Cinéma antillais : Le réalisateur Jean-Claude Banys juge sévèrement les élus martiniquais et les productions métropolitaines

« Je trouve cela génial et important que des films d’afrodescendants soient inscrits ici au Fespaco »

Jean-Claude Banys est doublement satisfait d’être au Burkina Faso qui fête actuellement le cinquantenaire du Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou. Invité de l’association Cinémawon, il défend un cinéma militant et engagé aux Antilles et en métropole. Grâce à une initiative commune de CinéMawon et du CNA (Cinéma Numérique Ambulant) , cinq courts-métrages de cinéastes martiniquais, guadeloupéens, guyanais et réunionnais en plus des trois films courts de la Guyane, de la Martinique et de la Réunion en compétition sont programmés au Fespaco 2019.

« Le Fespaco est pour moi un événement mythique, c’est l’un des plus gros festivals africains. C’est normal et très important que nous caribéens, nous pussions montrer nos cultures, nos identités afrodescendantes et puissons partager cela avec le reste du monde, ici au Fespaco »

Doublement heureux, le nom du réalisateur est au générique d’un court métrage martiniquais, en compétition pour le Poulain d’Or de Yennenga et Jean-Claude Banys, réalisateur engagé est au Village du Fespaco avec plusieurs films de ses compatriotes ultramarins : Love Her Doze de Warren Vrécord – Fiction / 12 min / Guadeloupe,  L’Histoire des Lions de Marie-Sandrine Bacoul – Fiction / 19 min / Guyane À La Racine de Katia Café-Fébrissy – Documentaire / 27 min / Guadeloupe Ban Mawen Pasaj’ de Jean-Claude Banys – Fiction / 10 min / Martinique

Lundi 25 février 2019, au Ciné Burkina dans le quartier de Baskuy, Jean-Claude Banys est en compagnie de Sonia Jean-Baptiste, pour représenter l’équipe du film « Goyave » des co-réalisateurs Nénèb et Christophe Agellan. Avec Gaëtan Borne (directeur photo), Ingrid Jean-Baptiste Ruotolo, Mehdi Giguet (Interprètes), le film de 28 minutes se déroule en Martinique durant la crise antillaise de février 2009.

« Nous avons en Martinique : le Festival Prix de Court, les RCM, en Guadeloupe : le Femi, le Nouveau Regard. Donc peu de Festivals mais dans nos îles nous comptons beaucoup de réalisateurs. Pour réaliser leur projet, les jeunes cinéastes misent sur les courts-métrages et fabriquent leur film en auto-financement ou en crow-funding. Une fois leur fiction terminée, ces réalisateurs antillo-guyanais connus localement, très peu en métropole, se plaignent presque tous, de coûts de productions élevés et de distribution inexistante. Conséquence, leurs films ne voyagent pas.»

Le coup de gueule de Jean-Claude Banys va au-delà de ce constat, il se désole des soutiens insuffisants des professionnels de l’industrie cinématographie de Martinique, de Guadeloupe ou de Guyane.

« Je pense qu’il y a un problème d’organisation du milieu. Aux Antilles, il y a des producteurs qui s’intéressent plus à l’audiovisuel qu’au cinéma et de fait ils orientent leurs activités essentiellement vers des clips, des séries ou des films institutionnels. Ils ne sont pas prêts à accompagner les films de cinéma qu’ils soient longs ou courts. Le nombre d’antillo-guyanais qui se forment aux métiers du cinéma (production, réalisation, distribution, technicien), à l’étranger, augmente chaque année. Mais à leur retour, ils sont rares à travailler chez eux car ils ont peu de moyen ».

Le réalisateur Jean-Claude Banys, comme nombre d’antillais dans le cinéma, dénonce une mauvaise politique culturelle au cinéma et indexe la Collectivité de Martinique.

