Chlordécone : « l’Etat, le premier responsable », la commission d’enquête parlementaire présente son rapport sur ce scandale sanitaire et économique

«Ce drame environnemental, sanitaire et économique exige donc sans délai réparation», sera la première réaction du député martiniquais Serge Letchimy, suite à la présentation du rapport très attendu.

Au lendemain d’une manifestation importante des martiniquais et des guadeloupéens face aux conséquences et à l’ampleur du scandale causé par le pesticide Chlordécone, une petite lueur d’espoir se dessine aujourd’hui.

Manifestation contre le scandale Chlordécone aux Antilles, dimanche 24 novembre 2019

Emmanuel Macron avait qualifié le dossier Chlordécone comme un «scandale environnemental». Après six mois d’auditions, la commission d’enquête parlementaire sur l’utilisation aux Antilles du chlordécone qui a contaminé les sols de Guadeloupe et de Martinique pour des décennies, a rendu ses conclusions ce mardi 26 novembre 2019.

L’une des premières conclusions du rapport de la commission, c’est la reconnaissance que L’État est «le premier responsable» de la pollution au chlordécone.

Présidée par le député  Serge Letchimy, La commission d’enquête parlementaire était chargée de «comprendre» comment cet insecticide dangereux, perturbateur endocrinien et cancérogène probable, a pu être autorisé dans les plantations de banane aux Antilles entre les années 1972 et 1993 puisque sa toxicité et sa persistance dans les sols étaient connus depuis 1975.

Serge Letchimy à la conférence-débat à Sarcelles en mars 2019

«L’État est donc le premier responsable» pour avoir autorisé la vente de ce produit mais aussi d’autres acteurs économiques comme les industriels, les groupements de planteurs et certains élus, qui ont défendu l’usage du chlordécone.

Selon le rapport et les chiffres de Santé Publique France, près de 40 ans après sa mise sur le marché antillais, 95% des Guadeloupéens et 92% des Martiniquais sont aujourd’hui contaminés par l’insecticide Les conséquences sur le développement des enfants sont avérées et l’on observe une hausse des risques de prématurité dans ces deux régions françaises. Le chlordécone a pollué durablement l’eau mais également certains légumes,  des viandes et certains poissons. Les conséquences économiques sont désastreuses.

En septembre 2018, Emmanuel Macron désignait cette pollution le «fruit d’un aveuglement collectif», dans lequel l’État «a sa part de responsabilité». Plusieurs ministres auditionnés ont reconnu la faute de l’État, à «une époque où la Santé publique pesait moins dans les décisions qu’aujourd’hui», a reconnu la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Le rapport présenté ce mardi 26 novembre 2019 annonce entre autres : «un plan d’ampleur de dépollution des terres pris en charge par l’État, des indemnisations à la hauteur de la crise pour les agriculteurs de la diversification et pour les pêcheurs, l’analyse gratuite des sols réalisée dans un délai de cinq ans pour un budget de l’ordre de 25 millions d’euros»«la mise en place d’un dépistage gratuit pour toutes les populations vulnérables» et «des mesures de traçabilité de tous les produits alimentaires issus des circuits formels et informels dans les trois années à venir».

Marche de soutien aux martiniquais et guadeloupéens, dimanche 24 novembre 2019

Le rapport de la commission d’enquête parlementaire préconise de faire de la recherche sur le chlordécone une priorité «sur les possibilités de dépolluer les sols».

La création du fonds d’indemnisation des victimes des produits phytopharmaceutiques est jugée «limitée» et «incomplète», ont fait savoir les membres de la commission d’enquête.

«Les Guadeloupéens et Martiniquais attendent la vérité. Ils exigent des réponses claires sur ce qu’ils vivent depuis des années comme un drame écologique, sanitaire et économique», a déclaré la rapporteure Justine Benin.

Dorothée Audibert-Champenois/Favebook Twitter C’news Actus Dothy
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