Covid-19 : Le déni de réalité est susceptible de miner rapidement l’économie martiniquaise

Rédigé par : Jean marie Nol, le
Publié dans : Actualites, Martinique, Tribunes Libres
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Covid-19 : Le déni de réalité est susceptible de miner rapidement l’économie martiniquaise : Tribune par Jean-Marie Nol, économiste.

La Martinique devrait être bientôt rattrapée par le tristement célèbre variant Delta, qui a tué des centaines de milliers de personnes en Inde. Les cas explosent et l’inquiétude du CHUM grandit à vitesse grand V. Ce virus devrait rapidement s’imposer comme le variant dominant à travers le monde et risque de ruiner l’économie de la Martinique, si rien ne bouge en matière de vaccination. Aujourd’hui, on se désole partout à travers le monde, de ce que l’économie soit une des principales victimes collatérales de la pandémie actuelle.L’économie mondiale va décidément payer un (très) lourd tribut à la crise du Covid-19.

Les retombées massives de la pandémie devraient en effet amputer le Produit intérieur brut mondial de 22.000 milliards de dollars entre 2020 et 2025, juge le Fonds monétaire international (FMI). Dans le même ordre d’idée, la crise du Covid-19 va coûter 424 milliards d’euros à l’Etat français sur trois ans et amputer le PIB de près de 14%… De fait, rien n’est plus vrai pour la Martinique qui a connu en 2020 une croissance négative , et pourtant les martiniquais persistent à ne pas comprendre qu’il faut mettre le paquet sur la vaccination pour éviter un nouveau confinement qui serait cette fois catastrophique pour l’économie et donc in fine pour l’emploi de milliers de martiniquais . En effet, si rien ne se décante au niveau de la vaccination, alors même que la loi sur le pass sanitaire a été déjà voté à l’assemblée nationale , c’est le mur des faillites d’entreprises et d’un chômage de masse qui nous guettera dès la fin 2021. La vaccination s’avère être la seule parade au futur désastre économique.

C’est là avec le risque d’une nouvelle vague imputable aux variants, une question de bon sens et d’intelligence pratique pour préserver le tissu économique et la cohésion sociale de la martinique . Pourquoi faire état de l’intelligence et faire appel au bon sens du citoyen lambda ? Tout simplement parce que désormais, un voile pèse sur le rebond économique. Tous les décideurs économiques et politiques ont en tête le risque du variant Delta .

La charge virale des personnes infectés par le variant Delta serait jusqu’à 1 260 fois supérieures à celles des personnes infectées par la souche d’origine , relève une étude chinoise. Si ce schéma se confirme en Martinique , l’incertitude grandira et la consommation et l’investissement pourraient en pâtir. De fait, il y a des interactions puissantes avec la vaccination et l’économie. La vraie problématique à prendre en compte est que pour contenir la propagation du virus en Martinique , il faut nécessairement citer d’abord les fermetures imposées des commerces et magasins physiques et les autres mesures d’urgence qui ont fortement concerné de nombreux secteurs, parmi lesquels le commerce de détail, les loisirs, le tourisme, l’aéroport , le transport et les événements.

À cela s’ajoute, indépendamment du secteur, les entreprises non essentielles dans l’impossibilité de mettre en œuvre le télétravail à domicile et les règles de distanciation physique. Si tous les secteurs sont en moyenne négativement affectés, la baisse des ventes ou l’arrêt des ventes à défaut d’e-commerce met en danger les entreprises et indépendants, en particulier les plus petites structures qui ne disposent pas d’une trésorerie suffisante pour faire face à une crise qui perdurerait . À court terme, outre la baisse des dépenses de consommation et d’investissement (choc de demande), les entreprises de différents secteurs seront confrontées à des perturbations de l’offre (problèmes d’approvisionnement, de rupture des stocks, de liquidité, de pénurie de main d’œuvre du fait d’arrêt de travail pour maladie ). L’économie martiniquaise va décidément payer un (très) lourd tribut à la crise du Covid-19. Les retombées massives de la pandémie devraient en effet amputer le Produit intérieur brut de la Martinique de 3,3 milliards d’euros entre 2020 et 2025. Et là réside le véritable danger d’un chaos économique et social pour la Martinique , car l’endettement élevé des entreprises est une bombe à retardement pour l’économie Si les entreprises profitent encore de conditions d’emprunts favorables, la fin des aides publiques et largesses monétaires fait naître des craintes sur leur capacité à rembourser leur montagne de dettes sociales et fiscales. Le niveau de conscience intellectuel des citoyens martiniquais face à la crise est-il en train de décliner de façon aussi irrépressible jusqu’à les pousser à commettre l’irréparable à savoir tuer de façon stupide et inconsciente leur économie ?

