Déclaration du « Palima » à propos de la crise sanitaire en Martinique

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Déclaration du Palima (Le Parti pour la libération de la Martinique) à propos de la crise sanitaire en Martinique :

À l’image de nombreux pays à travers le monde, la Martinique, depuis plusieurs semaines, se trouve confrontée à une nouvelle vague de Covid-19 qui, contrairement aux épisodes précédents, accentue l’asphyxie de nos hôpitaux ainsi que la dislocation de la continuité des soins et provoque un nombre de décès bien plus important qu’auparavant. Cette asphyxie est d’abord une des conséquences structurelles des politiques de santé de l’Etat français qui ont objectivement conduit au démantèlement du système hospitalier, rendu aujourd’hui incapable de faire face à une crise sanitaire de l’ampleur de celle que nous connaissons, voire à un cataclysme majeur.

Cette situation exceptionnelle nous sommes toutes et tous d’être en totale responsabilité et d’assumer avec détermination et lucidité toutes nos obligations à l’égard de notre pays et de notre peuple. Chaque vie compte. Nous ne devons minimiser aucune d’elles au prétexte de l’âge.

LUTTER CONTRE LA PROPAGANDE RACISTE ET GARDER CONFIANCE EN NOUS
Une campagne médiatique aussi haineuse que médiocre, cautionnée à haut niveau, s’ingénie à faire croire que « le faible niveau de vaccination » en Martinique s’expliquerait par la « culture », la pratique du vaudou, la religiosité, « l’illettrisme » ou encore « l’individualisme » de notre peuple. Il s’agit clairement d’une entreprise idéologique raciste visant à culpabiliser les Martiniquais et à leur faire porter la responsabilité d’une catastrophe qui n’est pas de leur fait, même si chacun.e de nous doit prendre toute sa part aux solutions à y apporter. Ce stratagème misérable conduira inévitablement à l’attisement des fractures et des ruptures. Affirmer que la « quatrième vague est une vague des non-vaccinés » tient d’avantage de la propagande politique que d’une démarche scientifique, tant il est vrai que personne n’échappe aux contaminations actuelles, ni vacciné.e.s ni non-vacciné.e.s.

La défiance à l’égard des « vaccins anti-Covid » est un phénomène mondial qui touche toutes les cultures, sous toutes les latitudes. C’est le cas de l’Australie avec 17,7 % de personnes complètement vaccinées ou encore de la Nouvelle-Zélande avec 15,7%. Cette méfiance, dans des sociétés connectées, a pour principale explication non pas la « culture » mais un réflexe légitime de prudence et de bon sens qui se nourrit des contradictions entre scientifiques sur le sujet -largement diffusées sur les réseaux sociaux- et de l’incohérence des politiques menées par les États, surtout quand la démagogie s’y est mêlée.

Ces errements, compréhensibles dans une certaine mesure face à un phénomène nouveau, auraient dû conduire à plus d’humilité et à une prise en considération plus intelligente de la diversité des approches médicales de la pandémie. Au lieu de quoi, certains se sont barricadés derrière des certitudes dogmatiques qui cherchent à s’imposer par la force et les pressions de toutes sortes. D’une guerre contre le virus, on est passé à une guerre contre les peuples prétendument « rétifs »; on a choisi de contraindre plutôt que de convaincre en faisant voter des lois liberticides. En Martinique, à cette défiance globale envers les « vaccins anti-Covid » s’ajoute l’expérience historique récente de l’empoisonnement de notre peuple à la chlordécone qui a durablement discrédité la parole de l’Etat français et des élu.es qui lui ont servi de relais.
Ni Baron Samedi ni la très sainte Vierge Marie n’ont rien à voir dans le refus de vaccination de la très grande majorité de la population.

