Covid 19 : L’étau se resserre sur la Martinique !

« Covid 19 : L’étau se resserre sur la Martinique » : Tribune par Jean-Marie Nol, économiste !

Reconfinement en Martinique : le couperet est tombé avec l’annonce de nouvelles mesures annoncées par le président Emmanuel Macron. De fait, l’angoisse est palpable chez beaucoup de chefs d’entreprises. Des pans entiers de l’économie risquent l’effondrement. Un difficile équilibre va devoir être trouvé entre restrictions sanitaires et préservation de l’activité économique.

C’est grave docteur ? Oui et Non, mais gare à l’emballement. Ce n’est un secret pour personne : les mois à venir seront durs et éprouvants pour de nombreux métiers. Au train où vont les choses, de couvre-feu en reconfinement , nous nous engageons, hélas, à nouveau sur le chemin périlleux de la grande dépression de l’économie Martiniquaise pire que lors de la crise sociale de 2009 .

En avons-nous les moyens? Rien n’est moins sûr.
Ayons le courage de dire les choses clairement. La situation est grave. Elle est grave en Europe, elle est grave en Guadeloupe et aussi en Martinique . Lors d’un précédent article, nous avions couché sur le papier les conséquences de la crise à venir : Affaissement de la consommation , surendettement, risque d’explosion des liquidations judiciaires, entreprises zombies surendettées… nous écrivions que les dégâts économiques causés par la crise du coronavirus laissent présager pour la Martinique une nouvelle chute de l’activité dans les prochains mois.

Que n’avions-nous point vu. Les temps ont depuis bien changé . La seconde vague du coronavirus frappe aujourd’hui durement la Martinique et surtout la crise sanitaire est devenue économique et sociale. Les Martiniquais scrutent avec inquiétude la courbe des contaminations au coronavirus, qui ne cesse de grimper. Un autre indicateur pourrait virer au rouge, celui de la santé économique de la Martinique . C’est toute une partie de l’économie des services et du tourisme qui risque de s’effondrer.

La seconde vague du coronavirus semble de très mauvais augure pour le tourisme qui tente par tous les moyens de sortir la tête de l’eau : depuis le début de l’épidémie, le secteur déplore 173 millions d’euros de perte pour la Martinique . Dans la perspective des nouvelles mesures de confinement annoncée par le préfet , l’avenir semble effectivement bien incertain pour les voyagiste et les autres acteurs du secteur touristique . Pour les vacances de la Toussaint, pas de frémissement pour la destination Martinique selon le quotidien du tourisme.Et qu’en sera il pour les prochaines saisons, déjà à notre avis, irrémédiablement compromises ?

Le Covid-19 est un accélérateur de la transformation de l’activité économique. Les modes de consommation changent et le mouvement de désertification de la destination Martinique s’amplifie.

En effet, « la confiance des ménages dans la situation économique reste très inférieure à son niveau d’avant crise ». Or, il y a un lien direct entre l’investissement des entreprises et le niveau de demande des ménages : selon un sondage annuel ciblé sur les PME de BPI France, la faiblesse de la demande est même le principal frein à l’investissement cité par les patrons. C’est pourquoi « les entreprises sont nombreuses à craindre des pertes de débouchés », explique l’Insee. Pour ne rien arranger, le surendettement repart à la hausse. Depuis le début de l’année 2020, l’IEDOM a reçu plus de 500 dossiers de surendettement.

L’organisme qui représente la Banque de France dans les DOM a la charge d’aider les particuliers dans ces situations financières périlleuses.En Mars dernier, le montant de l’endettement des ménages Martiniquais s’élevait à près de 25 millions d’euros. Entre les crédits immobiliers, les crédits à la consommation et d’autres dettes bancaires sans oublier les factures d’eau d’électricité, les loyers et les impôts. La Martinique vit au-dessus de ses moyens. Une situation vieille de plus de trente ans, mais la situation s’aggrave avec la crise du Covid 19 .

