« Aujourd’hui, souvenons-nous du 13 novembre et de ses victimes »

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, France
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« Souvenez-vous d’où vous étiez, de ce que vous faisiez » écrit Emmanuel Macron. « Souvenons-nous de la promesse que nous nous étions faite : rester unis pour ne jamais laisser gagner ceux qui avaient fait cela. Aujourd’hui, souvenons-nous du 13 novembre et de ses victimes » poursuit le président de la République sur Facebook en ce jour de commémoration des l’attentats de 2015 qui ont fait 131 morts à Paris et Saint-Denis.

Depuis ce matin de nombreux témoignages et hommages affluent sur les réseaux sociaux. Sur Twitter un policier raconte cette date qu’il « n’oubliera jamais ». Un témoignage très émouvant retweeté plus de 320 fois 4 heures après sa publication :

#13Novembre2015
Une date que je n’oublierai jamais dans ma carrière et dans ma vie…
À cette époque, j’étais enquêteur à la police judiciaire de Seine Saint Denis (93).
Une journée comme une autre à savoir bosser sur ses dossiers, faire des recherches, etc.

J’étais dans un groupe de 5 dont 2 femmes d’ une section d’enquêtes et recherches.
Je me souviens avoir taquiné mon chef de groupe lui même fan comme moi de foot en lui disant que je voyais bien les Bleus mettre à l’amende les allemands.

Là s’en suivi un débat sur les duels France / Allemagne…
Une fin de journée qui se terminait par une rigolade entre nous aux alentours de 19h. Pour rejoindre mon domicile, j’avais emprunté l’autoroute A86 et j’observais les projecteurs allumés du Stade de France, ainsi que les supporters qui commençaient à être de plus en plus nombreux.

Arrivé à mon chez moi, je rejoins femme et enfant pour une soirée classique. À l’heure du match, je m’étais mis sur mon canapé et était prêt à suivre cette belle affiche footballistique à la Tv…

21h17, j’entends un bruit ressemblant à une détonation, je n’y prête pas attention car souvent dans des matchs de foot certains supporters viennent avec des pétards pour mettre de l’ « ambiance »…😌 Le match continue pour autant et à 21h20 une deuxième détonation…

J’entends au loin dans la chambre, la mère de mes enfants qui me demande de mettre
@BFMTV car il y a un flash spécial… Je n’avais même pas eu le temps de changer de chaîne que mon téléphone portable sonnait…Un appel masqué.

C’était mon chef de groupe qui me disait, d’une voix que je ne reconnaissais pas « Abdou,on est tous rappelé au service donc équipe toi et rapplique… » La dans ma tête ça va vite, je pense que je ne m’étais jamais habillé aussi vite!

Cette sensation stressante de partir pour quelque chose à laquelle je n’étais jamais confronté. Dans la précipitation, je suis parti sans avoir pris dans mes bras ma famille. J’avais mis dans mes souvenirs 25 min de porte à porte pour rallier mon service. À peine sur place, on enfilait nos gilets par balles et certains de leurs armes longues

On avait pour instruction par notre chef de section de nous rendre au #StadeDeFrance afin de filer un coup de main aux effectifs déjà présents. Sur place, une atmosphère lourde, la sidération et l’incompréhension dominaient. Ma première image était le tronc de ce djihadiste
ensanglanté à proximité d’une des entrées du stade.
Pas forcement le temps de cogiter car les collègues de la Section Anti- Terroriste affairés sur les constations, nous demandait d’en faire autant pour le reste. On entendait sur les ondes radio qu’à Paris il se passait quelque chose mais je ne voulais pas me distraire.

Me concernant, mon chef nous ordonnait de partir sur les lieux de la troisième explosion à savoir vers le McDonalds. Spectacle de désolation, du sang et boulons partout!

Là, il fallait recueillir le maximum de témoignages pour comprendre ce qui s’était passé dans cette zone. J’avais réussi à auditionner un blessé qui devait assister au match. Il m’expliquait avoir été sauvé par son téléphone portable!

Dans ce moment assez lourd, j’essayais de détendre l’atmosphère en lui disant de contacter le fabricant de son portable pour lui faire de la pub. Cette nuit était interminable car tous les collègues s’étaient donné à fond pour les différentes investigations.

Dans nos têtes, beaucoup de sentiments nous traversaient, de la colère, de la haine, l’impuissance car on savait que ça tirait à tout va sur Paris. Mais on ne pouvait pas bouger… Sentiment de frustration…

On avait fait le tour du cadran et il fallait reprendre des forces. Je suis rentré chez moi au bout 48h avec une certaine fatigue. Je vous passe les discussions entre collègues sur ces événements.

Dans ces moments là, vous n’avez qu’une envie c’est de retrouver votre famille et d’essayer de ne plus penser à rien d’autre. Je peux vous dire que j’ai fais une sorte d’auto thérapie pour prendre le recul sur cet événement tragique qui a frappé notre pays.

Dans ce récit synthétique, je ne voulais pas faire de comparaison avec ce qui s’était à Paris (Bataclan,…) mais plutôt d’exprimer mon ressenti sur ces instants qui m’ont et me marqueront toute ma vie. Je peux vous dire que ce n’était pas facile. On oublie jamais rien.

Pour autant, ma conviction pour servir mon pays et de me battre contre toute forme obscurantisme n’a jamais été aussi forte. Je pense à mes collègues qui ont payé le prix du sang pour sauver des vies, je pense à ces victimes qui terrassés par la lâcheté des terroristes.

N’oublions jamais, n’acceptons jamais cette haine car la seule arme contre cette dernière ne peut être que l’Unité de tout un Pays.