Covid-19 : Des élus refusent que les Guyanais servent de cobayes à l’essai thérapeutique de Paris

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Guyane
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Le président de la collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre et les deux sénateurs LREM de ce territoire se sont catégoriquement opposés à un projet d’essai thérapeutique contre le Covid-19 en Guyane, refusant que les Guyanais servent de cobayes.

Cet essai, mené par l’infectiologue Karine Lacombe, consiste à injecter à des patients souffrant du Covid-19 le plasma de patients guéris.

« Nous avons exigé que la mission du professeur Lacombe n’ait pas lieu en Guyane. Elle n’est pas la bienvenue et nous avons demandé au Préfet de prendre toutes les dispositions pour qu’elle ne soit pas accueillie en Guyane”, déclare ce mardi 30 juin, le président de la collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre, entouré des sénateurs LREM Georges Patient et Antoine Karam, dans une vidéo diffusée à l’issue d’un rendez-vous avec le préfet et la directrice de l’Agence régionale de santé (ARS).

Le projet d’étendre à la Guyane et à Mayotte cet essai thérapeutique, déjà en cours en métropole depuis avril dernier, a été annoncé le 25 juin par Karine Lacombe, cheffe des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, au cours d’une audition à l’Assemblée nationale sur le COVID19. Cette initiative a déclenché un tollé de protestations en Guyane, de nombreux Guyanais refusant de servir de « cobayes”.

« La Guyane n’est pas un terrain de jeu »
Dans un courrier à la directrice de l’ARS de Guyane, le député guyanais GDR, Gabriel Serville, a fait part de « sa rupture de confiance ».

«D’où vous vient cette idée unilatérale que les chiffres guyanais justifieraient l’installation d’un centre thérapeutique en lieu et place de la France hexagonale ?” fustige-t-il.
Au 29 juin 2020, la Guyane ne comptait “que 120 hospitalisations, dont 19 en réanimation”, fait-il observer, comparant ces chiffres à ceux de l’Hexagone qui avait “8.886 personnes hospitalisées et 634 en réanimation », au 26 juin.

La Guyane qui fait face à un rebond de l’épidémie, totalise 4268 cas de COVID19 confirmés et 16 décès, au 1er juillet.

“L’avancée inquiétante de l’épidémie […] ne saurait pour autant faire de la Guyane un terrain de jeu” pour “des chercheurs de l’Hexagone”, a de son côté écrit, lundi, le sénateur Karam dans une lettre adressée au ministre de la Santé, Olivier Véran.

Un essai lancé depuis le 7 avril à Paris

Lancé le 7 avril par l’Établissement français du sang (EFS), l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et l’Inserm, cet essai thérapeutique consiste à injecter à des patients souffrant du Covid-19 le plasma de patients guéris, contenant des anticorps contre le coronavirus.

Environ 200 patients guéris devaient être prélevés en Ile-de-France, dans le Grand-Est et en Bourgogne-Franche-Comté, tandis que l’essai devait inclure 120 patients en phase aiguë de Covid-19 : 60 recevant le plasma et 60 autres un placebo.

Mais ce chiffre n’a pas encore été atteint, a souligné Karine Lacombe, expliquant l’essai lancé début avril n’a pas pu aboutir, faute de conditions adéquates.

« Nous étions déjà en phase de décélération de l’épidémie” et beaucoup de patients arrivés à l’hôpital à ce moment-là ne remplissaient pas “les critères d’inclusion pour bénéficier de l’essai plasma”, a-t-elle expliqué.

Publiée par Rodolphe Alexandre sur Lundi 29 juin 2020