Alfred Monthieux : «Cessons de croire que l’on est tout blanc et l’autre tout noir»

Vues : 729

Tribune d’alfred Monthieux, maire de la ville du Robert :

TOUR DES YOLES 2015 : Le Maire de la Ville du Robert Alfred Monthieux répond au Président de la Fédération des Yoles Rondes de la Martinique

« Cessons de croire que l’on est tout blanc et l’autre tout noir »

Mon désaccord avec le président de la Fédération des Yoles Rondes de la Martinique portant sur les modalités d’organisation du Tour, s’est soldé par un protocole d’accord signé dans la soirée précédant le départ du Tour des yoles, en présence de mon conseil juridique, Me Philippe Edmond-Mariette et des présidents d’associations de yoles réunies à la Ferme Perrine.

Dès cette sortie de conflit, je me préparais à renouer de cordiales relations avec celui qui préside aux destinées du monde de la yole. Mais, grande fut ma surprise durant toute la semaine succédant la fin du Tour de constater que le président Alain Dédé avait manifestement décidé de sortir son bazooka médiatique pour régler ses comptes avec le monde politique et avec moi en particulier.

« Il faut que le monde politique et le monde économique sachent qu’ils n’ont pas à nous dire ce que nous devons faire » se plaisait-il à répéter. Puis, il se mit dans la peau du martyr, se souvenant « d’avoir été agressé verbalement dans plusieurs communes et notamment au Robert où le comportement de certaines personnes aurait frisé l’agression physique…. » . Et le responsable désigné de tout cela, c’était le maire du Robert « en raison des propos tenus avant le Tour » Ces graves accusations à mon encontre sont sans fondement Permettez-moi de rappeler que c’est le peuple qui a fait de moi le maire du Robert et qu’en retour je suis à son entière disposition pour la défense de ses intérêts. Le Robert est le berceau de la yole ronde car les compétitions nées entre les marins pêcheurs de la côte est (Robert François-Vauclin) se sont développées grâce à l’implication des maires de ces communes et du Robert en particulier.

La Ville du Robert a accueilli 9 des 31 tours dont 3 sur les 5 dernières années, plus de 50% des courses de la saison 2014-2015.

La ville du Robert s’est, en outre, toujours acquittée de ses créances vis-à-vis de la fédération des yoles rondes dans des délais raisonnables.

LA GENÈSE DU CONFLIT

Sollicité pour l’organisation de cette 31ème édition par courrier du 30 juillet 2014, j’ai donné un accord de principe le 23 septembre en souhaitant avoir le cahier des charges pour la fin du mois de novembre afin de me permettre d’inscrire les dépenses générées au budget primitif 2015.

J’ai conditionné mon accord définitif à la prise en compte de trois propositions d’innovation ayant obtenu l’assentiment du président Dédé :

– Avancer au samedi soir la cérémonie de protocole pour permettre aux coursiers de mieux préparer la course du dimanche ;

– Remplacer le prologue par une vraie régate à l’exemple de ce qui avait été réalisé l’an dernier à Saint Pierre.

– Emprunter la passe de l’écurie, sans exigence de jour et de sens, tel que cela a été fait lors des 30 tours précédents, de façon à satisfaire les centaines de Robertins et de Martiniquais qui choisissent ce lieu mythique pour regarder passer les yoles à quelques mètres d’eux. Mes propositions n’avaient rien d’extraordinaire et ne pouvaient être considérées ni comme une injonction, ni comme une ingérence dans la définition des parcours et encore moins un diktat à caractère politique. L’organisation du Tour nécessite pour la ville un budget avoisinant les 300 000 euros, incluant notamment les frais de personnels et une contribution de 40 000 euros à la Fédération des yoles. Pour faire face à ces dépenses, la Ville s’est entourée de partenaires privés pour ne pas gréver le budget communal. Nous avons tenu 7 réunions d’organisation du Tour avec le président assisté seulement d’un personnel de l’entreprise chargée de la communication, et plusieurs fois, notamment les 31 mars et 16 avril, mon adjoint au sport qui me représentait, Claude Bellune, a rappelé les propositions que j’avais formulées et jusque-là, aucune objection n’avait été faite en retour. Ce n’est que le mardi précédant le Tour que nous eûmes connaissance du tracé définitif. J’ai découvert avec stupéfaction, que la passe de l’Ecurie avait été supprimée sans la moindre justification et ceci en dépit de l’avis favorable de plusieurs patrons pour l’effectuer le lundi lors de l’étape Robert-Sainte Anne.

De plus, en lieu et place de la régate promise le dimanche 26 juillet, un « contre-la-montre » est sorti du chapeau du président Dédé qui l’a présenté comme la grande innovation du Tour, oubliant qu’avant lui, en 1987, son prédécesseur Monsieur Georges Brival l’avait expérimenté au Marin, cela s’était révélé un échec. Les discussions étant dès lors impossibles avec le président de la Fédération, j’avais réuni en urgence un bureau municipal élargi la veille du Tour et considérant que la prestation proposée par le président Dédé ne correspondait pas aux engagements pris, mes collègues m’avaient demandé à l’unanimité de ne pas signer la convention avec la fédération des yoles rondes et de ne pas attribuer la somme de 40 000 euros prévue. La suite, on la connaît…

QUEL AVENIR POUR LA YOLE RONDE ?

Le président Dédé a annoncé que la pérennisation du Tour des yoles rondes passe obligatoirement par une maîtrise totale par l’organisateur des espaces aérien, maritime et terrestre des communes. Nous n’avons pas la même lecture des documents émanant de deux audits réalisés, l’un par un cabinet spécialisé, Cayribe, financé à hauteur de 40 000 euros par le Conseil régional et, l’autre, par Amaury Sport Organisation (A.S.O.) commandé par la F. Y. R. M. contre un montant de 50 000 euros. Parmi les recommandations préconisées pour inscrire le Tour dans la pérennité, j’adhère aux propositions suivantes :

– Faire évoluer le modèle de collaboration et d’engagement des collectivités locales auprès du Tour des yoles

– Penser le parcours du Tour en fonction des villes hôtes

– Diversifier les étapes du Tour afin de rendre chacune singulière et améliorer la qualité du spectacle sportif

– Rapprocher les yoles du grand public pour accroître la dimension terrestre du Tour

– Nécessité de créer un véritable produit packagé et complet respectant les standards internationaux avec l’appui des professionnels du secteur touristique

– Créer une société commerciale autour de la Fédération des yoles rondes

– Bien appréhender la quadruple dimension politique, économique, sportive et évènementielle du Tour. Je souhaite que les clameurs se taisent, que l’on retrouve la sérénité car la Fédération des yoles ne pourra rien sans le partenariat public/privé. Il est grand temps que chacun arrête de croire qu’il est tout blanc et l’autre tout noir, car une telle attitude nous priverait de la nécessaire remise en question pour garantir l’efficience de nos actions. Je remercie tous ceux qui ont compris le sens de ma prise de position. Et je comprends mais n’approuve point tous ceux qui s’approprient l’esprit des colonisateurs.

On a coutume de dire que la vérité emprunte les escaliers mais finit toujours par arriver à destination et par faire éclater la lumière sur l’histoire.

Alfred Monthieux
Maire du Robert