CARIFTA : Game Over !

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Au lendemain de ce grand évènement sportif qui a fait vibrer la Martinique durant tout un week-end, les conversations vont encore bon train quant à ce que certains qualifient aujourd’hui de « bide total ».

Si pour les principaux protagonistes ces jeux ont été une réussite, d’autres, en effet, se demandent à quoi ont bien pu servir les 500 000 € du budget alloué à la manifestation.

« Une véritable arnaque » disent certains, « I bon kon sa » sont là quelques unes des expressions du ressenti de quelques Martiniquais, glanés ça et là.

Voici pour vous le coup de gueule lancé par une de nos lectrices : « suite à ces pathétiques cariftas games je tenais absolument à faire savoir mon ressentis aux dirigeants de notre île et de la fédération, il faut que les martiniquais réagissent que la réputation de notre île cesse d’être malmenée. »

« Madame la Présidente
Du Conseil Général de la Martinique

Messieurs les Présidents
Du Conseil Régional de la Martinique
De la Fédération Française d’Athlétisme
De la Ligue Régionale d’Athlétisme de la Martinique

Madame, Messieurs,

C’est en tant qu’ancienne athlète, parent d’athlètes, et surtout passionnée d’athlétisme et de sport en général,  que je vous adresse ce courrier.

J’aspire peut-être de manière utopique à autre chose pour la jeunesse martiniquaise, sportive ou pas,  autre chose que notre trop célèbre fonctionnement « Fait ça pour moi », « y bon kon sa », « y pa té kon sa y té ja bon » ou encore « Sa ki fèt anlè lanmè ka rété anlè lanmé »

Quelle ne fut pas ma surprise et ma honte de voir le déroulement pitoyable de cette majestueuse compétition nommée CARIFTA GAMES. Et plus grand fut mon dégoût de l’encensement des autres nations caribéennes (même si elles n’ont pas déméritées) par nos compatriotes et les médias, alors que des critiques acerbes étaient réservées aux athlètes de la délégation Martiniquaise.

Dès les premiers pas dans l’enceinte du Stade Pierre ALIKER on pouvait constater de nombreux dysfonctionnements.

Les personnes aux guichets de la billetterie ne parlaient pas anglais, les accompagnateurs des délégations interdits de tribune, un vigile à même demander son billet à Monsieur Sergeï BUBKA !!

La délégation Jamaïquaine attendait encore la navette pour remonter à Pierre et Vacances à 13h30 (là aussi qu’elle merveilleuse idée de loger les délégations à 45 min du stade sans penser à un repas sur place le midi !!), le recruteur de l’université du Texas n’en revenait pas que la rediffusion de la compétition soit si brève alors qu’il espérait pouvoir enregistrer toutes les épreuves.

Pas de fleurs, pas de ballons pour décorer le stade, un podium en palette de supermarché dont ils n’ont même pas pris le temps de cacher l’arrière.

Bref j’en aurais d’autres à citer, mais je préfère Madame et Messieurs passer au plus grave et je puis vous assurez que je suis comme on dit chez nous « debout derrière » mes propos.

– Les athlètes  Martiniquais n’ont pas eu droit à un tee-shirt d’échauffement avec le logo des Cariftas Games (on vous dira que c’est faux, certains en ont eu un à force de flatteries des cadres techniques) mais le stand les vendait jusqu’à 25 € pièce (certaine personne en distribuait par carton entier à leurs proches sur le parking, j’en ai eu un – débrouya pa péché !! -), serait-ce pour leur préparer un magnifique podium aux championnats de Martinique ?? Pourrions-nous savoir comment va être utilisé cet argent ??

– Une jeune femme qui s’est senti l’âme d’un chevalier à la solde du Président de la LRAM s’est avisée de me dire qu’avec plus de 500.000 € de budget « Ils ont essayé d’organiser les Cariftas Games » Inutile de préciser que je lui ai exprimé toute ma « sympathie » pour ces efforts.

– Très embarrassant pour les personnes concernées un membre du Comité Directeur de la LRAM à qui des remarques étaient faites, s’est exclamé dans les couloirs de la tribune B, qu’il fallait arrêter de dire n’importe quoi que la ligue n’avait ni aide, ni sponsors (vu son poste les gens doivent penser qu’il dit vrai).

