Caster Semenya, athlète intersexuée, élimine les bleues et fait polémique aux JO

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Très longtemps le physique de Caster Semenya a posé problème aux fédérations et aux supporters sportifs.

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Il y a une semaine, 17 000 followers ont lancé ce hashtag : #HandsOffCarter, pour soutenir la participation de Caster Semenya aux Jeux Olympiques de Rio. Le message est clair : Ils veulent que leur coureuse des 800m soit au départ des Jeux Olympiques. Sept ans qu’elle court les championnats mais la jeune femme est toujours la cible de polémique sur son genre.

Seulement la Sud-Africaine est une battante et ce mercredi 17 août au Brésil, la sportive termine en bonne position pour remporter une médaille aux Jeux Olympiques de 2016. Elle a distancé suffisamment les françaises Rénelle Lamote (2’02 »19) et Justine Fedronic (2’02 »73) pour les éliminer, les empêchant de se qualifier hier pour les demi-finales du 800m. Avec un chrono de 1’59 »31, Caster Semenya est en pôle position avec la Canadienne Melissa Bishop.

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Tout n’a pas été simple pour la jeune sud-africaine qui dit aujourd’hui, se sentir mieux dans sa peau.
Le 19 août 2009, son histoire commence au championnat de Berlin. Caster Semenya a 18 ans, elle n’a débuté son entraînement qu’en 2008. A la surprise du monde sportif, encore inconnue, la jeune fille pulvérise les chronos en remportant sa première médaille d’or aux championnats du monde de Berlin. Les protestations se soulèvent, certains crient à la supercherie en arguant que Caster Semenya est un homme ou qu’elle est tout simplement hermaphrodite. La sportive à une voix masculine et une physionomie carrée et imposante pour être une femme.

L’athlète est interdite de compétitions pendant quelques mois. Caster Semenya fait des tests de féminité et les doutes sont levées. On découvre alors que la jeune sportive est intersexuée, elle aurait un taux de testostérone exagérément élevé, plus que la normale chez une femme. Quoiqu’il en soit, l’athlète n’est pas un champion mais bien une championne.

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En 2010, la Fédération internationale l’autorise à participer aux rencontres dans sa discipline. L’IAAF (Association internationale des fédérations d’athlétisme), impose une limite de taux de testostérone que ne doit dépasser les sportives, dans les catégories féminines. Caster Semenya, prend des médicaments pour limiter son taux de testostérone et ses performances chutent.
Jusqu’en 2015 ses résultats sont inexistants et la championne du monde vit très mal cette période de blessures et d’échecs.

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Dans le courant de l’année 2015, le Tribunal Administratif du Sport et l’IAAF suspendent les limites imposées de taux de testostérone. Une bonne nouvelle pour Caster Semenya qui revient dans la compétition sportive avec d’excellentes notes.
Elle décide d’assumer son existence, elle porte des vêtements masculins. En 2014, Caster Semenya change d’ entraîneur et choisi Jean Verster.
Elle change tout, de domicile et de vie. La sud-africaine se marie avec sa compagne athlète Violet Raseboya. Caster Semenya se prépare pour les Jeux Olympiques de Rio comme toutes ses conseurs.

Mais les opposants à sa venue au Brésil sont nombreux et le font savoir. Athlète de courses de fond, Paula Radcliffe regrette que la sud-africaine puisse courir étant intersexuée, selon la britannique « ce n’est pas du sport ».

De 2010 à 2015, cette période a été très difficile sur le plan émotionnel et professionnel pour la sud-africaine qui s’est confiée dans l’Equipe ce mercredi : « Ça m’a demandé beaucoup de caractère pour surmonter cette situation. C’est un test mental ».

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Grâce aux soutiens de ses compatriotes et le hastag #HandsOffCaster, elle continue ses performances exceptionnelles.
La française vice-championne d’Europe sur la distance (ci-dessus au premier plan), Rénelle Lamote, interrogée sur la participation de la sportive sud-africaine, dit de son adversaire : « Je sais que je ne peux pas battre Caster Semenya. Mais j’essaie. Cela ne me démoralise pas ». Rénelle Lamote souligne qu’elle préfère « que ce soit des gens comme ça devant, parce que c’est leur nature, plutôt que des tricheuses ».

Demain vendredi 19 août, la sud-africaine, Caster Semenya, se lance en demi-finale. Dimanche 21 août, si ses résultats sont positifs, la championne de Berlin 2009, visera un titre olympique, sans doute  une médaille d’or. Elle sera tout en haut du podium des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro.

Dorothée Audibert-Champenois
PhotosDlisted/Figaro/Closer/S24