Attentats de janvier 2015 : Le bouleversant témoignage de la mère de Clarissa Jean-Philippe à la barre

Le 8 janvier 2015, Clarissa Jean-Philippe, 26 ans, policière municipale, était abattue d’une balle dans le dos à Montrouge par le terroriste Amédy Coulibaly.

Ouvert le 2 septembre, le procès des attentats de janvier 2015 s’est poursuivi ce vendredi 18 septembre, avec notamment les proches de Clarissa Jean-Philippe.

Dans le cadre des audiences, sa mère, Marie Louisa Jean-Philippe, témoignait ce vendredi à la barre de la Cour d’assises spéciale de Paris.
Pour rien au monde elle n’aurait raté ce moment qu’elle attend depuis cinq ans. Elle a fait spécialement le déplacement depuis la Martinique, malgré son cancer.

A la barre, ses mains tremblent. Ses premiers mots sont pour rendre hommage à sa fille Clarissa qui avait beaucoup d’ambition et aimait la vie.
Elle a soif de raconter, en particulier ce terrible coup de téléphone reçu à 6 heures du matin, le 8 janvier 2015, lui annonçant qu’on lui a « enlevé Clarissa ».

Sous le choc, elle laisse tomber sa tasse de café. Elle n’en boit plus, depuis. Elle s’enfermera dans le déni, refusant d’accepter la mort de sa fille, jusqu’à son déplacement quelques jours plus tard à Paris.
Ce vendredi 18 septembre Marie-Louisa Jean-Philippe est venue dire qui était à sa fille et surtout trouver des réponses à ses nombreuses questions.

«Pourquoi les accusés ont fait ça ? »

Pourquoi Amédy Coulibaly lui a enlevé sa fille ?
Le terroriste qui a par la suite pris plusieurs otages dans un supermarché casher et tué quatre autres personnes avant d’être abattu.
La veille, Marie-Louisa Jean-Philippe déclarait appréhender ce procès : « C’est très très difficile, il y’a l’angoisse. » Elle ajoutait vouloir savoir « pourquoi les accusés ont fait ça ».

Ce vendredi dans la salle d’audience, des photos sont projetées devant des spectateurs silencieux : on y voit Clarissa Jean-Philippe enfant, puis adolescente et enfin jeune femme à la sortie du cinéma.

“À la sortie du cinéma”, commente sa mère à la barre ou encore “avec ses nièces lorsqu’elle est venue en vacances fin 2014”.

« On était comme deux sœurs”, raconte sa mère qui décrit “une relation fusionnelle ».
La veille de sa mort, Clarissa Jean-Philippe et sa mère ont discuté au téléphone. “J’étais inquiète suite aux faits de Charlie Hebdo, mais elle m’a dit : ‘ne t’inquiète pas, maman, on a des gilets pare-balles’.

La mère conclut son intervention en parlant des accusés sans les regarder, la voix tremblante : « S’ils ont fourni les armes, ce sont les plus coupables parce qu’ils avaient l’intention de tuer. »
Suivent d’autres témoignages comme celui du binôme de Clarissa à la police municipale qui décrit une femme « extraordinaire » ou encore celui de sa cousine, qui se remémore, en larmes, leur enfance et leur adolescence.

Clarissa était “très épanouie dans sa vie professionnelle”, raconte sa cousine. “Elle devait recevoir son diplôme de policière pas longtemps après sa mort. Elle était très fière.
Elle comptait aussi passer le concours de la police nationale”.

« On a partagé nos secrets de filles. Son premier baiser avec un garçon, j’étais là”. Elle était “timide, réservée, mais croquait la vie à pleines dents”

Pendant quelques minutes, elle fait revivre Clarissa avec laquelle elle avait “un an d’écart ».
“On a partagé nos secrets de filles. Son premier baiser avec un garçon, j’étais là”. Elle était “timide, réservée, mais croquait la vie à pleines dents”.
“C’est quand même difficile de laisser toute sa famille et partir à des milliers de kilomètres, je le sais parce que je l’ai vécu”, poursuit sa cousine. “Ça représente un grand pas pour quelqu’un des DOM.”

« Ma Clarissa”, dit affectueusement Jonathan, policier municipal et binôme de Clarissa

Il se trouve avec elle, ce matin du 8 janvier, lorsqu’on les appelle pour intervenir sur un accident de la circulation. “Nous sommes vêtus d’un gilet fluorescent avec “police municipale” dans le dos et la voiture avec le gyrophare allumé”. “On était très visibles”. Clarissa et son collègue discutent “de ce qu’il s’était passé la veille à Charlie Hebdo”. “Et puis, j’entends un bruit”, raconte l’homme de 38 ans à la barre, imitant le bruit en question : “crr, crr”. “Je dis à Clarissa : « c’est bizarre, il y a un bruit d’armement ». Elle me répond : « arrête tes bêtises ! ».

“J’ai vu une masse noire”, poursuit Jonathan. “Derrière le panneau publicitaire, l’ombre a fait demi-tour. Et là : “Pan”. Un bruit assourdissant.”