– Mais le plus honteux pour moi a été lorsqu’un entraineur des Bahamas m’as dit que nous n’avions pas le sens du drapeau et aucune autorité suite à un incident sur le terrain d’échauffement.

Pour en revenir au sport, les résultats des autres délégations sont certes impressionnants, mais remettons les choses dans leurs contextes ces jeunes caribéens ont finis leur saison les Cariftas Games sont pour eux le pendant des championnats de France, ils viennent y chercher une bourse universitaire en impressionnant les recruteurs, alors que les jeunes Martiniquais et leurs entraîneurs doivent, avec tout ce que ça comporte comme inconvénients, préparer une saison en deux temps sachant que le plus important reste les Championnats de France et la recherche d’une place en équipe de France pour les prestigieuses échéances européennes ou mondiales.

Posons-nous les bonnes questions :

Quelle est la place du sport dans notre société et notre éducation ???

Au niveau scolaire :

• Une heure environ en primaire au bon vouloir du directeur, sans matériel et structure dans la cour la plus part du temps ; trois heures par semaine au collège, dans l’emploi du temps, en réalité à peine une heure et demie entre le trajet jusqu’au stade et le passage au vestiaire et il suffit d’un certificat médical pour y échapper.  Au lycée, deux heures par semaine facilement « maté » par ce qu’inintéressant.

En Club

• Un jeune termine les cours entre 16h00 et 17h00, sachant que son lieu d’entraînement n’est pas forcément à proximité, il commencera son entraînement entre 17h30 et 18h30, en fonction de la disponibilité de son entraîneur, bénévole, qui lui aussi quitte son lieu de travail. Un entraînement dure environ 1h30, sans compter qu’en fin de séance il a toujours besoin d’une petite discussion pour bien imprimer les acquis du jour. Ce jeune rentrera peut-être vers 20H30, il lui faut se doucher, manger, discuter avec ses parents, faire ses devoirs, et qu’on le veuille ou pas, évolution et vie sociale, il ira sur Facebook, Twitter, Skype ou autre et ne sera au lit que vers 23h30 et se réveillera à 6h00 (pour les plus chanceux).

Avez-vous constaté la différence physique entre les jeunes caribéens et les jeunes Martiniquais ???

• J’ai entendu de nombreux commentaires sur la « faiblesse » des athlètes de la délégation, de leur manque de « tête », j’ai aussi entendu dire qu’ils étaient trop à l’aise et qu’ils avaient tout ce qui leur faut.

Et bien Mesdames et Messieurs il ne suffit pas d’une simple piste d’athlétisme pour faire progresser un athlète.
Dans les pays comme la Jamaïque, la Barbade, les Bahamas, même si la piste est en herbe ou en cendrée il y a toujours une salle de musculation digne de ce nom. Je vous mets au défi de vous rendre sur quelque stade que ce soit en Martinique et de trouver une salle de musculation correctement aménagée, y compris sur le stade sensé accueillir « Le Pôle ».
Il existe une petite salle pleine de matériel « entassé » au Stade Louis ACHILLE géré par les entraîneurs et les clubs présents.  Dans la plus part des clubs les athlètes souhaitant progresser et  connaissant l’importance de la condition physique, PAYENT un abonnement à une salle de sport y compris les athlètes de haut niveau.

Pour la récupération ces pays ont des kinésithérapeutes, des ostéopathes, des bains froids les athlètes martiniquais ne savent même pas ce que c’est parfois.

Les Compétitions ???

Elles se déroulent dans l’anonymat le plus total, pas de médiatisation, pas de public en dehors de la famille des jeunes, toutes les épreuves ne sont pas proposées, un calendrier totalement incohérent.
Alors que d’autres ligues comme le hand-ball ou la gymnastique font payer l’entrée des compétitions ne serait-ce que 4 ou 5 € tout est gratuit en athlétisme, meeting, championnats etc.…

Que faisons-nous pour motiver ces jeunes si talentueux ???

