« Colbert n’a plus sa place » devant l’Assemblée Nationale, affirme le Président du Cran

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, France
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Le président du Conseil représentatif des associations Noires de France (Cran), Ghyslain Vedeux, considère que la statue de Colbert, père du Code noir « n’a plus sa place » devant l’Assemblée nationale, au même titre qu’il serait « inadmissible » d’avoir une statue d’Hitler devant le Trocadéro ou de Pétain à Vichy.

« Cette statue n’a plus sa place devant le Palais-Bourbon », clame Ghyslain Vedeux dans un post publié dimanche sur le compte FB du Cran. « Oui, il faut retirer toutes les statues des colons », martèle-t-il.

« Après l’invasion de la France par l’Allemagne nazie, leur chef est venu prendre la pause au Trocadéro. Peut-on imaginer la statue d’Hitler au Trocadéro où celle de Pétain à vichy pour enseigner l’histoire ? Non ce serait à raison inadmissible », souligne Guy Vedeux qui rappelle que « Colbert est un symbole de pillage, de crimes, de déshumanisation ». Il plaide pour «qu’il y ait un travail pédagogique qui soit réalisé en profondeur ».

C’est quoi le Code noir ?

Le Code noir a été préparé par Colbert (1619-1683) à la demande de Louis XIV, alors qu’il était son ministre. Jean-Baptiste Colbert en est l’initiateur. Après sa mort, le Code noir a été terminé par son fils, le marquis de Seignelay (1651-1690). Il s’agit d’un recueil d’une soixantaine d’articles, publiés, en plusieurs fois, en 1685, qui rassemble toutes les dispositions réglant la vie des esclaves noirs dans les colonies françaises.

Dans son livre d’analyse sur le Code noir et ses applications, publié en 1987, Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique à Paris-I, estime que le Code noir est « le texte juridique le plus monstrueux qu’aient produit les Temps modernes ».

Dans l’article 44 du Code noir, il est écrit que « les esclaves sont meubles », c’est à dire des biens pouvant être achetés, vendus, donnés, saisis, obéissant aux formes prévues pour les biens meubles.

Concernant la fuite des esclaves devenus des «marrons », le Code noir prévoit qu’à la première tentative, le marron capturé a les oreilles coupées et est marqué au fer rouge. La deuxième tentative aboutit à lui couper le jarret. La troisième tentative, il est puni de mort par pendaison.

« Comment comprendre que dans les locaux de l’Assemblée nationale, une salle porte encore le nom de Colbert ? », s’interroge Jean-Marc Ayrault.

« Cette histoire est bien enseignée à l’école. Donc ne pas mettre de statue où les enlever n’efface pas l’histoire », explique le Président du Cran.

Son message fait suite à une Tribune de Jean-Marc Ayrault publiée samedi dans Le Monde.Fr, dans laquelle le Président de la Fondation pour la Mémoire de l’esclavage appelle à rebaptiser la salle Colbert qui se trouve à l’Assemblée nationale ainsi qu’un bâtiment à Bercy qui porte le nom du ministre de Louis XIV.

Jean-Marc Ayrault en appelle aussi au Président Macron sur la nécessité d’une « pédagogie de la diversité » dans toutes les institutions.

« Comment comprendre que dans les locaux de l’Assemblée nationale, une salle porte encore le nom de Colbert ? », se demande l’Ancien Premier ministre qui a été également Président du groupe socialiste, à l’Assemblée nationale.

« Le moment est venu… », estime Ayrault

« (…) Le moment est venu de trouver un autre nom pour ces lieux », indique-t-il.
« J’en appelle (…) au président de la République et au gouvernement, car cette pédagogie de la diversité concerne toutes les institutions. La France est depuis des siècles un pays d’ouverture et de fraternité. N’ayons pas peur de l’affirmer, de l’incarner, de le célébrer », écrit Jean-Marc Ayrault.

« Les foules qui se mobilisent depuis le meurtre de George Floyd ne demandent pas seulement la fin du racisme, des violences et des discriminations à l’encontre des personnes noires ou issues d’autres minorités. Elles demandent aussi que leurs raisons profondes soient éradiquées », plaide Jean-Marc Ayrault.

Le Président de la Fondation pour la Mémoire de l’esclavage assure que « les discriminations ne sont jamais seulement le fait de personnes isolées ». « Elles sont le produit de préjugés qui n’ont pas été combattus, de pratiques qui n’ont pas été corrigées, de questions auxquelles aucune réponse n’a été donnée ».

« Elles sont le fruit de l’histoire. Ne pas le voir, c’est s’aveugler sur les causes du mouvement actuel », prévient l’ancien l’ancien maire de Nantes dont la ville a été dans le passé un haut lieu de la Traite négrière.

Elle est à l’origine de la déportation, de la fin du XVIIᵉ au début du XIXᵉ siècle, de plus de 500.000 esclaves noirs d’Afrique vers les possessions françaises en Amérique, principalement aux Antilles.