. Depuis huit jours les manifestations contre « la vie chère » ne diminuent pas, l’île-aux- fleurs est enflammée.
Sur Canal+, le 6 février, un documentaire de Romain Bolzinger est diffusé. Il s’agit de raconter l’histoire des « (Les)  Derniers maîtres de la Martinique », qui forment la communauté béké de l’île. Ce sont les derniers héritiers des colons, les derniers blancs arrivés en Martinique avant la Révolution Française. Alain Huygues-Despointes est descendant de parents esclavagistes installés sur l’île dès le 17ème siècle (Une Autre Histoire).

Alain Huygues-Despointes que le journaliste interroge, dit regretter que les historiens dans leurs livres, ne parlent pas du « bon côté de l’esclavage. Selon lui, les esclaves n’ont pas tous été persécutés, certains colons ont montré de la mansuétude pour leurs esclaves. La suite de ses confidences est reprise par les journaux de l’époque. Alain Huygues-Despointes reconnaît avoir « préservé sa race ». Il continue ainsi : « Quand je vois des familles métissées avec des blancs et des noirs, les enfants naissent de couleur différente, il n’y a pas d’harmonie ».

Ces propos ont déclenché la colère de milliers de martiniquais et de descendants d’esclaves dans le monde.

Choqué après les propos du béké martiniquais, le Secrétaire d’État à l’Outre-mer, Yves Jego réagi et le Procureur de Fort-de-France porte plainte contre Alain Huygues-Despointes. La justice est saisie pour apologie de crime contre l’humanité. En référence à la Loi Taubira du 21 mai, Loi N°2001-434 qui tend à reconnaître la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.
En conséquence, pour les associations comme le MIR, elle ouvre droit à des réparations et à une reconnaissance des souffrances subies par les esclaves et leurs descendants actuels, qui réclament de la dignité.

2010, L’accusé Alain Huygues-Despointes, qui est Directeur d’une Entreprise Agro-alimentaire qui emploie 600 salariés en Martinique, est condamné en Correctionnel à une amende de 7500 Euros. Il fait appel de la décision. Un an plus tard, en 2011, les juges de la Cour d’Appel confirme le premier jugement et reconnaît l’apologie de crime contre l’humanité. Il doit payer une amende plus lourde de 20 000 Euros et 2500 Euros à la LICRA (Ligue contre le Racisme), et publier sa condamnation dans la presse.

Mais, coup d’éclat, le 5 février 2013, La Cour de Cassation annule les sanctions, Mr Huygues-Despointes est réhabilité. Le Mouvement International pour les réparations analyse les faits :

Par l’arrêt qu’ils ont rendu le 05 Février 2013, des Juges de la Cour française de Cassation ont prétendu statuer :
Que le droit français ne prévoit pas, pour les Africains et leurs descendants, le droit au respect et à la protection de la « dignité inhérente à la personne humaine » (Puisqu’il en ressort que nul ne peut être poursuivi du fait d’apologie de crime ou de négationnisme dés lors qu’il s’agit du crime contre l’humanité objet de la loi du 21 Mai 2001, à savoir la « traite négrière transatlantique » et l’esclavage sous sceaux chrétien et maçonnique)

Aussitôt, le MIR et deux autres associations, le Collectif des fils et filles d’Afrique déportés et le Mouvement pour une Nouvelle Humanité, portent plainte, cette fois contre les 7 juges qui ont relaxé Alain Huygues-Despointes.

20160329_111122

Cet après-midi, le MIR annonce que ce nouveau procès autour d’Alain Huygues-Despointes, aura lieu le 26 Avril au Tribunal de Grande Instance de Paris, il mettra en accusation 7 juges de la Cour de Cassation de la Martinique. Ces magistrats devront expliquer en quoi la Loi Taubira du 21 mai 2001 n’est pas normative, en résumé, les nouveaux juges diront si cette loi est inconstitutionnelle donc inapplicable.

Dorothée Audibert-Champenois


1 commentaires :

  1. Christian GRIFFARD

    Donc ce type ne veut pas se mélanger à des noirs et c’est un délit????…..ainsi, on ne doit pas entraver la volonté farouche d’un noir de devenir un peu blanc dans une union mixte….ok! j’ai compris.

Les commentaires sont fermés