« En Martinique, c’est zéro accompagnement. C’est mon impression, la CTM en Martinique, la région Guadeloupe ou la CTG en Guyane devraient venir en aide aux producteurs et réalisateurs locaux. Ils ont besoin d’être soutenus pour exporter les longs ou courts-métrages à l’étranger. »

Pourtant la Collectivité Territoriale de Martinique, soucieux de venir en aide aux jeunes cinéastes, a récemment mis en place un dispositif dont l’objectif est de structurer la filière cinéma et audiovisuel. Le 8 février 2018, l’Assemblée de Martinique a voté une convention de coopération pour le cinéma et l’image animée sur la période 2017-2019, entre la CTM, l’Etat, le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée. Présenté à la presse en juin 2018, présidé par Mme Nathalie Glaudon, ce Comité de lecture innove aux Antilles. « Les engagements financiers de la Collectivité et du CNC destinés au soutien à la création et à la production cinématographique et audiovisuelle, sont gérés dans le cadre d’un fonds territorial d’aide à la création et à la production d’oeuvres cinématographiques et audiovisuelles, géré par la CTM. Les dossiers des porteurs de projets sont soumis à ce Comité de lecture qui a pour mission d’assurer une expertise des projets et permet à la CTM d’assurer une réelle sélectivité dans les décisions d’attribution des aides. »

Selon Jean-Claude Banys, il n’y a pas suffisamment de fonds pour ce projet ambitieux et ce sont les « grosses productions » de métropole qui en bénéficient :

« En Martinique on aidera les productions qui viennent de l’extérieur parce que cela aura un impact sur l’économie. Seulement, il ne suffit pas de faire travailler les techniciens locaux, il est nécessaire d’aider les créateurs également. On ne doit pas être un cinéma qui accueille les autres à venir faire des films chez nous, apprendre notre culture, et qui raconte n’importe quoi sur notre histoire. Il faut qu’il y est des gens de chez nous qui parlent aussi de notre histoire ».

Dans une région qui estime maintenir « le renforcement de la politique de soutien à la création et à la production d’œuvres de qualité », les tournages s’intensifient :

« En Martinique, nous attendons trois longs métrages, le tournage de deux séries télévisées, mais toutes ces productions arrivent en Martinique avec des chefs de poste métropolitains au détriment des antillais qui sont qualifiés pour occuper ces fonctions. Nous sommes étonnés qu’ils choisissent d’abord les techniciens qui viennent de métropole. »

Jean-Claude Banys qui dénonce ces comportements discriminatoires, estime que « les Collectivités devraient mettre en place des quotas sur les films. Mais au lieu de choisir uniquement des techniciens antillais pour les postes en régie, ils devraient aussi, proposer des postes principaux ou de premier rôle (1er assistant) à des martiniquais. »

Le réalisateur est convaincu que les élus ultramarins peuvent modifier le regard des métropolitains vis-à-vis des techniciens antillais francophones. « Il faut les obliger à embaucher des cinéastes ou chefs de postes locaux en contre partie du financement alloué à leur projet de film ou de série, tournés en outre-mer » s‘insurge le martiniquais.

Régisseur et réalisateur  Jean-Claude Banys est un cinéaste afrodescendant qui milite pour étendre la visibilité des cinémas antillais dans le monde. Invité par le Collectif, Il accompagne l’association Cinémawon présente également Au Fespaco 2019 à Ouagadougou.

CinéMawon est un collectif de cinéastes et de techniciens martiniquais, guadeloupéens qui, face à un manque de diffusion des œuvres des réalisateurs de ces régions, a été créé en 2016 pour créer un espace de diffusion alternatif. Le groupe de cinéastes propose  en projection aux Antilles-Guyane et à Paris des films martiniquais, guadeloupéens, guyanais, réunionnais, haïtiens ou africains.

Message en créole du réalisateur Jean-Claude Banys (C'news Actus Dothy)

BURKINA – ANTILLES – GUYANE : Militant et Afrodescendant, le martiniquais retrouve ses racines ici au Burkina Faso où il célèbre comme des millions de burkinabés, le cinquantenaire du Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou. Reportage Dorothée Audibert-Champenois C'news Actus Dothy Jean-Claude Banys Fespaco Ciné Tapis Rouge Fespaco

Publiée par Antillesboxmail – Dothy sur Vendredi 1 mars 2019

Le message en créole du réalisateur martiniquais Jean-Claude Banys

Pour conclure, Jean-Claude Banys, le défenseur du cinéma panafricain véritablement enthousiasmé d’être à l’anniversaire du cinquantenaire du Fespaco, déclare : « C’est cool de voir ici les films antillais, d’entendre le créole ici au Burkina Faso dans la ville du cinéma africain. Quand j’entends les burkinabés, je perçois des consonances créoles dans leur dialecte. Et je me dis que nous sommes vraiment proches ».

 

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook C’news Actus Dothy
Crédit Photos C’news Actus Dothy