Coronavirus : Aux Antilles, nous ne sommes pas à la hauteur de l’état d’urgence économique et social !

Rédigé par : Jean marie Nol, le
Publié dans : Actualites, Martinique, Tribunes Libres
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L’économie de la Guadeloupe et surtout de la Martinique peut être très rapidement et durablement fragilisée par cette crise du coronavirus en raison de la taille réduite de ses unités économiques : plus de 96% de ses établissements ont moins de 10 salariés et moins de 1% ont 50 salariés ou plus. En outre, l’économie Antillaise est marquée par la domination du secteur tertiaire, lequel regroupe 75,3% des effectifs salariés du territoire, d’une part, et par le poids important du secteur public qui regroupe 42% des salariés locaux, d’autre part.

C’est là une économie sous cloche qui s’avère être ultra protégée par le modèle social français et les importants flux de transferts publics qui manifestement financent à travers les 40% de surrémunération des fonctionnaires l’ensemble de l’économie et également le secteur social à travers moults allocations . Ce sont ces atouts qui maintiennent le système sous serre (donc protégé des aléas climatique et économique) et évitent d’ébranler le système de départementalisation actuel en cas de crise grave comme celle du Covid 19 . Sans ce modèle c’est l’ensemble de notre mode de vie hérité de la départementalisation qui s’effondrerait corps et âme.

Dès lors se pose la question lancinante de pourquoi tant d’insouciance et de
pusillanimité de la part de certains de nos concitoyens Antillais qui refusent de regarder la réalité en face ?

Beaucoup pensent à tort que le système très protecteur du modèle social français est immuable et perdurera quoiqu’il arrive, et pourtant la crise actuelle pourrait mettre à bas bien des certitudes.

Pourquoi alors que le chômage est attendu à des niveaux stratosphériques , et que la croissance est très mal orientée pour les années à venir , les Guadeloupéens et surtout les Martiniquais rechignent à la réouverture des écoles et ainsi permettre à ceux qui le peuvent de reprendre le boulot ?

Cette tendance à sous estimer l’urgence économique viendrait accréditer l’idée d’une certaine incurie collective.

C’est patent de dire actuellement que travailler plus pour assurer la pérennité et le financement du modèle social français actuel est pour nous un sujet majeur, car il est lié autant à l’économie qu’aux enjeux de société. Nous sommes autant préoccupés par le poids de ce modèle social sur la compétitivité des entreprises au niveau mondial, que par la nécessaire solidarité entre générations et entre les différents groupes sociaux qui composent le pays. Enfin, nous sommes convaincus que le nœud du problème réside dans le financement de ce modèle social français, conçu avec des hypothèses aujourd’hui obsolètes avec le Covid 19 .

Pourquoi se pencher sur ce sujet ?

Tout simplement parce que la sonnette d’alarme est tirée depuis plusieurs jours, et que bon nombre de responsables politiques et économiques ont incité les travailleurs français à mettre « les bouchées doubles » pour permettre de limiter les dégâts financiers et d’espérer un sursaut économique une fois que l’activité reprendra à la sortie du confinement imposé par l’épidémie de coronavirus. En réponse, un tollé des syndicats Français et Antillais mécontents ! … « Demander aux Français de travailler plus est totalement indécent », estime Laurent Berger, le leader de la Cfdt.

Tout se passe comme si un mauvais génie prenait un malin plaisir à empêcher l’économie de se relever complètement de la crise du coronavirus , alors que certains indicateurs ( le climat des affaires, l’investissement des entreprises, les défaillances d’entreprises…) sont de nouveau au « rouge vif » depuis deux mois. À y regarder de près, il n’y a en réalité pas l’ombre d’une malédiction planant sur la France hexagonale et l’outre-mer . Et pas le plus petit mystère pour comprendre les origines du mal qui la frappe. Appelez-les paresseux, rebelles ou marginaux, les Français ne veulent pas travailler et c’est la réalité douloureuse qui s’impose aujourd’hui .

La crise économique du coronavirus est toutefois révélatrice de l’état d’esprit des Français. Ils se gaussent des déboires du gouvernement de la France (notamment des ratés dans les masques et tests) . Ils s’en foutent de l’état de désastre économique du pays avec cette crise majeure qui fait chuter le PIB à plus de 10% et augmenter les déficits et la dette dans des proportions pharaoniques .

Selon un sondage Ifop , 54% des Français sont opposés à l’idée de travailler plus, alors même que le ministre de l’Économie comptait apparemment leur demander un effort lors de son allocution sur la crise engendrée par le coronavirus .

Sur le papier, Bruno Le Maire ministre de l’économie a raison : si on rapporte le nombre total d’heures travaillées dans l’Hexagone à la population, la France arrive effectivement bonne dernière dans le classement des grandes nations. Ainsi plusieurs études convergentes constatent que « les Français continuent à travailler le moins d’heures dans le monde ». Alors que « les gens travaillent en moyenne 1902 heures par an dans les grandes villes du monde […] Les français à Lyon et à Paris, en revanche, ne travaillent que « 1582 et 1594 heures par an, respectivement ».

