Autodidacte puis diplômée de Haute-Couture, Josselyne Patole coud des costumes créoles authentiques

« J’ai commencé à coudre avec maman. J’avais 13 ans. Maman était mère au foyer, elle cousait pour les habitants de la commune. Elle habillait tout le monde . Nous habitions face à la mer ».

Petite fille, Josselyne Patole regardait le tombolo depuis la fenêtre parentale au bourg de Sainte-Marie. De mai à juin et quelques fois jusqu’en août, la mer s’ouvre et un sentier se crée pour ceux qui se rendent sur l’îlet Sainte-Marie à Pâques ou à la Pentecôte. Pique-nique, musique, fête, Josselyne s’en souvient.

Le spectacle du Tombolo est beau comme sont les revues des danseurs traditionnels du groupe D’Lys des Iles, une troupe de ballet folklorique créée par Céline Patole de la Martinique. Digne des défenseurs du patrimoine, avant elle, la martiniquaise Josselyne Patole a comme objectif de valoriser la tradition créole : « J’aime l’authenticité des costumes créoles, les bijoux et les accessoires qui vont avec ».

Et, Josseline Patole se plie en quatre, les jours de couture. Levée à 6 heures du matin, la martiniquaise se couche tard dans la nuit. Concentrée sur ses créations, elle ne cuisine pas, elle ne fait pas de ménage. Elle hiberne : « Quand ma fille a un nouveau spectacle. Je réalise de nouveaux costumes. Je travaille sans m’arrêter durant une semaine ».

Josselyne Patole « est tombée » dans la couture depuis son enfance : « Je faisais les boutonnières. Je cousais mes jupes droites ». Des années plus tard, devenue jeune fille, la petite samaritaine qui vient du quartier Reculé à Sainte-Marie, est embauchée à Fort-de-France (capitale de la Martinique) : « Je travaillais à la rue Blénac dans la boutique de deuil de monsieur Réjon de Trinité. Mme Hilaire tenait le magasin. Elle cousait des stocks de jupes ! ».

Comme de nombreux jeunes de cette époque, Josselyne choisit de se présenter à un cours administratif. Elle est reçue et devient agent à la Caisse d’Allocations Familiales. Fini le travail de couturière mais « Je réalisais des corsages pour mes collègues à la CAF de Fort-de-France ». Ce poste de fonctionnaire a occupé son temps durant 9 ans en Martinique. Puis Josselyne Patole est mutée en métropole, nous sommes en 1982.

9 ans plus tard, elle démissionne et revient chez elle avec ses plus jeunes enfants sur son île natale.
L’année 1993 est un tournant décisif pour la martiniquaise qui, décide de se professionnaliser, elle profite de sa période de chômage et démarre une formation pour être couturière à temps plein. L’ancienne fonctionnaire obtient coup sur coup, un Certificat professionnel et son Brevet professionnel de couture. Puis son BEP couture floue (couture sur mesure) et Retoucheuse et demi-chemisier, une formation dans la Haute-Couture.

La reconversion est faite. Josselyne Patole peut se lancer dans ce métier qu’elle connait depuis si longtemps comme autodidacte. Mais celle qui n’a jamais fabriqué de costumes traditionnels se découvre une nouvelle passion, elle mettra toute ses connaissances dans des réalisations Haute-Couture, finitions soignées, choix des tissus, doublures parfaites. Son talent sera au service de sa fille qui danse dans le célèbre groupe de danses folklorique : « Pomme Cannelle ».

Le carnaval se prépare au Lamentin et Josselyne décide de présenter sa fille au concours de Reine du carnaval. Seulement, la jeune mère doit coudre elle-même, les costumes de sa future Reine.

« En faisant beaucoup de costumes, en lisant, je me suis cultivée, et j’ai appris la signification des différents costumes traditionnels, les bijoux associés aux vêtements et les accessoires qu’il faut porter ».

« Lors de mon premier Salon au Lamentin Madame Fondelot Maguy m’a dit : Qu’elle était la tête pensante et que moi, j’étais les petits doigts ». « La couture est une passion. Je rêvais d’avoir un magasin, de coudre dans l’arrière-boutique et d’installer mes modèles en vitrine » déclare Josselyne Patole désormais installée en région parisienne. « J’espérais enseigner, partager mon savoir » soupire la martiniquaise.

Mais Josselyne Patole est comblée, ses costumes remportent un énorme succès à chaque apparition du groupe, au Salon de la Gastronomie à Paris. Chaque année, elle crée de nouveaux costumes, Céline sa fille est invitée à présenter en début d’année, un spectacle de danses traditionnelles qui clôture le Salon de la Gastronomie des Outremer et de la Francophonie. « Je dois faire une ou deux tenues pour de nouveaux tableaux ».

La réalisatrice de costumes traditionnels Haute-Couture est aujourd’hui à la retraite, elle aura dès lors plus de temps pour se consacrer à ce qu’elle aime faire : coudre. Mais elle conclut notre entretien avec un pincement au cœur : « Je n’ai qu’un regret mes enfants ne cousent pas. Je peux encore transmettre ce savoir à mes petites filles ». Rien n’est donc perdu pour la jeune retraitée qui finit avec ses mots qui résument tout son parcours : « Je sais que je peux représenter l’âme, l’authenticité de notre culture antillaise grâce à ma fille Céline et son groupe de danses D’Lys des Iles ».

Josselyne Patole vit à Corbeille-Essone en région parisienne, elle visite ses enfants à Londres ou en Ile-de-France. Après un an et demi d’absence, la créatrice-martiniquaise sera à la Martinique à la fin de cette année, sans doute pour les fêtes de Noël. En attendant, elle réfléchit à sa prochaine commande, elle aura plusieurs tenues à soumettre à Céline Patole, à réaliser pour le début de l’année 2019.

Un extrait d’une prestation enregistrée au mois de février dernier au parc des expositons à Paris, Porte de Versailles :

Tradition créole et Haute-Couture avec Josselyne Patole (C'news Actus Dothy)

MARTINIQUE – PATRIMOINE : A VENIR sur PBK : Elle assistait au Tombolo depuis la fenêtre parentale. Comment une jeune fille du quartier de Reculé à Sainte-Marie, se fait un nom de Fort-de-France, Trinité, Lamentin jusqu'en région parisienne. Un aperçu du travail d'une martiniquaise garante de la tradition de son île… A voir dans cette vidéo et son histoire à VENIR sur PBKRéalisation : Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C'news Actus Dothy Céline Patole D'lys Des Iles MUSIQUE : composition et chant FRANCISCO.

Publiée par Antillesboxmail – Dothy sur Dimanche 12 août 2018

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter


Images C’news Actus Dothy