Poser dans le contexte actuel cette question pourrait presque être considéré comme une provocation aux yeux de certains . Aujourd’hui, 97% d’une génération obtient le bac, alors qu’en 1970, seulement 20% d’une génération avait le bac. Le niveau du bac a baissé et le niveau général de la population a lui aussi baissé . En tant qu’économiste, je me permets d’évoquer plusieurs hypothèses, comme la forte dégradation du système éducatif, une insuffisante compréhension des mécanismes économiques, une alimentation de moins bonne qualité, une appréhension à la lecture de la presse, une grande perméabilité aux fakes news, la fuite de nos meilleurs cerveaux en France hexagonale ou à l’étranger , un fort taux d’illetrisme, un environnement familial et social de plus en plus dégradé, ou encore l’omniprésence des écrans. Cela se manifeste d’ailleurs sous des formes multiples: désintérêt pour les livres, l’histoire et la littérature, chute de la lecture de la presse, abêtissement télévisuel, addiction aux jeux vidéo, etc…

Cette situation reflète une nouvelle fois le véritable malaise social qui règne ici dans notre pays . Osons le dire, l’élite Antillaise au regard des anciens manque cruellement d’érudition et l’éducation scientifique du peuple est faible comme le dénote les très fortes résistances à la vaccination contre la covid 19. L’hésitation à vacciner est actuellement en pleine expansion (environ 20 % seulement de la population martiniquaise est vaccinée contre 58% au niveau national) expliquant l’insuffisance de couverture vaccinale et la persistance à un niveau élevé de la pandémie dans notre île . Elle s’explique par les peurs vaccinales médiatisées par certains syndicats , le rôle prépondérant de certains médias et surtout d’Internet dans la désinformation.. La balance bénéfice/risque s’est totalement inversée aux Antilles : on craint plus le vaccin que la maladie.

Mais que valent ces atermoiements au regard des risques de crise économique et sociale sur fond de destructions de milliers d’emplois et d’explosion de la pauvreté en Martinique ?

À la fois conséquence et cause de précarité économique, cet échec scolaire, la baisse du niveau général de la population et l’illettrisme qui souvent l’accompagne pèsent sur le niveau de compréhension des enjeux de demain et surtout de la qualification de la population active et constituent un frein majeur au développement de l’économie . À titre d’exemple, L’Insee vient de publier le bilan économique, pour l’année 2020, en Martinique . Il souligne le recul de 4% pour la Martinique durant cette année 2020. Mais un recul qui, selon l’INSEE, est quasi essentiellement le fait de la pandémie du Covid, et ce même si la baisse du PIB qui mesure la richesse totale produite par le pays a été bien amorti par les aides publiques.
Mais disons le tout net, le modèle social français ne sera pas toujours au rendez-vous pour supporter nos incohérences comportementales et encore moins payer les conséquences financières de notre inconsistance intellectuelle d’enfants gâtés.

En un mot, la Martinique a le droit et le devoir d’accoucher par elle-même d’un nouveau modèle économique et social novateur et responsable avec une très forte exigence de responsabilité et de formation . Pourquoi est ce une urgence ?

Parce que nous sommes au pied du mur et sommes confrontés à l’hypothèse de plus en plus sérieuse d’une ère de déclin intellectuel et de grande stagnation économique», voire de fracturation identitaire et sociale .

La probabilité que la crise actuelle débouche sur une stagnation durable du «fétiche PIB» est de fait rendue crédible par de simples constatations empiriques. La période difficile dans laquelle nous allons nous trouver à l’aube de cette décennie créera certes de nouvelles opportunités mais aussi des risques de chaos économique et social . Les grands changements cognitifs ne sont jamais faciles mais, quand ils sont gérés correctement, ils peuvent nous rendre plus forts et améliorer notre situation au lieu de nous conduire vers le pire .

Jean-Marie Nol économiste