Covid-19 : Nouveau foyer de contamination en Guyane, inquiétudes des autorités coutumières amérindiennes et bushinenguées

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Guyane
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Un nouveau foyer de contamination au COVID19 a été découvert en Guyane, mercredi, portant à 107 le nombre de cas confirmés sur le territoire, depuis le début de la pandémie.

La Guyane, qui est toujours au stade 2 de l’épidémie contre 3 dans l’Hexagone, a enregistré 10 nouveaux cas positifs au coronavirus dans la communauté bushinenguée, dont 9 pour la seule journée de mercredi.

Une première, qui inquiète les autorités coutumières qui craignent la propagation de la maladie aux villages voisins bushinengués (ou bushinengé, nom hérité de leurs ancêtres africains mis en esclavage, devenus des Nègres marrons).

Depuis le début de l’épidémie en Guyane, 107 cas confirmés ont été détectés. A ce jour, 84 personnes ont été guéries.

Lundi, un Amérindien de 70 ans, originaire de Cécilia est décédé. Il s’agit du premier mort du coronavirus en Guyane, selon les autorités.

Jusqu’à présent, les foyers épidémiques étaient contenus dans les mêmes communes, mais la découverte du nouveau foyer, mercredi, au Grand-Santi fait craindre une propagation du virus.
Par précaution, deux villages aux alentours ont été mis en quarantaine par la préfecture. Les cas concernent plusieurs personnes « résidant dans un écart de Grand-Santi », au sein de la communauté bushinenguée.

« Neuf d’entre elles sont positives. Il s’agit de personnes proches d’un patient de Saint-Laurent du Maroni déclaré positif dimanche dernier », a expliqué la préfecture dans un communiqué.
Avant les résultats, le Kampoe, un hameau bushinengué non loin du Grand-Santi, avait été mis en confinement, afin d’éviter une éventuelle diffusion du virus dans les villages voisins, a fait savoir la préfecture.

Le 9 avril, celle-ci avait aussi placé en quarantaine le village amérindien de Cécilia (277 habitants) dans la commune de Matoury, après la découverte d’un « foyer épidémique » de 20 cas suspects de COVID19, confirmés mi-avril.

Mais dans un long communiqué commun publié mercredi, les chefs coutumiers des communautés amérindienne et bushinenguée se sont déclarés inquiets.

Ils reconnaissent que leurs modes de vie est susceptible de favoriser la propagation du virus.
Le coronavirus a « touché sévèrement nos communautés », déplore dans son communiqué le Grand conseil coutumier (GCC) des populations amérindiennes et bushinenguées de Guyane.

Ce Grand conseil des populations amérindiennes et bushinengués a pour objet d’assurer la représentation des populations amérindiennes et bushinenguées de Guyane et de défendre leurs intérêts juridiques, économiques, sociaux, culturels, éducatifs et environnementaux.
« La manière dont nos villages sont organisés, nos modes de vie et nos façons d’interagir facilitent et accélèrent potentiellement la propagation du virus et nous en sommes conscients », reconnait le Grand conseil.

Il fait toutefois remarquer que «dès l’arrivée du Covid-19, les autorités coutumières et les différentes associations amérindiennes se sont fortement mobilisées, pour adapter la prévention aux réalités culturelles du territoire. »

« Ainsi, nous déplorons que cette pandémie mortifère s’est malgré tout accentuée et a touché sévèrement nos communautés. », note le Grand conseil.

Il rappelle qu’à cette épidémie « s’ajoutent les inégalités sociales, infrastructurelles et sanitaires, qui s’intensifient et se révèlent avec les mesures de confinement. »

« Le Covid-19 ne ralentit, ni n’interrompt les autres fléaux (orpaillage illégal, précarité, etc), qui frappent déjà durement nos communautés », constate-t-il. Ce contexte actuel de crise sanitaire ravive aussi le traumatisme collectif des précédentes épidémies qui ont décimé les ancêtres des Amérindiens, observe le Grand conseil.

« Il nous met, nous les descendants des premiers occupants de ce territoire, face à notre condition de survivants à l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire de l’Humanité : le génocide des Amérindiens », constate le Conseil qui dénonce une «stigmatisation » depuis la « découverte d’un foyer épidémique dans l’un de nos villages ».

« De véritables chasses à l’homme ont été lancées, souvent après des informations et propos diffamatoires, criminalisant des familles entières et donnant naissance à un mépris décomplexé envers “ les Amérindiens”. », rapporte-t-il.

« Cependant, cette humiliation n’a fait que renforcer les liens entre les différents peuples amérindiens et, par la même occasion, révéler une solidarité spontanée de la population guyanaise, que nous saluons. », se félicite le Grand conseil.

« Le Covid-19 touche l’humanité et teste nos aptitudes à la solidarité », assurent les Sages, en appelant au respect des familles et de leur deuil.

Photo : Facebook Ouest Guyane