Affaire Pierre-Emile : L’histoire qui émeut la Martinique et même au-delà

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Le mardi 2 décembre 2014, une femme de 58 ans, Francette Pierre-Emile, quittait l’établissement scolaire où elle enseignait, à Fort de France. Ce sera la dernière fois que ses collègues et ses élèves la verront.

Il est un peu plus de 12 heures ce jour-là, Francette Pierre-Emile, une femme simple, sans histoire hors du commun, aimant la vie, monte dans son véhicule pour se rendre comme à l’accoutumée à son domicile où l’attend son mari. D’abord étonné de ne pas la voir arriver, celui-ci l’appelle sur son mobile, sans succès.

A la nuit tombée, véritablement inquiet cette fois, le mari de Francette, après avoir tenté maintes fois de la joindre, alerte le reste de la famille et l’établissement scolaire.

L’inquiétude, qui a déjà gagné toute la famille de Francette ainsi que l’ensemble de la communauté scolaire du Couvent de Cluny, sera d’autant plus grande que la voiture de la victime sera retrouvée sur le parking du Patio de Cluny.

Surviennent alors les incontournables questions : Où est donc ma femme, notre maman, notre collègue, la maîtresse, ..? Que lui est-il arrivé? Comment et pourquoi sa voiture est-elle ici sur ce parking? Des questions qui resteront sans réponse durant un certain temps.

Le jour de sa disparition, dans l’après-midi, un témoin aurait semble t-il aperçu Francette faisant des achats dans les boutiques de Cluny. L’enquête s’orientera d’abord dans cette direction. Une battue sera même organisée le dimanche 7 décembre par les proches et les amis de Francette dans le secteur.

La battue n’ayant rien donné, l’enquête suit alors son cours. L’affaire, très complexe, alimente toutes les conversations. La douleur, mais aussi la peur, se lisent sur le visage de l’ensemble des martiniquais, chacun se mettant à la place du mari, des enfants, des collègues ou des élèves.

Aucune information, aussi infime soit-elle, ne filtre de l’enquête. La discrétion des personnes en charge de l' »affaire Pierre Emile » est si importante que l’on est parvenu à se demander si
ces dernières avaient en réalité quelques indices pouvant faire avancer les recherches ou, pire encore, si « nos enquêteurs », sur une si petite île, étaient capables de résoudre une telle affaire.

Mais l’enquête avancera tout de même, envers et contre tout, puisque des indices relevés dans le véhicule de Francette permettront aux enquêteurs d’orienter leurs recherches en direction d’un homme, un proche de la famille, qui n’est autre que l’ex beau-fils de l’enseignante. Celui-ci s’était proposé, quelques jours auparavant, pour le prélèvement de l’ADN des proches. Il avait même, comme beaucoup de martiniquais profondément touchés par cette disparition, relayé l’information sur les réseaux sociaux.

le 11 décembre, le criminologue Laurent Montet, qualifiait l’affaire de la disparition de Francette Pierre-Émile de passionnelle. En direct sur une chaîne de télévision publique, il déclarait
que « Le suspect s’est vengé d’une femme qui l’a empêché de concrétiser son amour ». L’identité de ce dernier sera révélée publiquement, lors d’une conférence de presse, par le Procureur de
le République lui-même, Philippe Ponsar. Ce qui ne manquera pas d’interpeller un de nos confrères, déclarant : « Cette semaine j’ai vu les nom, prénom, et photos d’un présumé innocent (puisque non déclaré coupable) livré en pâture au peuple! J’ai lu qu’un pseudo « expert » criminologue avait été convié à exposer sa science, ses certitudes, sur cette affaire en cours d’instruction sur la chaîne publique ! Et enfin pour conclure la semaine, une association invite à une marche blanche en l’honneur de la personne disparue, encore recherchée, sans aucune considération pour la sensibilité des membres de la famille de la dame qui n’auraient peut être pas commencé leur deuil! ».

Le lundi 15 décembre, en effet, une marche silencieuse était organisée par l’Union des Femmes de Martinique dans les rues de Fort de France, dénonçant par là même les violences conjugales.
Deux cents personnes, des anonymes mais aussi des personnalités, vêtues de blanc, se sont donc données rendez vous devant la cathédrale de Fort de France à 18 heures pour cette manifestation.

Trois jours avant, le vendredi 12 décembre au matin, policiers et pompiers effectuaient des recherches à Didier, à Fort de France. Ils avaient été alertés par une odeur s’apparentant à
celle d’un corps humain en décomposition dans ce secteur, à proximité du domicile du suspect, écroué depuis la découverte de son ADN dans le véhicule de la victime. Pour rappel, des traces
de sang de Francette avaient également été retrouvées dans le coffre de sa voiture, sur ses chaussures et à son domicile.

Après plusieurs passages devant le juge et malgré les nombreuses sollicitations de son avocate, le suspect niera toute implication dans cette disparition qui, à cette étape de l’enquête, semble
bel et bien correspondre à un meurtre. Le silence de Philippe Ponsar ne contribuera qu’à soulever la haine chez les proches de Francette puisque toutes les preuves semblent contre lui.

Entre temps, rongé par le remords, Philippe Ponsar changera d’avocat et, sous les conseils de ce dernier, lors d’une ultime audience ce vendredi 19 décembre, soit 17 jours après les faits,
il avouera en quelques minutes au juge d’instruction avoir donné la mort à Francette Pierre-Emile. Encadré de gendarmes et de policiers, accompagné du juge d’instruction et du Procureur de la République, il indiquera très précisément où trouver le corps de la mère de famille ainsi que ses effets personnels. Le corps de Francette, gisant par 30 mètres en contre bas de la route, sera acheminé par l’hélicoptère de la sécurité civile. Sons sac et son téléphone, ainsi que ses papiers, seront ensuite retrouvés, suivant les indications de Philippe Ponsar, dans un ravin
à case-Pilote. Même si on s’y attendait, près de deux semaines après la disparition, c’est un bien tragique dénouement qui touche la Martinique entière et même au-delà.

J’ai suivi cette disparition depuis la métropole où je réside je suis attristée de ce dénouement et soulagée pour la famille. Je prie pour que la famille trouve la force d’avancer il faut se remettre au seigneur, il sait apaiser nos souffrances …

C’est véritablement une bien triste histoire que celle du meurtre de Francette Pierre-Emile, qui, pour avoir voulu défendre les intérêts de sa fille, a dû perdre la vie, 7 ans après.
Mais cette terrible affaire n’est certainement pas finie puisqu’il faudra tout de même s’attacher à comprendre pourquoi et comment cette femme de 58 ans a été tuée par celui qui a tenté
de conquérir sa fille 7 ans plus tôt. Cela risque d’être long avant d’en savoir plus puisqu’il faudra attendre environ 2 ans avant que le procès de Philippe Ponsar ait lieu.

L’autopsie du corps de Francette, qui devrait déjà nous en dire un peu plus, devrait avoir lieu dans les prochains jours.

Si aujourd’hui la famille de Francette Pierre-Emile s’apprête à faire son deuil, le procès à venir risque fort de faire resurgir le cauchemar de ces deux dernières semaines effroyables.


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