« Construire, pas détruire », exhorte la ville de Fort de France, qui rappelle que la Porte du Tricentenaire a été « contrebalancée » par Césaire pour raconter le génocide des Amérindiens.

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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« Aimé Césaire a demandé à Kho Kho René Corail (*) de contrebalancer la porte du tricentenaire de l’installation de la France en Martinique par une œuvre. Et c’est comme ça que la fresque racontant le génocide amérindien est née aux pieds de cette porte », explique la ville sur son site Mangovea.

Son explication est accompagnée d’une vidéo dans laquelle Zaka Toto, chercheur en histoire, spécialiste études des nationalismes et identités regrette que cette démarche de décolonisation d’Aimé Césaire n’ait pas été transmise aux jeunes générations.

«Malheureusement, ce qui nous explose au visage, ces derniers jours, c’est que cela a été conçu comme cela, mais cela n’a pas été transmis », déplore le chercheur.

Cette vision d’Aimé Césaire, jusque-là inconnue, s’inscrit dans la réappropriation des symboles sur lesquels la ville de Fort de France travaille, en ce moment, dans le cadre d’une Commission mémorielle qu’elle a mise en place, à la suite du déboulonnage de deux statues de Victor Schoelcher par des activistes martiniquais le 22 mai dernier, jour du 172ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage en Martinique.

Les jeunes activistes réclament la suppression de l’espace public de tous les symboles liés à la colonisation, à l’esclavage et aux négriers. Outre le déboulonnage et la destruction des deux statues de Victor Schoelcher, ils ont détruit dimanche dernier à coups de massue la statue de Joséphine de Beauharnais, native de Martinique, première épouse de Napoléon Bonaparte qui a rétabli l’esclavage en 1802. Ils ont dans la foulée détruit la statue de Pierre Belain d’Esnambuc.

Leur prochaine cible c’est la Porte du Tricentenaire pour laquelle ils ont lancé un ultimamum au maire de Fort de France pour qu’il la dépose, faute de quoi ils ont prévu de la faire disparaître de l’espace public.

Depuis 2014, la Martinique compte 102 édifices protégés au titre des monuments historiques. 22 monuments historiques sont classés et 80 monuments historiques sont inscrits au titre des Monuments historiques.

Sur les 34 communes que compte l’île, Fort-de-France concentre 29 de ces monuments, Saint-Pierre en compte 14, 8 communes n’en comptent aucun.

« La Porte du Tricentenaire c’est 350 ans de bâti de la ville », fait valoir le chercheur Zaka Toto.
Anciennement nommée Fort Royal jusqu’à l’abolition de l’esclavage en Martinique en 1848, la ville a été depuis rebaptisée Fort de France. « Ce que Césaire fait, c’est qu’il prend un lieu qui était colonial et il en fait un outil de décolonisation », décrypte Zaka Toto. « Fondamentalement, la fonction, la symbolique, le sens du lieu change de sens. C’est cela décoloniser », explique le chercheur.

« Décoloniser, c’est prendre quelque chose et en changer le sens », martèle-t-il, assurant que « c’est ce qui s’est passé avec la Porte du Tricentenaire ».

Il s’agit de la «symbolique la plus forte » de décolonisation de l’île, explique le chercheur qui rappelle que la Porte « a été faite en 1935 pour célébrer les 300 ans de la colonisation de la Martinique et l’arrivée de Belain d’Esnambuc » en Martinique. « En faisant d’abord le ‘reniage’ à l’intérieur du lieu, il (Aimé Césaire) en a changé la fonction », assure-t-il.

(*) Kho Kho René-Corail : Joseph Sainte-Croix René-Corail, dit Khokho René-Corail, artiste engagé, est né le 14 septembre 1932 à Beaufond, dans la campagne des Trois-Îlets en Martinique et mort dans cette même ville le 13 février 1998. Il fut en 1962, l’un des auteurs du Manifeste de l’OJAM.

Aimé Césaire a demandé à Kho Kho René Corail de contrebalancer la porte du tricentenaire de l’installation de la France…

Publiée par Mangovea sur Lundi 27 juillet 2020

Photo : WHMartinique