Affaire Keziah : Le Procureur contre-attaque, menaçant de dépayser le dossier et de porter plainte contre les avocats du militant

Trois jours après le renvoi, pour la deuxième fois, du procès du jeune militant martiniquais Keziah Nuissier, le Procureur de la République a annoncé, jeudi, son intention de demander le dépaysement du dossier dans l’Hexagone, faute de « sérénité nécessaire » pour juger l’affaire à Fort de France.

« (…) Je considère que nous n’avons plus à Fort de France la sérénité suffisante pour juger de cette affaire », a déclaré jeudi sur RCI Martinique, Renaud Gaudeul, ajoutant : « j’ai (…) indiqué que j’allais demander le dépaysement de ce dossier ».

Le Procureur a imputé cette situation notamment au « comportement » des deux nouveaux avocats du militant anti-chlordécone. Le jeune homme devait être jugé lundi 9 novembre au Tribunal correctionnel de Fort de France pour violence à l’encontre de personne dépositaire de la force publique, survenue le 16 juillet dernier, en marge d’émeutes à Fort de France, ce que Kéziah conteste.

Mais son procès a été renvoyé, à la demande de la défense, sur fond de guerre de communication entre le Parquet et la défense. Renaud Gaudeul a annoncé jeudi qu’une plainte serait déposée à l’encontre de la nouvelle défense de Kéziah, composée de Me Eddy Arneton et du Bâtonnier Raphaël Constant. Ils ont récemment repris en mains l’affaire controversée de Kéziah.

« Mon adjointe m’a d’ores et déjà fait part de son souhait de déposer plainte parce qu’elle considère – et je la soutiens totalement en cela – que ces faits méritent une sanction pénale », a indiqué le Procureur.

« Il m’appartient à partir du moment où je considère que des fautes disciplinaires ont été commises de saisir le Parquet général qui est compétent pour engager ces poursuites disciplinaires », a-t-il précisé.

Le Procureur de la République a accusé les deux avocats « de raconter n’importe quoi », de mentir, d’avoir cherché à le discréditer aux yeux de l’opinion publique et d’avoir « dénigrer » les enquêtes de police et de gendarmerie.

« En amont de cette audience il s’est passé des choses très graves qui ont justifié que je descende à l’audience pour exprimer la parole du ministère public », a expliqué Renaud Gaudeul.

« Il y a des bornes qui ont été dépassées et que l’on ne peut pas tolérer », affirme le Procureur

« Certaines personnes ici, à commencer par les avocats, tentent de donner une dimension ‘politique’ à cette affaire, alors qu’il s’agit purement et simplement d’une affaire de droit commun », a fait observer le Procureur selon lequel « il y a des bornes qui ont été dépassées et que l’on ne peut pas tolérer » .

« Pourquoi déblatérer et tenir des propos qui sont factuellement faux dans la presse pour ainsi dénigrer ce qui a été réalisé. C’est pour cela que je porte plainte », a justifié le Procureur, accusant les deux avocats de « diffamation ».`

« Le plaignant et ses avocats ont parfaitement le droit de ne pas être d’accords, mais est ce qu’on a besoin de mentir et de raconter n’importe quoi ? », a fustigé Renaud Gaudeul, démentant les accusations des deux avocats selon lesquelles la garde à vue du jeune homme aurait été prolongée alors que son état de santé ne le permettait pas ou encore qu’il aurait saigné sur la moquette de son bureau.

« C’est faux ! Il se trouve qu’il n’y a pas de moquette », a-t-il asséné. «Tout cela est totalement faux. C’est dit avec un tel aplomb, c’est pour laisser croire que ces éléments sont justes ou en réalité tenter de faire passer le Parquet, l’action de ce Parquet pour une action totalement inhumaine ou une action totalement illégale », s’est défendu le Procureur.

Il a toutefois dénoncé le comportement des deux gendarmes qui ont violenté Keziah après son arrestation, tout en réaffirmant que l’interpellation du jeune était « légitime ».

« Dans ce dossier-là, il est hors de question pour moi de légitimer et de dire que l’action qui a été celle des forces de l’ordre et notamment de deux gendarmes après l’interpellation de ce jeune homme est normal », a-t-il dit.

« Ce n’est pas pour rien si j’ai pris la parole pour dénoncer publiquement, à l’issue d’une enquête extrêmement poussée qui a été menée sur les agissements de ces gendarmes », a-t-il encore dit.

« Mais ces agissements que je déplore des forces de l’ordre, ne sauraient en aucun cas effacer l’action qui a été celle de Mr Nuissier, qui au regard des éléments dont je dispose dans le dossier m’amène à considérer qu’il y a des éléments justifiant que l’intéressé soit jugé pour ces faits-là », a toutefois rappelé Le Procureur.