Clip « Mada » de Kalash : L’auteur guadeloupéen Steve « Fola » Gadet réagit à son tour

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Suite aux vives réactions suscitées par le clip « Mada » de l’artiste Kalash depuis sa sortie, l’auteur et universitaire Steve Fola Gadet a réagi à son tour dans un post Facebook.

Quand Chantal Maignan dit « non à ce clip » qui selon elle ne représente pas la Martinique, l’auteur guadeloupéen reconnait que « Kalash n’a rien inventé et que le clip montre des comportements qui existent« . « Il faut regarder cette réalité en face si on veut la modifier » écrit-il.

Le clip Mada de Kalash révèle les divisions du pays mais également les fonctions des uns et des autres dans le pays. Certaines sont irréconciliables, d’autres oui. En fonction de qui regarde le clip, on repère des choses différentes. Les policiers qui regardent le font à partir de leur travail de terrain qui est de maintenir l’ordre et la sécurité civile. C’est normal ! On devrait tous pouvoir comprendre ça. Les règles de la société sont pour tout le monde et personne ne devrait se penser au dessus d’elles. Cela devrait être valable pour les classes aisées autant que pour les classes populaires.

Vendredi, j’ai parlé du clip avec des jeunes que j’accompagne dans le cadre d’un contrat avec la ville de Fort-de-France. Ces garçons, pour la plupart originaires de quartiers populaires, ont vu des choses que je n’avais pas vues de prime abord. Connaissant les visages de beaucoup de personnes dans le clip, ils y ont vu un symbole d’unité. Ils m’ont expliqué que plusieurs quartiers étaient représentés, des quartiers qui ne s’entendent pas à la base. Mais dans le clip, des figures de plusieurs quartiers étaient ensemble. Comme mes étudiants à l’université avec qui j’ai parlé du clip aussi aujourd’hui, ils ont reconnu en Kalash un artiste qui n’oublie pas d’où il vient, un artiste qui proclame avec fierté son identité martiniquaise.

Quelqu’un qui aurait pu se laisser engloutir par le star system et la vie parisienne mais qui fait le choix encore et encore de rester authentique. Ils ont aussi reconnu que Kalash n’a rien inventé et que le clip montre des comportements qui existent. En réalité, on voit ce que notre vécu nous permet de voir dans ce clip. Notre génération, notre vécu, notre position sociale, notre jugement critique et notre profession sont des lunettes qui nous aident à déchiffrer les images.

C’est la raison pour laquelle, nous devons tous faire un pas l’un vers l’autre et favoriser le dialogue. Tirer au bazooka les uns sur les autres sur les réseaux sociaux ne fera qu’empirer la situation. On aura peut-être le sentiment d’avoir dit haut et fort notre opinion mais après que se passera t-il ? Un prochain clip et ce sera reparti pour un tour ? Il nous faut partager notre opinion mais également chercher utiliser ce moment pour apprendre les uns des autres.
Kalash n’est pas aimé de tout le monde et ça aussi c’est normal. Est-ce que cela lui enlève sa créativité, son antillanité et sa pertinence ? Non. C’est la vie. Je suis un intellectuel hip-hop c’est-à-dire que j’ai grandi avec la culture hip-hop. J’ai appris à m’exprimer grâce à elle, à prendre des initiatives en partie grâce à elle. J’ai réussi mes études supérieures en l’étudiant. La musique rap a été ma compagne pendant les bons et les mauvais moments.

J’ai rencontré beaucoup d’ami.e.s très précieux grâce à elle. Je ne peux pas l’analyser et la comprendre come ceux qui ne la connaissent qu’au loin. Les cultures urbaines aujourd’hui, je les enseigne à l’université. Elles sont incontournables dans notre pays qui s’urbanise de plus en plus. Un pays miné par des inégalités. Même si aujourd’hui, elles sont plus visibles et plus présentables, il ne faut jamais oublier que ce sont des expressions qui donnent une grande place aux personnes marginales, celles qui ne se reconnaissent pas dans la société dominante. Ce sont des expressions nées dans des espaces instables. Ces graines ne vont pas disparaître de si tôt donc ce n’est pas surprenant de voir des comportements qui offusquent certains d’entre nous dans ce clip. J’ai envie de dire « Mais oui, ça va avec! » et il faut regarder cette réalité en face si on veut la modifier.

Nous n’avons pas besoin de plus de tension entre les forces de police et la jeunesse du pays. Nous n’avons pas besoin d’aliéner nos artistes et notre jeunesse. Nous avons besoin d’espace pour construire une meilleure vision de nos quotidiens respectifs et pour déconstruire ce qui doit l’être. A l’image des graffitis qui habillent les dents creuses dans la ville, les cultures urbaines peuvent être des partenaires pour un meilleur vivre-ensemble. Je me rappelle quand je vivais en Jamaïque, les artistes comme Vybz Kartel ou Capleton venaient au campus pour prendre la parole dans des amphis, expliquer leur processus créatif et répondre aux questions de l’assistance. Nous devrions nous en inspirer.

C’est-à-dire avoir des espaces et des moments d’échange où les artistes ne seraient pas seulement des artistes mais des Martiniquais, des Guadeloupéens, des êtres humains. Tout comme nous. Tout comme les policiers, les responsables politiques, les étudiants, les jeunes du pays et le reste des membres de la société. Des êtres humains vulnérables qui partagent leur vision et leurs motivations. Tout le monde en ressortirait grandi et plus humble. Parce que finalement, Mada ou Gwada, on aime notre pays chacun à notre façon. Maintenant ce qu’il nous reste à faire, c’est de prendre le temps d’écouter les paroles, trop vite éclipsées par les images…