Au Royaume-Uni, d’autres statues de négriers prises pour cibles

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Monde
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Au Royaume-Uni, après le spectaculaire déboulonnage de la statue du négrier Edward Colston à Bristol, d’autres statues d’esclavagistes ont été prises pour cibles par des anti-racistes, déterminés à les faire disparaître toutes de l’espace public.

Ce Mardi soir 9 mai, à Oxford des milliers de manifestants ont réclamé le retrait de la statue de Cecil Rhodes, un magnat minier, homme politique colonisateur, très actif en Afrique du Sud au 19e siècle.

Les militants antiracistes s’étaient rassemblés dans la ville universitaire d’Oxford au pied de la statue de Cecil Rhodes, au moment même où se tenaient les funérailles de George Floyd, l’afro-américain mort asphyxié par un policier blanc.

La foule, qui réclamait de « faire tomber » la statue de Cecil Rhodes, scandait « Décolonisez! ».
Assis, poings levés face à sa statue qui orne la façade d’un bâtiment de la faculté, les manifestants ont observé un long moment de silence.

Depuis 2016, cette statue est dans le collimateur du collectif « Rhodes must fall » (« Rhodes doit tomber »), mais l’Oriel College ne veut rien savoir.

La présidente du conseil municipal d’Oxford, Susan Brown, a fait savoir qu’elle avait demandé à l’université de la retirer, estimant que « des actes symboliques sont parfois importants ».
« Il est temps pour un franc débat national sur l’héritage du colonialisme en Grande-Bretagne », a tweeté pour sa part, la députée travailliste d’Oxford, Layla Moran, favorable au déboulonnage de la statue de Cecil Rhodes, un « suprémaciste blanc qui ne représente pas les valeurs d’Oxford en 2020 ».

Le passé colonial du Royaume-Uni ravivé par le crime raciste de Floyd

Le débat sur le passé colonial du Royaume-Uni n’est pas nouveau, mais l’indignation suscitée par le crime raciste de George Floyd a ravivé la colère des anti-racistes.

Dimanche, la statue d’Edward Colston, marchand d’esclaves de la fin du 17e siècle avait été déboulonnée, piétinée puis jetée dans une rivière.

Dans un message vidéo, le Premier ministre Boris Johnson a dit « comprendre » les manifestants, la mort de George Floyd ayant « réveillé une colère et un sentiment indéniable d’injustice », mais il a condamné les attaques contre la police et les actes de vandalisme.

Les manifestations se propagent et les symboles coloniaux sont pris pour cibles

Mais les manifestations continuent de se propager dans le pays.
A Londres, dans le quartier des Docklands, près des gratte-ciel du quartier d’affaires Canary Wharf, la statue d’un autre marchand d’esclaves, Robert Milligan, a été enlevée à l’aide d’un engin de chantier, sous les applaudissements, selon une vidéo postée sur Twitter.

Au Pays de Galles, des campagnes ont été lancées contre des monuments, en hommage au général de l’armée britannique, Thomas Picton, tristement célèbre pour son traitement des esclaves dans les Caraïbes. Il a combattu lors des guerres napoléoniennes.
A Edimbourg, en Ecosse, la statue de l’homme politique Henry Dundas, qui a œuvré pour retarder l’abolition de l’esclavage est également dans le viseur.
A Oxford, des élus locaux de Cardiff et Edimbourg se sont déjà prononcés en faveur du retrait de statues.

Le maire de Londres, Sadiq Khan : «Ça ne peut plus continuer »

Le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, a estimé que ces manifestations mettaient en lumière le manque de diversité dans l’espace public. « Nos statues, les noms de nos routes et de nos espaces publics reflètent une époque révolue (…), ça ne peut plus continuer », a-t-il déclaré dans un communiqué, annonçant la création d’une commission pour y remédier.

A Londres, la statue de Winston Churchill a été prise pour cible durant le weekend. Il est reproché à l’ancien Premier ministre conservateur et héros de la Seconde Guerre mondiale certains propos sur les questions raciales.

C’est au pied de la statue du héros de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, Nelson Mandela, que des manifestants se sont finalement recueillis, mardi soir, en hommage à George Floyd. Ils se sont rendus ensuite à Downing Street en scandant « Non à la police raciste ».

L’artiste Banksy propose une idée de statue pour satisfaire les deux camps

Originaire de Bristol, le célèbre artiste « street » Banksy a tenté mardi de satisfaire les deux camps, en suggérant de reconstruire la statue controversée du négrier Colston et d’en dresser une à la gloire de ceux qui abattent les statues d’esclavagistes.

«Voici une idée qui s’adresse à la fois à ceux qui regrettent la statue de Colston et à ceux qui ne la regrettent pas », écrit-il sur son compte Instagram. « Nous la traînons hors de l’eau, la replaçons sur son socle, attachons le câble autour de son cou et commandons des statues en bronze grandeur nature de manifestants en train de la tirer. Tout le monde est content. Une journée célèbre commémorée.» Un croquis illustrant son idée accompagne le message.