Alfred Marie-Jeanne à propos du blocage de l’abattoir de Martinique : « Voilà toute la vérité. Elle peut offenser, mais elle reste la vérité »

Le Président de la CTM, Alfred Marie-Jeanne a organisé une conférence de presse où il s’est exprimé sur la situation de l’abattoir de Martinique bloqué depuis une dizaine de jours. Les artisans bouchers sont mobilisés afin de contester la hausse de la taxe d’abattage sur les animaux.

Ci-dessous, l’intégralité de la déclaration du Président Alfred MARIE-JEANNE, (lue en conférence de presse), à propos du blocage de l’abattoir Territorial de Martinique :

« C’est un sujet hautement préoccupant que celui de la gestion de l’abattoir. Il défraie la chronique. Certains, sans vérification sérieuse aucune, se font le relai, d’informations erronées.

1) Ainsi les animaux seraient en divagation et attaqués régulièrement sur le site de l’Abattoir !
Si tel était le cas, pourquoi ne pas interroger aussi les Services de l’Etat ? car l’Abattoir est soumis à un règlement sanitaire strict qui est régulièrement réévalué. En réalité, les attaques s’apparentent à des coups montés portant atteinte à l’outil. En effet, quelle était la motivation de ceux qui ont détérioré les caméras de surveillance de l’abattoir ? J’ai la vidéo comme preuve. S’il y a des chiens errants, ce problème relève de la compétence de la municipalité.

2) Les coûts des travaux de rénovation de l’Abattoir auraient été répercutés sur les prix de l’abattage !
La CTM a engagé des travaux pour la rénovation et la sécurisation du site pour un montant de 983 000 € entre 2016 et 2018 et de 372 542,75 € en 2019. Sans oublier les estimations
des travaux à venir qui se montent déjà à 611 000 €. Sachez que ces dépenses n’ont pas été répercutées sur les prix de l’abattage.

Les investissements sont supportés par le budget de la CTM complètement distinct de celui de la Régie des Abattoirs. Par ailleurs, les tarifs sont fixés par le Conseil d’Administration de la
Régie et doivent, selon le Code Général des Collectivités Territoriales, correspondre au prix de revient de la prestation d’abattage. On préfère dénigrer au lieu d’informer objectivement
C’est le moment de faire un retour sur les faits, rien que les faits :

– Créée en 1992, la SEMAM – l’ancien exploitant de l’Abattoir via une Délégation de Service Public pour le compte du Conseil Général – a été mise en liquidation par le Tribunal de Commerce, PAS PAR LA CTM, le 19 février 2019. Le motif, invoqué : la structure était déficitaire et le Commissaire à l’exécution du Plan de sauvetage a même indiqué et je cite « ne pas percevoir de possibilité de redressement de la structure ».
– Le jour de la liquidation, la SEMAM devait 2 591 267, 17 € à ses fournisseurs. Comment en est on arrivé là?

– En 2010, le Tribunal de Commerce avait déjà exigé :
– L’amélioration des tonnages traités
– Une meilleure maîtrise des dépenses de fonctionnement
– Une revalorisation des redevances d’abattage

Permettez que je m’attarde sur les exigences du Tribunal de Commerce :

1. L’augmentation des tonnages traités ne dépend pas de la Régie ! C’est la mission première de la Chambre d’Agriculture.

Néanmoins à mon arrivée à la présidence de la CTM, j’ai organisé en 2017, en partenariat étroit avec la Chambre d’Agriculture, les Assises de l’Agriculture pour faire le point sur la situation et l’évolution des filières « diversité et perspectives » ; puis en 2018, le Salon de l’Agriculture
MADIN AGRI sur la thématique « les développements durables du monde agricole ».

2. Concernant la maitrise des dépenses de fonctionnement : un ajustement de la masse salariale de la SEMAM avait déjà démarré en 2009, dans le cadre du redressement judiciaire. L’effectif de l’abattoir est ainsi passé de 52 à 21 agents. A cela s’est ajoutée la réduction
des jours d’abattage, pour contenir les coûts de production.

3. S’agissant plus précisément des tarifs, un diagnostic technico-économique de la SEMAM, lancé en 2012 par l’ex Conseil Général, mwen pa té la, et réalisé à l’époque par le PARM (Pole Agro Recherche de Martinique) et le Cabinet conseil (ADIV), constataient un décalage de 30
% entre prix de revient et les tarifs appliqués. Ce qui veut dire, qu’à chaque animal abattu, une perte de 30 % du coût de son abattage était supportée par la SEMAM.

Suite aux recommandations de l’étude, le Conseil d’Administration de la SEMAM, après consultation de la filière, a validé en 2015, mwen pa té la, l’augmentation des tarifs afin de
rééquilibrer les comptes.

Le 9 février 2018, suivant la décision de 2015, l’Assemblée Plénière de la CTM a validé, à l’unanimité une augmentation progressive sur 4 ans, des tarifs de la SEMAM. D’ailleurs la première réévaluation a été appliquée en 2018, par la SEMAM. Et savez-vous ce qui se passait ? Certaines coopératives barraient le montant dû et renvoyaient un document avec l’ancienne tarification de 1984. Alors qu’elles avaient validé la réévaluation !

