Covid-19 : Des passagers contaminés sur le Magica portent plainte contre Costa

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Caraïbe, France
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Pas moins de 207 passagers du paquebot de croisières, Costa Magica, ayant contracté le Covid-19 à leur retour de vacances dans les Caraïbes, ont déposé plainte contre la compagnie Costa, pour notamment blessures et homicides involontaires et mise en danger de la vie d’autrui.

Un collectif réunissant 850 passagers français du « Costa Magica » – le navire de croisière refoulé de plusieurs ports des Caraïbes pour cause de covid-19 – a déposé vendredi une plainte, à Paris, contre l’armateur. La plainte réunit à ce jour 207 plaignants.

Fin février, le Costa Magica quitte Point-à-Pitre, en Guadeloupe, avec à son bord 2.303 passagers dont plus de 1.000 Français. Un voyage maintenu, malgré plusieurs navires de croisières déjà touchés par le covid-19 et la crise sanitaire qui se propage à travers le monde.
Cette croisière du Costa Magica devait durer une ou deux semaines, du 28 février au 20 mars, selon l’option choisie, dans une boucle caraïbéenne comprenant la Guadeloupe, la Martinique et un chapelet d’îles des Antilles : Tortola, Saint-Martin, Antigua, Saint-Kitts-et-Nevy, Tobago, La Barbade, La Grenade et Sainte-Lucie.

Mais du 6 au 13 mars, le navire et ses 2.303 passagers se sont vus refuser les escales dans la plupart des îles prévues dans le programme comme Trinidad et Tobago, Grenade, La Barbade ou encore Sainte-Lucie.

Avant leur départ, les passagers avaient pourtant fait part de leurs craintes à Costa, assure Stéphanie Dubois membre du collectif, 34 ans, parisienne travaillant et vivant à Lyon, où elle est cadre informatique au sein du groupe Crédit Agricole.

« On nous a promis qu’il n’y aurait pas de passagers en provenance d’Italie. Plus de 300 Italiens à bord. »

« Costa a tout fait pour nous rassurer. On nous a promis qu’il n’y aurait pas de passagers en provenance d’Italie à bord. Qu’avant d’embarquer, tout le monde serait passé au scanner thermique dit « à taille humaine, supposé détecter ne serait-ce qu’un rhume. Lorsque vous attendez ce voyage qui, pour certains, est le voyage de votre vie, vous faites confiance », explique Stéphanie Dubois.

Le collectif espère l’ouverture d’une instruction à l’encontre d’une compagnie maritime qui a déjà défrayé la chronique, en 2012, avec le tragique naufrage du Costa Concordia, à la suite d’une imprudence du commandant qui a causé 32 morts.

Le Costa Magica, propriété de la compagnie italienne, Costa Croisières, elle-même filiale du leader mondial du secteur, le groupe américain Carnival, avait à son bord durant la croisière caraïbéenne 1.027 membres d’équipage, sous les ordres du commandant Fabio Bramato.
Me Philippe Courtois, avocat bordelais du collectif, estime que Costa aurait dû annuler la croisière. : « La compagnie a maintenu un climat de propagation du Covid », assure l’avocat.

Un mois auparavant, le 30 janvier, l’Organisation mondiale de la santé avait alerté sur la flambée épidémique de Covid-19. Le 28 février, l’OMS avait classé la menace au plus haut niveau de gravité.
Contrairement à une promesse « écrite », de Costa, plus de 300 passagers en provenance d’Italie se trouvaient bien à bord du Magica.

Refus d’escale dès le 7 mars

Selon Me Courtois, les ennuis des passagers ont commencé dès le 7 mars, lorsque le Costa Magica s’est vu refuser l’accès à Trinité et Tobago. A partir de là, le commandant et le personnel refusent de communiquer et le malaise s’installe. La Barbade refuse à son tour, le lendemain 8 mars, l’escale du navire.

Les passagers s’étonnent de cette situation, d’autant que juste à coté, un autre navire est autorisé à descendre ses passagers à terre. Une équipe médicale en tenue de protection monte à bord du Costa. Des passagers commencent à s’inquiéter.

Après l’escale ratée à la Grenade, le Costa Magica met le cap sur Saint-Martin pour une escale non prévue. Le collectif soupçonne que des tests ont été pratiqués et qu’ils se sont révélés positifs. Le 11 mars, nouveaux tests réalisés, cette fois, en Martinique, sur ordre du préfet de l’île.

« Au mouillage en Martinique, certains ont voulu se jeter à l’eau pour gagner la terre ferme à la nage

Le 12 mars, le préfet de Martinique fait état publiquement de cas positifs, par communiqué et à la télévision.