La pandémie de coronavirus est à l’origine directe du ralentissement de l’activité économique en Martinique , et donc, de la baisse des ressources des collectivités locales . En effet, la baisse de la consommation locale, les fermetures d’entreprises et la destruction d’emplois ont un impact quasiment immédiat sur les comptes publics.Les crises sont toujours des moments de remise en question, de transformation à court terme et quelque fois à très long terme. En Martinique , la crise sociale de 2009 a permis d’expérimenter des formes d’efficacité de la gouvernance locale qui n’ont pas remis en question le système de la départementalisation .

On a vu que l’Etat providence a pris alors son essor pour protéger nos entreprises de la catastrophe annoncée. C’est le résultat de l’arbitrage que font les autorités publiques entre résilience du système départemental et capacité à faire circuler le crédit au sein de l’économie. Et de ce fait, pour que ce modèle tienne, l’Etat doit en effet être prêt à soutenir les entreprises , surtout dans un choc tel que celui que nous observons actuellement. Mais rien ne dit que cela sera toujours le cas à l’avenir. Cette crise est systémique, et exogène à la Martinique . En effet, sa caractéristique est d’être mondiale, aussi prenons garde à la fin de la croissance économique en Martinique !

L’économie de la Martinique devrait nettement marquer le pas en 2020 . Cette détérioration des chiffres serait avant tout liée à une conjoncture défavorable. S’agit-il d’un trou d’air dans l’activité ou d’une tendance sur plusieurs années ?

Seul l’avenir nous le dira, mais pour le moment, l’incertitude gagne et détruit l’économie à petit feu . Jour après jour, la crise sanitaire du Coronavirus se transforme et devient une crise économique et sociale . Plus qu’un virus, la crise du coronavirus est une expérience de décroissance et de démondialisation accélérée. Qui pouvait penser que le coronavirus ferait basculer le pays Martinique entier dans la récession et bousculerait complètement nos certitudes sur le mythe d’un progrès social infini dans le cadre de la départementalisation ?
Parmi ces certitudes, il en va désormais du questionnement de la survie même de l’Etat providence avec un modèle social français en grande difficulté financière . Il en est également de la question de la croissance.

La croissance économique peut se définir comme une augmentation durable de l’activité économique d’un pays. Pour mieux comprendre, c’est la richesse totale produite par la Martinique . Elle se mesure grâce à l’évolution trimestrielle ou annuelle du produit intérieur brut ou PIB. Cette croissance économique correspond à une augmentation de la production sur le long terme (augmentation durable de la quantité et de la qualité des biens et des services produits chaque année).

Force est de constater un ralentissement de la croissance économique en Martinique depuis plusieurs années. Selon les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), et nos propres calculs prévisionnels la Martinique va connaître en 2020 le plus fort recul de son activité depuis au moins la crise sociale de 2009 , avec une chute envisagée du produit intérieur brut (PIB) de 15, 2% .

C’est tout de même un coup de semonce : la Martinique n’est pas immunisée contre les effets du ralentissement économique mondial imputable à la crise du coronavirus. Déjà en préambule, on peut dire que l’économie Martiniquaise affiche les premiers stigmates de la grave crise économique du coronavirus, et que les Martiniquais ne seront pas épargnés !
L’histoire de l’endettement public démontre qu’à un certain niveau les dettes publiques ne sont plus facteurs de croissance. Car elles provoquent un « effet ricardien »: les Martiniquais sentent que cela ne va pas durer et augmentent leur épargne en attendant que les impôts leur tombent dessus.

Face à la crise du Covid-19, le gouvernement a ouvert les vannes de l’argent public pour éviter notamment la faillite de nombreuses entreprises. La facture des aides s’élèvera au total d’ici fin 2020 à 490 milliards d’euros, selon les prévisions du gouvernement. Mais néanmoins les entreprises les plus touchées par la crise ne résisteront pas au choc, et cela engendrera des faillites et par voie de conséquence un chômage de masse . Les entreprises perdent maintenant plus d’argent que jamais, à cause des nouvelles mesures de couvre-feu et du reconfinement , et voient leurs espoirs de profits à la baisse en raison de l’incertitude économique.

