Antilles : Accusée d’avoir multiplié par trois le coût du fret aérien, Air France se défend

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Le député Serge Letchimy a alerté mardi le gouvernement sur les prix « prohibitifs» du fret aérien vers les Antilles pratiqués par Air France, qui profiterait d’une situation de monopole durant la crise sanitaire du COVID19.

« (…) La compagnie Air France/KLM, sans concurrence, est libre d’appliquer les prix qu’elle souhaite », a-t-il indiqué dans une lettre adressée mardi à la ministre des Outre-mer, Annick Girardin.

Serge Letchimy a rappelé que la situation géographique des deux îles, la Martinique et la Guadeloupe, impliquait « une utilisation importante du fret et notamment aérien » que la crise sanitaire du Covid -19 a mis à mal.

« Il y a clairement une sous-capacité de mise à disposition des marchandises par rapport à la demande. », a-t-il indiqué, assurant que cette situation a réduit l’offre, générant une hausse des prix.

« L’impact de cette sous-capacité se ressent sur des coûts de revient, et donc sur les consommateurs déjà en grande difficulté sociale et économique », a déploré le député.
« Dans le cadre de la lutte contre la vie chère et au nom de (la) continuité territoriale, une telle répercussion entrainant la hausse des prix à la consommation, est difficilement tolérable », a-t-il estimé.

La veille, le président du Syndicat des Commissionnaires en Douane et Transitaires de Martinique (SCDTM), avait déjà tiré la sonnette d’alarme en dénonçant dans une interview au journal France-Antilles une hausse du coût du fret aérien « multiplié par trois, en cette période de Covid-19 ».

« Depuis le 30 mars, il n’y a plus de concurrence sur les Antilles, mais également dans l’Océan Indien. Tous les parcs des compagnies aériennes sont cloués sur les tarmacs. En Martinique, seule Air France assure deux liaisons hebdomadaires, entre Paris et l’aéroport du Lamentin », a fait observer Jean-Claude Florentiny.

« Le problème qui se pose pour notre syndicat, qui représente 80 % des chargeurs et assure 90 % de la collecte de l’octroi de mer, c’est la politique tarifaire appliquée par Air France », a-t-il déploré.

« Certes, nous comprenons parfaitement la situation liée à la pandémie de Covid-19 mais la réalité, c’est que le coût du fret aérien a été multiplié par trois », a-t-il insisté.
Et d’ajouter : « On a parfois des hausses de 100 à 120 %, y compris sur du matériel médical ou para-médical. Ce n’est pas tolérable, surtout lorsque des vies humaines se retrouvent, en bout de chaîne, mises en cause », a-t-il ajouté.

Du côté de la compagnie aérienne, on se défend de pratiquer des prix prohibitifs.
Air France rappelle être la seule à avoir maintenu des vols réguliers entre la France hexagonale et les Antilles.

Elle explique que la hausse des coûts du fret est destinée à couvrir les coûts des vols actuels, non viables économiquement, sans aucune réquisition d’Etat.

Sur les quatre vols hebdomadaires, en dépit de la réduction de la capacité, « nos tarifs pour le transport de fret sont restés stables depuis le début de la crise du COVID-19, en particulier concernant les marchandises de première nécessité, au premier rang desquels les équipements et le matériel médicaux », assure Air France dans un communiqué.

« Afin de répondre à la forte demande exprimée notamment par les transitaires, Air France a mis en place des vols supplémentaires en utilisant des appareils utilisés habituellement pour le transport de passagers, dont seules les soutes sont utilisées », poursuit la compagnie.
Elle ajoute que « l’utilisation de ces appareils à des fins uniquement de transport de cargo n’est pas économiquement viable en pratiquant les tarifs en vigueur sur les vols réguliers ».
« Air France a dû par conséquent revoir ses tarifs à la hausse pour couvrir ses coûts sur ces vols », justifie la compagnie.

Deux vols hebdomadaires sont assurés au départ de Pointe-à-Pitre et Fort-de-France (soit 4 vols hebdomadaires vers Paris) permettant le transport de passagers et de fret, dans le cadre de la continuité territoriale.