Convocation d’Alexane et Jay Assani ce jeudi : Les appels à la mobilisation se multiplient sur Internet

Les appels à la mobilisation se multiplient sur les réseaux sociaux pour soutenir les deux militantes martiniquaises, Alexane Ozier-Lafontaine et Jay Assani, convoquées ce jeudi 26 novembre par les forces de l’ordre pour « destructions graves de biens classés commises en réunions », à Fort de France et Schoelcher.

En mai dernier, Alexane Ozier-Lafontaine et Jay Assani avaient posté une vidéo sur les réseaux sociaux, dans laquelle elles revendiquaient ensemble leur participation aux déboulonnages et aux destructions de deux statues de Victor Schoelcher, l’une à Fort de France et l’autre à Schoelcher, en marge du 172ème anniversaire de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique, le 22 mai 2020.

L’affaire avait fait grand bruit en Martinique mais aussi dans l’Hexagone. Dès le lendemain, le 23 mai, Emmanuel Macron dénonçait des dégradations qui « salissent la mémoire » de Victor Schœlcher et « celle de la République ».

A la veille de la convocation des deux militantes, les messages et les vidéos affluent sur les réseaux sociaux. Ils invitent la population à se rendre, au choix, à Fort de France ou à Schoelcher où les militantes seront interrogées, chacune, dans un lieu différent.
Alexane Ozier-Lafontaine sera entendue ce jeudi à 9h00 à la gendarmerie de Schoelcher, tandis que Jay Assani sera interrogée au commissariat de Fort de France, également ce jeudi à 9h00.

Elles sont convoquées pour « destructions graves de biens classés commises en réunions à Schoelcher et à Fort de France », indique le militant Charly Moussa

Elles sont convoquées pour « destructions graves de biens classées commises en réunion à Schoelcher et à Fort de France », annonce dans une vidéo postée sur Youtube, Charly Moussa, militant martiniquais anti-chlordécone, membre du mouvement « Rouge Vert Noir ».
Selon RCI, qui cite le Parquet, il est question d’auditions « pour déterminer les rôles des uns et des autres dans les déboulonnages des statues. Les motifs de poursuites seront précisés par le magistrat instructeur le cas échéant » ».

« Nous, militants et peuple de Martinique conscients apportons notre soutien indéfectible à Jay et Alexane et revendiquons de manière collégiale cet acte », fait d’ores et déjà savoir Charly Moussa dans cette vidéo diffusée par la Team DK, un média alternatif sur les réseaux sociaux qui compte près de deux milliers d’abonnés.

« Il est impensable qu’elles soient mises devant la justice. C’est le peuple militant martiniquais qui a pris en mains ce déchoukaj des statues de la honte », prévient Zéro chlordécone, Zéro poison.

« Leurs héros ne sont pas les nôtres. L’Histoire traduite à leur manière n’est pas la nôtre. Notre humanité n’est pas négociable », souligne le militant Charly Moussa, lui-aussi inquiété par la justice.

« Touchez à un seul cheveu d’Alexane ou Jay et vous déclarez la guerre aux militants. A bon entendeur salut ! », lit-on sur une affiche qu’il a postée sur la page FB de «Zéro Chlordécone Zéro Poison».

« Lorsque l’imaginaire du colon aborde l’histoire dans la direction qui le favorise, alors naît l’injustice qui est l’arme pour laisser se faire l’inacceptable. Mais l’histoire s’écrira avec chaque nom de nèg mawon Chimen Libèté Ouvè ! », écrit le mouvement écologiste «Zéro Chlordécone Zéro Poison» qui appelle à soutenir les deux militantes.

« Il est impensable qu’elles soient mises devant la justice. C’est le peuple militant martiniquais qui a pris en mains ce déchoukaj des statues de la honte », prévient le mouvement écologiste sur une affiche où figure une tête de mort.

Une vidéo du militant surnommé « Volcan » postée sur Youtube et relayée par « Zéro chlordécone Zéro Poison » est accompagnée du message suivant : « Déboulonner Par le PEUPLE pour le PEUPLE, 26 novembre. Notre HUMANITÉ n’est pas négociable ».

Des messages d’appel à la mobilisation sont également lancés sur la page du mouvement politique Mun, d’Olivier Bérisson.

Relayée sur les réseaux sociaux, la vidéo de la chute d’une des statues de Victor Schoelcher avait provoqué à l’époque l’indignation d’une partie de la classe politique martiniquaise dont le député Serge Letchimy qui avait dénoncé un acte de vandalisme.

Des actes qui « salissent » la mémoire de Schoelcher et celle de la République, avait dénoncé Macron

Le Chef de l’Etat avait tweeté : « En abolissant l’esclavage il y a 172 ans, Victor Schœlcher a fait la grandeur de la France. Je condamne avec fermeté les actes qui, perpétrés hier en Martinique, salissent sa mémoire et celle de la République ».
Les deux jeunes militantes avaient pour leur part justifié leurs actions par le fait que l’Histoire n’avait retenu comme seule figure historique le nom de Victor Schœlcher dans l’abolition de l’esclavage en Martinique en 1848, occultant le rôle des esclaves pour leur émancipation.
Elles avaient également dénoncé, le fait que Schoelcher avaient accepté l’indemnisation des colons pour la perte de leurs esclaves, sans contreparties et dédommagements pour ces derniers.

Les deux jeunes femmes réclamaient en outre que les figures noires de l’émancipation soient davantage mises en avant et que des rues soient notamment renommées au bénéfice d’acteurs locaux de l’émancipation.

Trois jours après leurs actions, une vague de déboulonnages et de destructions de statues s’est répandue à travers le monde, sous l’impulsion du mouvement Black Lives Matter

Trois jours après les destructions des statues de Victor Schoelcher en Martinique, le meurtre raciste de l’afro-américain George Floyd, asphyxié par un policier blanc à Minneapolis, a ouvert un débat d’abord aux Etats-Unis puis dans le monde, sur le racisme et ses fondements historiques,

Cet examen de conscience, impulsé par le Mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte), avait dès lors entraîné une vague de déboulonnages de statues d’esclavagistes et de personnalités liées à l’esclavage dans d’anciennes colonies comme le Royaume-Uni, la Belgique ou encore les Etats-Unis.

En juillet dernier, en marge des émeutes à Fort de France où le jeune militant Kéziah Nuissier avait été roué de coups par les forces de l’ordre, d’autres statues ont été déboulonnées par des militants anti-chlordécone dont celle de Joséphine de Beauharnais, l’épouse de Napoléon Bonaparte et Pierre Belain d’Esnambuc, un colon qui avait pris possession de la Martinique en 1635.