Covid-19 / Maladie de Kawasaki : Alerte à Paris après l’hospitalisation d’enfants présentant des symptômes inflammatoires graves

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Monde
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Une alerte a été lancée à Paris par le Centre Necker après l’hospitalisation, en réanimation, d’une dizaine d’enfants atteints ou en lien avec le Covid-19, présentant des symptômes inflammatoires graves, rapporte le Midi-Libre.

Ils présentaient des symptômes inflammatoires, proches de la maladie de Kawasaki, un syndrome vasculaire affectant les jeunes enfants. « Ce syndrome inflammatoire implique le cœur, les poumons ou l’appareil digestif », explique au Midi-Libre le docteur Damien Bonnet, coordonnateur du Centre de référence malformations cardiaques congénitales complexes Necker (M3C Necker). « L’état clinique de certains patients rappelle la maladie de Kawasaki », ajoute-t-il. Cette maladie infantile rare se caractérise également par une inflammation des parois des vaisseaux sanguins.

Cette alerte inquiète le milieu médical à l’approche du déconfinement.

« C’est une alerte que nous prenons très au sérieux en France, nous lançons un signal, il faut être vigilants », prévient pour sa part le professeur Alexandre Belot, rhumatologue et pédiatre à l’hôpital « femme mère enfant » à Lyon, interrogé par le journal la Dépêche du Midi.

Les équipes de réanimateurs de l’unité spécialisée de Necker ont averti Santé publique France.
Vingt-cinq cas ont été hospitalisés en réanimation en région parisienne ces trois dernières semaines et une dizaine dans le Centre spécialisé de l’hôpital Necker.

Aucun cas mortel n’a été déploré et le nombre de jeunes patients demeure faible.
Si tous les enfants pris en charge ne sont pas positifs au Covid-19, il est fort probable que ces cas soient directement liés à la pandémie actuelle. L’équipe du M3C Necker s’interroge sur « cet afflux de jeunes patients » en décalage avec la « pandémie en Ile-de-France ».

L’alerte est d’abord venue du Royaume-Uni

Le Dr Damien Bonnet est surpris de la temporalité : « L’épidémie a démarré il y a cinq semaines en Ile-de-France et ces jeunes enfants affluent depuis 15 jours. Il y a eu une hausse depuis vendredi. C’est un phénomène qui nous ennuie. La bonne nouvelle c’est qu’ils s’améliorent très vite. Ils sont en péril quelques heures. »

L’alerte est d’abord venue du Royaume-Uni. Le National Health Service (NHS) a fait état d’une douzaine d’enfants hospitalisés dans un état grave. Pour la plupart positifs au Covid-19, ces jeunes patients présentaient une forte fièvre et des inflammations des artères, rapporte le Midi-Libre.

Après l’alerte d’Angleterre, l’équipe du M3C Necker a tiré à son tour la sonnette d’alarme. Le docteur Damien Bonnet a écrit à ses collègues pour partager ses constatations.
« Un nombre croissant d’enfants de tous âges a été hospitalisé dans un contexte d’inflammation multi-systémique associant fréquemment une défaillance circulatoire avec des éléments en faveur d’une myocardite », constate-t-il. « La présentation clinique est pléomorphe et peut en imposer pour une forme incomplète de la maladie de Kawasaki, ce d’autant que certains ont des dilatations coronaires. »

Différents services médicaux contactés en Europe

Alors que la stratégie nationale de déconfinement a été présentée mardi par Edouard Philippe, l’équipe du M3C Necker s’inquiète de « cet afflux de jeunes patients » en décalage avec la « pandémie en Ile-de-France ». Le Dr Bonnet a contacté différents services médicaux en Europe.
« Le contact pris avec nos collègues londoniens, espagnols et belges confirme ce problème émergent ». Il y a ainsi eu dix cas en Belgique.

Selon Reuters, dans le nord de l’Italie, l’une des régions les plus durement touchées par la pandémie en cours, des médecins ont fait état d’un nombre anormalement élevé de cas sévères d’une pathologie ressemblant à la maladie de Kawasaki, chez des enfants de moins de neuf ans.

Cette affection dont la cause est inconnue, survenant chez de jeunes enfants et plus fréquente en Asie, se manifeste dans ses formes graves par une inflammation des artères, notamment coronaires, susceptible d’aboutir à un infarctus du myocarde.

Aucun cas mortel n’a été recensé

Pour autant, aucun cas mortel n’a été recensé. Pas même en Angleterre contrairement à ce qui avait été annoncé précédemment à la suite d’une interview du ministre de la Santé Matt Hancock.

Pour l’équipe du M3C Necker, il est urgent que les équipes médicales soient informées et se concertent pour étudier d’éventuels nouveaux cas. « Il nous paraît d’une importance sanitaire majeure que tous les cas soient recensés même s’ils sont douteux puisque le cadre nosologique est imprécis. »

« Les sociétés savantes de pédiatrie et de réanimation ont été informées », dit-on à Necker.
« Ces enfants doivent nécessairement voir un cardiologue. »

Le ministre de la Santé britannique Matt Hancock partage ce constat.

Cité par Reuters, il explique : « Nous ne sommes pas sûrs à 100 % parce que certaines des personnes qui l’ont contractée n’avaient pas été diagnostiquées (comme contaminées par le SARS-CoV-2-NDLR). Nous faisons donc actuellement beaucoup de recherches, mais c’est quelque chose qui nous inquiète », a-t-il poursuivi. Pour l’heure, le nombre d’enfants pris en charge avec ces symptômes demeure faible.

« Il ne faut pas affoler les parents », prévient le docteur Jeziorski du CHU de Montpellier

« Ces événements sont rares, pour l’instant, on fait un recueil de données. On n’est absolument pas dans une problématique d’inquiétude de santé », indique depuis le CHU de Montpellier, le docteur Eric Jeziorski, responsable de l’équipe pédiatrie générale, infectiologie, immunologie et immunologie clinique.
Il se veut rassurant :

« La maladie de Kawasaki est provoquée par un agent infectieux, et peut donc être liée en théorie au coronavirus, mais on n’a aujourd’hui aucun élément en ce sens », précise le pédiatre.
Au CHU de Montpellier, il voit environ un cas par mois. Les deux cas qui se sont présentés ce mois-ci font l’objet d’investigations poussées, alors que les tests déjà effectués n’ont pas montré d’infection Covid. Les enfants se portent bien. « Il ne faut pas affoler les parents », conclut le pédiatre.

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