Il impose que les passagers soient maintenus à bord, mais recommande qu’ils soient soumis à un confinement dans leurs cabines, où devraient leur être servis leurs repas, plutôt qu’aux restaurants du bord.

Faute d’escale, l’équipage aurait alors encouragé les passagers à se reporter sur les activités du navire (magasins, spa, restaurants, casino) sans respect suffisant des règles sanitaires et sans les informer des soupçons de contaminations à bord, selon les témoignages des plaignants cités à l’appui de la plainte.

Au moins deux contaminations ont été officialisées le 13 mars. Mais les cas semblent s’être en réalité multipliés.

« Après que nous sommes arrivés à la Martinique, lorsque le préfet a refusé l’escale, certains ont voulu se jeter à l’eau pour gagner l’île à la nage puis rentrer en métropole. Le navire était au mouillage à six kilomètres des côtes… », se rappelle Stéphanie Dubois.

« Il y a eu des débuts de bagarre. Et l’équipage n’était pas là. Ils étaient tous murés dans leurs bureaux. On était livrés à nous-mêmes. Nous n’avions que quelques messages froids, au haut-parleur », raconte la plaignante.

Ce n’est finalement que le 13 mars, alors que le navire est toujours au mouillage en Martinique, que les passagers sont officiellement informés de cas de Covid-19 à bord.
Le cauchemar s’arrête-là pour les résidents guyanais et martiniquais, qui peuvent débarquer. Le navire fait ensuite route sur la Guadeloupe, où débarquent d’abord les passagers italiens.
Peu de passagers consultent le médecin du navire, les consultations étant facturées entre 190 et 400 €, selon les médicaments délivrés.

Me Philippe Courtois s’interroge sur le respect des règles sanitaires et les moyens mis en place par la compagnie pour protéger les passagers durant la croisière.

Retour en France, plus de 200 personnes contaminées

Le 15 mars, soit plus de deux semaines après leur départ, les passagers français ont finalement été autorisés à quitter le navire. A leur retour en France, plus de 200 d’entre-eux présentent des symptômes du Covid-19. Malheureusement au moins huit passagers décéderont et d’autres conserveront de lourdes séquelles.

Un millier de Français, ont « été livrés à eux-mêmes », dénonce Stéphanie Dubois.
De son côté la compagnie Costa Croisières a annoncé début juillet prolonger la suspension de ses croisières dans le monde jusqu’au 15 août 2020 ainsi que l’annulation de toutes ses croisières estivales en Europe du Nord.
Selon Me Philippe Courtois, le 14 mars, le commandant du Costa Magica, arrivé en Guadeloupe, s’est opposé durant quatre heures à la montée à bord du capitaine médecin des pompiers de la Guadeloupe, pourtant missionné par le préfet pour évaluer la situation sanitaire.
C’est seulement le 15 que les autres croisiéristes pourront, après contrôle de température, quitter le navire.

Stéphanie Dubois se souvient que cinq Français étaient susceptibles de rester coincés à bord car ils avaient plus de 38 °C. « C’est nous qui avons alerté la préfecture pour qu’ils soient évacués aussi. On savait que bientôt, il n’y aurait plus d’avions. L’équipage leur promettait de rentrer en Europe avec le bateau ».

« Le rapatriement, en huit heures de vol jusqu’à Paris, se fait sans aucune distanciation à bord de l’avion, avec un seul masque pour toute la durée du vol. En fait, ceux qui n’ont pas été contaminés à bord du bateau ont dû l’être là. On nous a traités comme des animaux. C’est uniquement la force du collectif né de certains passagers qui a permis de surmonter l’épreuve».

Me Courtois précise que la plainte est également portée contre X, afin d’établir toutes les responsabilités sur les manquements sanitaires observés lors du rapatriement, non seulement à bord des avions, mais également dans les bus affrétés pour certains, et ce, sans suivi sanitaire ultérieur en métropole.

Certains ne s’en remettront jamais, comme cette vieille dame, qui devait partir avec son mari. Finalement, lui n’est pas parti car il est tombé malade juste avant. Elle a fait la croisière avec une amie. Quand elle est rentrée, elle a contaminé son mari et il est mort du Covid.
Ouest-France a sollicité Costa Croisières en lui soumettant une série de questions précises. La compagnie a indiqué qu’elle ne répond, pour l’heure, qu’au travers d’un communiqué. Dans celui-ci, elle indique qu’elle n’est pas en mesure de spéculer concernant une éventuelle plainte dont la compagnie n’a, à cette heure, pas été officiellement notifiée .