• Après tout ce que je vous ai décrit du déroulement de la vie d’un athlète, quand il arrive en compétition il se trouve parfois face à certains adultes désagréables, partiaux, bénévoles par dépit (certains), des retards sur les épreuves et surtout depuis trois à quatre ans pas de récompenses lors des Championnats, pas de podium, sous prétexte de manque de moyens de la LRAM. Des journalistes peu renseignés les critiques sans cesse ou film toujours les mêmes en oubliant celui qui de dernier, est, de compétition en compétition devenu quatrième ou troisième.

Mesdames et Messieurs, je suis encore en club, je soutiens les jeunes et passe beaucoup de temps avec eux, ils sont intelligents (nombreux sont ceux qui ont une scolarité exemplaire, qui ont des mentions aux différents examens), gentils, respectueux.

Ils sont combatifs, tenaces, rigoureux, souvent nous disons « à leur âge ont en faisait plus » mais nous ne pouvons plus comparer nos époques.

Il leur est reproché de passer beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, il est évident que c’est à contrôler, mais c’est leur vie sociale, en dehors ils n’en ont pas.

Voilà une fois de plus le programme d’un jeune sportif : en cours toute la journée, le soir à l’entraînement jusqu’à 20h30, le samedi en compétition, pour ceux qui aident en club le dimanche en compétition des petits, et les devoirs l’après-midi, durant les périodes de vacances ils sont parfois en stage, carnaval, pâques…. Pour les meilleurs au mois de juillet ils partent aux championnats de France. Ils n’ont, pour ainsi dire, pas d’amis en dehors du sport, ils ont rarement le temps d’aller au cinéma ou à la plage (hormis lors des entraînements du week-end), et je préfère oublier le chapitre boîte de nuit. Je discute avec certains qui n’ont même pas le temps d’aller au repas de famille, communions ou autres évènements.

Arrêtons de dire que nos jeunes sont blasés et mieux lotis que tous les autres ; jetez un œil sur la réalité du Sport en Martinique qui est gangréné par des dirigeants avides de notoriété, et qui n’ont aucun respect pour les vrais acteurs du sport que sont les athlètes, sans athlètes ils ne seraient rien.

Nombreux sont les anciens athlètes qui deviennent entraîneurs ou juges mais qui abandonnent par dégoût face aux magouilles et petits arrangements entre amis.

Comme je l’ai dit plus haut, je prends mes responsabilités en écrivant ces mots.
Je sais d’ores et déjà, connaissant le fonctionnement de notre Martinique et le courage de certains,  qui ne pouvant m’atteindre, s’en prendront à mes enfants qui sont athlètes, aux athlètes du club qui sont entraînés par mon époux, en les pénalisant durant les compétitions, mais ils sont forts, et sauront atteindre leur but.

Je trouve honteux que le Président et les membres du Comité Directeur de la Ligue Régionale d’Athlétisme continuent à se pavaner devant les médias et les politiques après l’opprobre jeté sur notre île, la seule chose à laquelle il aurait dû penser c’est à rédiger leur lettre de démission sans fautes et à présenter des excuses aux athlètes, au staff technique de la délégation ainsi qu’aux Martiniquais et Guadeloupéens, car il est évident qu’après cet affront il coulera pas mal d’eau sous les ponts avant qu’une île des DOM organise de nouveau les Cariftas Games.

Madame la Présidente, Messieurs les Présidents, j’espère que vous comprendrez ma démarche qui s’inscrit dans une réelle volonté de voir évoluer un sport que j’aime, qui m’a beaucoup apporté, mais aussi de voir notre jeunesse avancée, car un jeune sur un terrain de football, de hand-ball ou une piste d’athlétisme, est un jeune de moins dans la rue, un jeune sur lequel, nous adultes, pouvons avoir un œil bienveillant, car souvent le discours retient la démission de certain parent moi je retiens la démission des Adultes de notre société envers ses Enfants. Je connais votre dévouement pour notre sport et l’aide que vous lui apportez, mais ne serait-il pas temps que ces moyens soient employés à l’avantage de nos enfants et non pour la satisfaction de l’égo démesuré des dirigeants qui ne voient pas plus que le bout bien plat de leurs nez.

Vous remerciant de l’attention que vous porterez à mon courrier.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, Messieurs les Présidents mes sincères salutations.

Régine JOSEPH-EUGENE »