« Ce qui s’est passé ce 29 février, à l’aéroport Aimé Césaire, est une catastrophe »

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Publié dans : Actualites, Martinique
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Texte rédigé par Laura Lorto, une jeune internaute martiniquaise, après les évènements qui se sont déroulés ce 29 février, à l’aéroport Aimé Césaire.

Deux jours après, je ne décolère pas. Ainsi, je préfère que nous soyons clairs : Non, je ne céderai pas à l’injonction du soutien indéfectible envers mes « frères militants ».

Ce qui s’est passé ce 29 février, à l’aéroport Aimé Césaire, est une catastrophe. Une honte que la plupart des martiniquais ont ressenti au plus profond de leurs entrailles. Alors aujourd’hui, je refuse de prendre la honte des véritables coupables.

Non, je ne trouverai pas de circonstances atténuantes, de justifications, ou ne serait-ce que de l’empathie. Il n’y a dans mon cœur qu’un immense dégoût.

Non, je ne céderai pas non plus à l’arrogance stupide qui consiste à brailler « Eux ils font quelque chose, pas vous ». Qui a établi que se donner en spectacle sur les réseaux sociaux était une condition sine qua non de lutte ? Les luttes peuvent se faire en silence, les combats peuvent se mener sans esclandre, et sans incitation à la haine. Faut-il gueuler, insulter et se ridiculiser pour pouvoir être estampillé « militant » ? Si c’est le cas, gardez ce titre, je n’en veux pas.

Aujourd’hui, alors que nous exprimons notre désolidarisation et notre rejet de ce qui s’est passé ce 29 février, nous tombons encore dans ce rapport de force contre-productif. « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous ». Alors je serai contre. Contre cette dérive et ce n’importe quoi. Contre l’action pour l’action. Contre le manque de réflexion et la bêtise.

Aucune lutte ne peut se faire sans violence, disent-ils, mais sachez qu’aucune lutte ne se mène sans intelligence d’action. Mener une lutte, être pétri de convictions, c’est aussi savoir quand il ne faut pas se jeter à corps perdu. C’est choisir son champ de bataille, sa stratégie et surtout savoir quand rester à l’écart. Vous voulez de l’action brute, de grands coups d’éclats, du feu et du sang. Revoyez la plupart des grands combats et vous noterez qu’une préparation, qu’une organisation et qu’une intelligence d’action ont toujours été plus payantes qu’un coup de pied sur une porte blindée.

Ainsi, ne me demandez pas d’excuser, ou de comprendre une haine ou une violence qui rétrograde plus qu’elle ne sert. Ne me demandez pas d’amener de la tempérance face à de l’impulsivité. Exiger de la compréhension de la part des offusqués, sachez que c’est infantiliser ces « militants ». Il n’y a que pour les mauvaises actions des enfants, que l’on sollicite la clémence et la permissivité, sous couvert d’inconscience. Dans ce cas, je ne me rangerai pas du côté des inconscients. Dans le cas contraire, il s’agit là de prendre ses responsabilités. Il n’y a pas d’excuses pour ce qui s’est passé il y a deux jours.

Encore une fois, je ne céderai pas à cette tentative de dictature de pensée. S’engager, lutter et militer c’est aussi savoir accepter des avis divergents sans tomber dans le complexe de supériorité craché à coups de « nègres de maisons ».

Seul le totalitarisme ne supporte pas la critique. Il n’y a pas que le Grand Méchant État qui manipule. Toute cause à ses perversités. Dans celle-ci, le culte de la personnalité transpire de certaines actions, et de certains représentants autoproclamés de ce mouvement, si honorable à son origine. A l’instar de n’importe quelle dictature, vous organisez vos propres propagandes et crachez au visage de la moindre remise en cause. C’est exactement à ce genre de « politique » despotique que vous tendez les bras, alors c’est donc contre cela que finalement nous serons obligés de nous opposer.

Donc je le répète : Non, je ne céderai pas à la haine, à la stupidité et la violence de personnes beaucoup plus tourmentées par leur besoin de se défouler, que par la volonté de s’élever.

Laura Lorto