Covid-19 : «On nous laisse prendre des risques!» témoigne cette infirmière ultramarine, en profession libérale

Malgré toutes les dispositions préconisées pour le personnel soignant, des mesures annoncées il y a deux jours par Emmanuel Macron et détaillées par Edouard Philippe, les professionnels libéraux dénoncent les conditions difficiles dans lesquelles ils travaillent. Tous les équipements sont trop légers, les masques sont délivrés à compte gouttes, les blouses et les gels sont achetés individuellement : «On nous laisse prendre des risques» constate avec amertume, une infirmière libérale ultramarine.

Deux jours après avoir déclaré une guerre totale au Coronavirus, le chef de l’Etat en prenant toutes les précautions d’usage a fait sa première sortie en pleine période de confinement. L’occasion pour Emmanuel Macron de saluer le travail des soignants, médecins ou infirmiers. Mais en dépit des mesures prises pour aider ce personnel à participer activement à la lutte contre la maladie, certains infirmiers en profession libérale sont épuisés. Infirmiers et infirmières libérales ne sont pas confinés et en prenant d’énormes risques, ils continuent comme avant le confinement à s’occuper de leurs malades. des malades fragiles et vulnérables. Cette infirmière d’origine guadeloupéenne et martiniquaise, volontaire pour l’aide aux patients covid-19, ne peut pas se résoudre à le faire : «Nous ne sommes pas contre mais on doit être équipées». Elle avoue lasse : «Tout le monde est en panique».

L’infirmière qui exerce sa profession à Epinay et qui veut rester anonyme raconte ses journée chargées avant le coronavirus, avec l’arrivée de la pandémie, la tension a doublé et le travail en plus. Plus de 20 patients par jour à soigner, il faut aller en pharmacie leur chercher des médicaments, les visiter parfois 2 à 3 fois par jour : «ils nous attendent». La soignante libérale devrait se changer autant de fois qu’il y a de visites, seulement le nombre de blouses est réduit, puisqu’elle les achète elle-même.

Nous ne sommes pas confinés, donc nous devons faire garder nos enfants, mais là encore les horaires ne sont pas adaptés et comment être certains que nos propres enfants parmi d’autres en garderie ne seront pas contaminés? C’est le conjoint de l’infirmière qui s’est mis en congé pour s’occuper des enfants.

Les autorités ont fait appel aux volontaires pour soigner des patients covid-19, beaucoup refusent reconnait la soignante libérale : «Nous n’avons pas de masques FFP2» qui pourraient nous protéger un peu plus, les masques que l’on nous propose sont des masques que tout le monde peut utiliser «on transpire avec» déplore l’infirmière. D’autre part, il n’y en a pas suffisamment, «Le Conseil de l’ordre infirmier nous a averti qu’il y en aura en pharmacie, seulement on doit attendre la semaine prochaine».

Des métiers à risque quand l’infirmière avoue avoir travailler plus de 3 semaines sans masques, elle lâche désabusé : «On est à l’abri de rien».

La soignante insiste pour signaler que «les auxiliaires de vie qui font les toilettes de leurs patients à domicile sans masques et sans blouses sont aussi exposés, il n’y a pas que nous».

Dernière information. Les infirmiers libéraux viennent de recevoir 16 masques pour leur semaine de travail, soit 2 masques qu’ils devront utiliser par jour. Des masques chirurgicaux qu’il faudra retirer en pharmacie chaque semaine.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
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