En Martinique , le risque d’une «récession à double creux» est devenu prégnant , car la dérive du chômage de masse et de l’endettement public se nourrissent l’une l’autre.

Enfin, nous sommes convaincus que le nœud du problème réside dans le financement de ce modèle social, conçu avec des hypothèses aujourd’hui obsolètes avec le Covid 19 et la fin de la croissance . Quelles sont les conséquences ? C’est un peu un jeu sans fin ou dont la fin sera une récession assez marquée en Martinique . Le coût en sera exorbitant en termes de croissance donc de destruction d’emplois, donc d’augmentation du chômage, donc d’augmentation de la pauvreté.
Et les inquiétudes quant à une multiplication des faillites des entreprises font craindre le pire. Le plan de relance de 100 milliards d’euros du gouvernement sera-t-il suffisant ?

Et à l’attention de nos contradicteurs, nous leur demandons de réfléchir sur le fait que seul un esprit éduqué à la practice économique peut comprendre une pensée différente de la sienne sans avoir à l’ accepter.( Aristote.)

C’est dans ce même ordre d’idée qu’il est intéressant d’analyser comment s’est réalisée en Martinique, la croissance économique. Au moment de la départementalisation, tous les acteurs économiques et politiques croient que l’injection de l’argent public suffirait pour susciter une demande et une production, puis par effet boule de neige, aboutirait à une croissance auto-entretenue. On est là en présence du schéma type du multiplicateur Keynésien très à la mode dans les années 50-60. Dépenses de fonctionnement, rémunérations des fonctionnaires augmentées de 40% , investissements, prestations et aides sociales, toute la panoplie des transferts publics y passeront.

En réalité le mécanisme de croissance alimenté par la demande a très bien fonctionné ( élévation notable du niveau de vie et progrès social incontestable ) ), mais l’appareil productif plombé par l’économie de plantation et de comptoir n’étant pas prêt, le processus cumulatif attendu ne s’est pas opéré. Ce qui constitue le moteur de l’économie de la Martinique, c’est l’importance de la consommation finale des ménages. Cette consommation est très supérieure à la production marchande locale, et à noter que cela peut être observé de plus en plus dans une économie moderne dite développée.

Aujourd’hui, la donne a totalement changé et l’activité économique de la Martinique va être réduite entraînant mécaniquement une baisse des revenus des ménages et des entreprises et donc des recettes fiscales, les Martiniquais vont bientôt devoir mettre la main à la poche sur leur épargne, si la CTM veut tenir ses engagements de réduction drastique de ses dépenses . C’est la différence de la crise sociale de 2009 qui avait vu la croissance chuter en Martinique de 6, 1%, en volume, avec une chute de l’investissement de plus de 23 %. Le nombre de demandeurs d’emploi s’était accru de 13 % et cette dégradation avait touché
toutes les catégories de salariés.

De fait, nous assisterons très bientôt en Martinique à une chute de la croissance de plus de 15%, couplée à la conjonction d’une crise bancaire – avec une faiblesse de leurs ratios de solvabilité – et d’une crise des collectivités locales – avec un endettement public massif. C’est une première. Et répétons le, seule une injection massive d’argent public de l’Etat français pourrait encore permettre de sauver les meubles. Mais nonobstant ce seul facteur de l’injection massive d’argent public dans l’économie de la Martinique , nous risquons , en réalité , de bientôt passer  » d’une économie du risque à une économie de la peur  » comme le disait l’économiste et essayiste Jacques Attali

En fait, pour nous, ce qui se conçoit bien est porteur d’espérance et non de désespoir…. « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. (Jean Monnet) – A pa jwèt ka touné, sé van…. là devrait être notre seul crédo !

Jean-Marie Nol économiste