Cyparis le seul survivant de l’enfer du 8 mai 1902

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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L’année 2019 a marqué le 117ème anniversaire de l’éruption de la Montagne Pelée, le volcan de la Martinique. Le 8 mai 1902, la ville a été entièrement détruite et ses habitants sont tous morts, à l’exception d’un prisonnier nommé Cyparis.

Découvrez l’histoire de Louis Cyparis que l’on a coutume de voir, nu, de dos, exhibant ses blessures tel un animal de foire.

« Louis-Auguste Cyparis, dit Sylbaris, Ludger Cylbaris et également Louis Sanson , était un travailleur du Précheur, tantôt marin, tantôt cultivateur. Un jour, dans sa partie de plaisir, il s’était pris de querelle avec l’un de ses camarades qu’il avait blessé d’un coup de coutelas. Arrêté, on l’avait condamné pour un mois à la geôle. Il avait presque fini son temps, lorsqu’on le conduisit en ville pour quelques corvée à remplir. Il apprend qu’il y avait fête au Précheur ; tous ses instincts se réveillent, il s’échappe, va danser toute la nuit et le lendemain vient se constituer prisonnier pour achever son temps.

Pour faire une leçon, à lui et aux autres prisonniers, il fut alors condamné à huit jours de cachot, et c’est pendant ce temps que l’éruption du 8 mai s’abattit sur Saint-Pierre.  » Il était 8 heures, dit-il ; on n’était pas encore venu m’apporter la ration du jour, quand tout à coup un bruit formidable se fit entendre, tout le monde criait au secours, je brûle, je meure…Au bout de cinq minutes, personne ne criait plus, excepté moi, lorsqu’une fumée se précipita avec violence par la petite fenêtre de ma porte.

Cette fumée brûlait tellement, que pendant un quart d’heure je sautais à droite, à gauche, en l’air, tout partout pour l’éviter. Après un quart d’heure, c’était un silence affreux. J’écoutais, criant de venir me sauver, personne ne répondait. Alors tout Saint-Pierre doit être écrasé sous le tremblement de terre, dans du feu. » Le pauvre homme passa ainsi quatre jours et trois nuits dans son cachot, sans manger et n’ayant pour boire que l’eau de pluie qui suintait à travers son grillage. C’est le dimanche 11 mai, dans l’après-midi, que trois hommes du Morne-Rouge, Léon Danglis, Georges Hilaire et Maurice Virdé, passant dans ces parages, entendirent ces plaintes.

Ils arrivèrent à délivrer le prisonnier et le conduisirent au Morne-Rouge où nous l’avons vu au mois de juillet. Au moment de sa délivrance, on a constaté que Cyparis portait des brûlures sur tout le corps ; ses habits ne présentaient pas trace de combustion. Le récit qui vient d’être relaté a été taxé par quelques-uns d’invraisemblable et l’on a prétendu que Cyparis n’était qu’un pillard, brûlé postérieurement au 8 mai en fouillant les maisons incendiées. M. Lacourné, président de la cour d’appel de la Martinique, m’a donné l’assurance que Cyparis était bien réellement en prison le 7 mai.

D’autre part, la prison se trouvait dans le quartier du Centre, tout près et au Nord du Théâtre et adossée au morne Abel ; elle a été détruite le 8 mai, mais le cachot est resté et est encore debout. Cette construction en pierres, voûtée, se dressait dans une cour, au niveau du sol de laquelle se trouvait son plancher. Elle ne possédait qu’une seule porte en bois massif, surmontée par une petite fenêtre grillagée et dirigée vers le sud, c’est-à-dire du côté opposé au volcan. Par suite, elle avait la même orientation que les cabanons de la maison d’aliénés dont il a été question plus haut.

Or, on a vu que dans ceux-ci il n’y a pas de trace d’incendie et que les malheureux qui y étaient enfermés n’ont s été carbonisés ; cette maison d’aliénés était cependant plus rapproché encore du volcan que la prison ; elle était dominée par des maisons qui ont été entièrement détruites. Il n’y a donc rien d’invraisemblable à ce qu’un homme enfermé dans ce petit réduit ait pu survivre, car il n’a pas reçu le choc direct de la nuée, la cendre et la vapeur brûlantes n’ont put pénétrer jusqu’à lui que par petites quantité à la foi et sans force mécanique.

Après l’éruption, il est gracié et est engagé par le cirque Barnum aux États-Unis où il exhibe ses brûlures et où on le présente comme le seul rescapé de la catastrophe, sous le slogan « Le seul objet vivant qui survécut dans la cité silencieuse de la mort ! ». Cyparis meurt en 1929 à Panama, dans le plus grand dénuement, totalement oublié.

Sources : blog de dominique.decobecq / Wikipédia