Et si les français ne réagissent pas maintenant, nous pourrons dire adieu au mode de vie auquel nous sommes tellement attachés, c’est désormais le modèle social qui est en sursis !
La réalité est que la réaction salutaire passe par le travailler plus, mais les réticences sont encore nombreuses.

Parmi les opinions politiques des individus non favorables à travailler plus on retrouve d’après un récent sondage une majorité de partisans de la France Insoumise (65% d’opinion défavorables ) et des électeurs du Rassemblement national (67%).

Ainsi, 68 % des sondés ont donc répondu qu’ils n’étaient pas pour une augmentation du temps de travail. En réalité ces gens là profitent du système social généreux de la France. Ils ne voient pas que ça finira mal, pour eux aussi ? …

Avec la crise du Covid 19, le modèle social français se veut généreux avec un Etat omniprésent qui déverse des milliards pour endiguer la crise sanitaire et sauver les emplois .

Malheureusement, ce modèle social semblait déjà mal en point avant la crise actuelle du coronavirus . En effet, la mondialisation a mis en concurrence la société française avec des pays avec peu ou pas de protection des travailleurs. Les déficits commerciaux sont à mettre en parallèle avec les déficits publics.

Dans la mesure où le modèle social français n’arrive plus à se financer autrement qu’avec une augmentation des déficits et de la dette , sa viabilité est indéniablement remise en question. Ce système fonctionnait bien quand l’économie française connaissait un taux de croissance élevé. Ce système est censé nous protéger, mais pourtant, demain une fois la crise économique et sociale bien installée en France il sera un fardeau financier et le filet de protection deviendra un piège infernal pour les finances publiques déjà mis à mal depuis tantôt . Et surtout pour remettre de l’ordre dans le système, les Français n’échapperont pas dans les années qui viennent à un régime autoritaire. N’en doutons pas !

Toute cette polémique sur la réouverture des écoles , prouve que les français ne veulent pas travailler et cherchent des prétextes d’ordre sanitaires (quelques fois légitimes certes, mais aussi réducteurs) pour ne pas aller au boulot. Ils préfèrent lézarder chez eux en télé travail ou garder les enfants à la maison. Je suis assez pessimiste quand à un rebond de l’économie française. Toute cette chienlit en France finira par détruire le tissu économique et social de la France avec toutes les conséquences que l’on peut déjà imaginer à l’avenir . Ça ne peut se terminer que par une dictature pour remettre de l’ordre dans ce pays qui part à vau-l’eau.

Tout le monde s’en fiche de savoir comment et qui va payer ultérieurement la facture de la crise. Mais on critique à tout va et certains ont une solution même loufoque à tous les problèmes. La France est désormais un bateau ivre. Et je ne parle même pas de la Guadeloupe et la Martinique.

Posez vous la question de savoir d’où provient l’irresponsabilité et l’inconscience ambiante qui règnent dans nos pays . Pas la peine d’ergoter plus longtemps quand on voit le tableau : dette, croissance, déficit… l’économie française sens dessus dessous et pourtant personne ne veut plus faire d’efforts pour redresser le pays en travaillant plus. Le déficit va s’aggraver. Combien tout cela va-t-il coûter ? Beaucoup, beaucoup d’argent au budget du pays, et au final au bout du compte, c’est une politique d’austérité et un chômage de masse qui nous attendent tous autant que nous sommes . Le système de protection sociale va être mis à rude épreuve, notamment le système d’assurance chômage, alors de ce fait le spectre d’une prochaine crise sociale n’a jamais été aussi proche . Il est temps de révéler aux Français les raisons pour lesquelles le pays va mal, et pourquoi les marges de manœuvre dont dispose le gouvernement pour agir demain , seront extrêmement limitées.

Selon un sondage effectué pour BFM-TV, les Français se disent à 82 % pessimistes sur l’avenir de notre société confrontée à la crise du coronavirus : ils ont raison de l’être, mais encore faudrait-il qu’ils prennent conscience qu’il va leur falloir beaucoup en rabattre sur leurs exigences. La courbe du chômage est loin, mais alors très loin de s’inverser. Pis, les indices ont plutôt tendance à se dégrader à la vitesse grand V ( 11,8 de français actuellement au chômage partiel, mais combien demain dans le nombre seront effectivement inscrits à pôle emploi si les entreprises licencient comme c’est prévisible ? ) .

Le hic c’est que la dette publique,tout comme le chômage, est en train de suivre une courbe ascendante abyssale et que la formation économique des Français est très limitée et cette inculture est un lourd handicap pour l’économie : Mais, là encore, il faudra bien des années avant que les efforts de Bruno Le Maire ministre de l’économie pour améliorer la culture économique des Français puissent porter leurs fruits.

En attendant, l’heure est aux mesures économiques radicales pour éviter au pays de s’enfoncer dans une crise budgétaire dévastatrice, mais demain avec la crise sociale qui vient, ce qui est sûr, c’est qu’on ne rasera pas gratis !

Tribune Libre par Jean marie Nol économiste