Au Royaume-Uni, des manifestants déboulonnent la statue du marchand d’esclaves, Edward Colston

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Des manifestants ont déboulonné, dimanche 7 Juin, la statue du marchand d’esclaves Edward Colston, érigée en 1895 à Bristol, au Royaume-Uni, en marge d’une manifestation Black Lives Matter, contre le racisme et les violences policières.

La statue en bronze qui se trouvait dans le centre-ville de Bristol depuis 1895, a été déboulonnée à l’aide d’une corde avant d’être jetée dans le canal du centre-ville.

Ces derniers jours, une pétition réclamant qu’elle soit retirée par le Conseil municipal de Bristol avait recueilli plus de 10.000 signatures. Le déboulonnage de cette statue s’inscrit dans le cadre des manifestations déclenchées à travers le monde depuis la mort de l’afro-américain George Floyd, asphyxié par un policier blanc, lundi dernier, à la suite d’une interpellation musclée.

Ce meurtre raciste a suscité l’indignation du monde entier, au point que The Black Lives Matter (La vie des Noirs compte), un mouvement de lutte contre le racisme des Noirs et les violences policières aux Etats-Unis, est devenu un symbole mondial voire même un slogan anti-raciste.
Depuis plus d’une semaine maintenant, des manifestants du monde entier battent le pavé pour dénoncer le racisme et les brutalités policières. Des symboles racistes et offensants contre les Noirs sont pris pour cibles.

Edward Colston (1636-1721) s’est enrichit grâce au commerce triangulaire des esclaves dans les années 1680. Ce négociant et philanthrope anglais du XVIIIᵉ siècle est associé à l’histoire de Bristol, sa ville natale.

Issu d’une famille marchande prospère, il se consacre jusqu’à sa mort à développer Bristol par le mécénat et la charité, ce qui lui vaut d’être élu député tory de 1710 à 1713. Après sa mort, il est durablement célébré comme un bienfaiteur de la cité portuaire. Mais, depuis la fin des années 1990, cette mise en avant de Colston est remise en question dans le cadre des débats mémoriels liés à l’esclavage.

En Martinique deux statues de Victor Schoelcher déboulonnés le 22 mai 2020

En Martinique, le 22 mai 2020, des militants ont déboulonné, deux statues de Victor Schoelcher, en marge du 172eme anniversaire de l’abolition de l’esclavage sur l’île. Ils estimaient que ces statues étaient un symbole offensant du colonialisme et de la Traite négrière, Crime contre l’Humanité.

En 2017, le CRAN appelait pour sa part à débaptiser les rues Colbert, père du Code noir et à déboulonner ses statues.

Louis-Georges Tin, président du Cran, à l’époque, le philosophe Louis Sala-Molin et plusieurs personnalités avaient demandé à l’époque que le nom de Colbert, ministre de Louis XIV et acteur de la légalisation de l’esclavage, soit retiré de l’espace public en France.

Le président du Conseil représentatif des associations noires de France s’était alors insurgé contre le fait qu’aujourd’hui en France des collèges, des lycées ou encore des rues puissent porter le nom de Colbert, un homme, selon lui, « acteur de la légalisation de l’esclavage » et « coupable de crime contre l’humanité ».

« La question des emblèmes de l’esclavagisme se pose également » en France, estimait en 2017 le CRAN

Son président estimait en 2017, que « la question des emblèmes de l’esclavagisme se pose également dans notre pays ».

Le Cran réclamait le remplacement de ce qu’il appelle « les statues de la honte », comme celle de Jean-Baptiste Colbert, auteur du Code Noir, à l’Assemblée nationale, par des figures de personnalités ayant lutté contre l’esclavage et le racisme. Il avait également pointé du doigt les noms de rues portant des noms comme Balguerie et Gradis à Bordeux, Grou et Leroy à Nantes ou encore Masurier et Lecouvreur au Havre.

Louis-Georges Tin estimait que l' »on ne peut pas non plus ne rien faire, en restant dans le déni et dans le mépris, comme si le problème n’existait pas. Entre ceux qui disent qu’il faut tout changer et ceux qui disent qu’il ne faut rien changer, il y a probablement une place pour l’action raisonnable. »

« Se concentrer sur les collèges et les lycées Colbert, qui jeta les fondements du monstre juridique qui légalisa ce crime contre l’humanité »

Le président du Cran proposait alors de se concentrer sur les collèges et les lycées Colbert. « Parce que le ministre de Louis XIV est celui qui jeta les fondements du Code noir, monstre juridique qui légalisa ce crime contre l’humanité. Et le président du Cran d’ajouter, « Colbert est aussi celui qui fonda la Compagnie des Indes occidentales, compagnie négrière de sinistre mémoire. », avait-il déploré en 2017.