Les élus en séance Plénière du 9 février 2018 ont reconnu que les difficultés financières permanentes de la SEMAM étaient principalement à la non- revalorisation des redevances
d’abattage. Et maintenant, certains élus et certains administrateurs jouent aux amnésiques ! Mantè pani mémwa ! Et pour ceux et celles qui seraient tentés de me contredire, je cite
des extraits de procès-verbaux de la SEMAM :
Extrait des Procès-Verbaux CA SEMAM 22 Juin 2015 : mwen pa té la
Je cite : Page 8 « Madame Catherine CONCONNE est solidaire des propos du Conseil d’administration et ajoute que nous devons augmenter les tarifs car il y va de la gestion de l’outil d’abattage. Il ne faut pas oublier que demain nous n’aurons qu’une seule collectivité »

Un autre élu, alors Président de la SEMAM « Monsieur Jean-Michel JEAN-BAPTISTE précise que la SEMAM ne reviendra ni sur le principe, ni sur les tarifs eux-mêmes car la revalorisation des tarifs a été votée à l’unanimité des présents lors du conseil d’Administration du 7 Avril dernier ».
Page 7 « Il précise qu’à sa demande le Directeur Général de la SEMAM a rencontré toutes les coopératives avec Monsieur Henry BASSON (le représentant des artisans bouchers en qualité d’Administrateur SEMAM) afin que cette augmentation se fasse de manière consensuelle et en toute transparence. »

Extrait des Procès-Verbaux CA SEMAM Novembre 2015 : mwen pa té la Je cite : Le même administrateur de la SEMAM, représentant les artisans
bouchers « Monsieur Henry BASSON explique que les artisans bouchers ne sont pas contre l’augmentation des tarifs, mais il est important de se mettre autour d’une table afin d’exprimer quel niveau d’augmentation que l’on peut absorber.

– En outre, il faut savoir que la majorité des Coopératives ne payaient pas les prestations d’abattage. En clair, l’abattoir leur fournissait un service quasiment gratuit ! Leur dette totale envers la SEMAM s’élève au jour de la liquidation de cette structure à 749 143,63 €.

– Dettes accumulées et tarifs non revalorisés sont les causes principales de la situation financière qui a conduit à la liquidation PAR LE TRIBUNAL DE COMMERCE.

– Certaines et certains prétendent encore que la CTM aurait dû sauver la SEMAM. Là encore des explications sont nécessaires :

. En 2018, le Payeur a rejeté un mandatement de la CTM au profit de la SEMAM, au motif et je cite que l’évolution de la réglementation ne permettait plus la reconduction de la Délégation de Service Public »

. En outre, la loi interdit formellement les subventions d’équilibre, au regard des règlementations européennes aux aides d’Etat, quelle que soit la forme juridique. Celles et ceux qui affirment le contraire continuent à mentir sciemment !

Toujours sur la problématique tarifaire : je rappelle que ces tarifs n’avaient pas été réévalués depuis 1984 ! Durant 34 ans l’abattoir a été maintenu sous perfusion, pour soulager la filière, mais il y a des abus que l’on ne saurait cautionner.

– Contrairement à ce qui est avancé, la création de la Régie n’a pas provoqué l’augmentation des tarifs. Cette dernière a été jugée incontournable pour assurer la pérennité de l’outil quel que soit son statut.

– Et en admettant que la SEMAM, tant bien que mal, aurait survécu, je vous rappelle que les tarifs réévalués auraient été appliqués de toute façon en avril 2019, selon l’échéancier
validé par l’Assemblée ! alors, il y aurait-il eu blocage des accès de la SEMAM ?

– Il est temps de préciser à quoi correspond la soit-disante excessive revalorisation :
La redevance d’abattage pour les bovins par exemple, passera de 48 centimes à 59 centimes. Soit une augmentation de 11 centimes. De même, la redevance d’abattage pour un porc passera de 46 centimes à 57 centimes. Soit une augmentation de 11 centimes. De même, la redevance d’abattage pour un cabri passera de 1,44 € à 1,99 €. Soit une augmentation de 55 centimes.

On est très loin d’un doublement des prix, tel que propagé indignement. Comparaison n’étant pas raison, je vous rappelle tout de même, que le prix de la bouteille de gaz vient très récemment d’augmenter de 73 centimes en un mois en Martinique.

– Je le réaffirme solennellement : Rien n’a été fait dans le dos de la profession, ni à son insu !

Une non application des tarifs créerait immanquablement un déficit pour la Régie, dont le mandat est de rétablir et maintenir un équilibre budgétaire et financier. Et je rappelle que la loi
interdit formellement de « compenser un tarif inférieur au coût de revient ». En clair, la CTM ne peut combler les pertes dues à une sous-tarification. De même, la loi interdit d’appliquer des
tarifs différenciés en fonction des usagers de l’abattoir.

Nul n’est censé ignoré la loi, surtout quand on participe à leur vote… Donc au regard de tout ce que je viens de démontrer, rien ne saurait justifier le blocage des accès de l’abattoir.

Depuis le 23 septembre 2019, cela représente environ 8 000 € de perte par jour pour la Régie. Faites le calcul ! Sans compter le manque à gagner de la profession.

Personne ne peut nier que la filière viande est menacée dans son existence même, pour preuve:

– La marge exorbitante pratiquée par la grande distribution sur la viande de Martinique par rapport à celle appliquée sur la viande importée ;

– Le besoin de structuration de la profession.

En ce sens, j’ai demandé aux services concernés de la CTM de porter toute l’attention nécessaire à l’instruction des dossiers, qui devront être soumis aux instances délibérantes.
Toutes les composantes de la filière sont concernées, des producteurs aux distributeurs, toutes doivent s’impliquer dans la recherche de solutions.

Voilà toute la vérité. Elle peut offenser, mais elle reste la vérité.

Mèsi An Pil, Mèsi An Chay

Alfred MARIE-JEANNE
Président de la Collectivité Territoriale de Martinique »