SAUVER UN MAXIMUM DE VIES EN ASSUMANT NOS RESPONSABILITÉS DE PEUPLE
Au-delà de nos positions sur l’extension du pass sanitaire et l’obligation vaccinale, au-delà de nos désaccords avec le discours officiel du tout vaccin, il est de notre responsabilité de tout mettre en œuvre pour briser la courbe des contaminations et sauver un maximum de vies en accompagnant toutes les initiatives positives en cours et en en proposant de nouvelles.

Ainsi :

-Nous réaffirmons le principe essentiel que toute personne qui souhaite se faire vacciner doit pouvoir le faire librement, en conscience et en connaissance. Celles et ceux qui ne le souhaitent pas doivent disposer de la même liberté, sans subir quelque répression que ce soit.
C’est d’ailleurs sur cette base, la liberté de choix, que la CTM, institution politique représentant l’ensemble de la population martiniquaise, alors dirigée par le GRAN Sanblé, avait proposé à l’Etat de mettre à disposition ses moyens logistiques sur l’ensemble du territoire pour rapprocher les centres de vaccination des communes.

-Nous soutenons la démarche de l’union des médecins libéraux qui demande que les médecins traitants, en lien avec les réseaux d’infirmier.ère.s, constituent la porte d’entrée naturelle pour toute personne touchée par le virus et prescrivent, sans contraintes, les actes correspondant à la situation de chaque patient.e. Il faut soigner les personnes.
Plus largement, un maillage avec le secteur médico-social, à travers les CCAS et la CTM, s’avère indispensable pour assurer l’accompagnement des personnes à domicile, surtout des personnes âgées qui sont les grandes sacrifiées de la crise actuelle. Elles sont victimes d’une politique de « priorisation » qui conduit à « choisir » les malades pouvant être pris en charge…

-Nous appelons la CTM, en tant que collectivité majeure de notre pays, à prendre de toute urgence, en coordination avec les services hospitaliers et en prévoyant aussi les financements qui s’imposent, toutes les mesures concrètes permettant de doter les hôpitaux des moyens nécessaires à la gestion de la crise et au rétablissement de la continuité des soins :
.mise à disposition d’oxygène,
.organisation coordonnée de la prise en charge à domicile ou dans des centres d’accueil quand cela est médicalement possible,
.augmentation du nombre de places en hospitalisation et en réanimation,
.organisation de la logistique des transports des patient.e.s,
.aide à la mobilisation de ressources humaines permettant de pallier l’épuisement des soignant.e.s, y compris en faisant appel à des médecins de la Caraïbe et de Cuba.

-Pour accompagner les détresses humaines que cette nouvelle épreuve ne manque pas de provoquer, plusieurs initiatives immédiates méritent d’être prises :
.un plan social d’urgence pour les personnes les plus exposées
(personnes âgées, personnes à faibles revenus, enfants, femmes exposées aux violences conjugales, personnes en errance…),
.la réactivation des cellules d’écoute et l’accompagnement psychologique de la population,
.un plan de soutien aux entreprises.

-Nous exigeons de l’Etat :
.une dérogation à l’application de la loi sur l’extension du pass sanitaire -inapplicable en Martinique- qui ne fera qu’ajouter du désordre aux incohérences déjà existantes,
.l’arrêt immédiat des flux touristiques.

Nous exhortons enfin le peuple martiniquais au respect strict des gestes barrières : garder une distance de sécurité en groupe, se laver régulièrement les mains avec du savon, porter le masque.

Nous ne le faisons pas pour prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Nous le faisons pour nous-mêmes, pour nos familles, pour nos personnes âgées, pour la Martinique. Une longue expérience des désastres nous a appris la force de rester debout, dignes et solidaires. Protégeons-nous les uns les autres !

Une plénière de la CTM doit être convoquée de toute urgence sur la stratégie à mettre en œuvre et les mesures concrètes à arrêter dans cette période difficile pour les Martiniquais.es.

Elle pourrait être immédiatement suivie d’un « congrès » réunissant l’ensemble des élu.e.s martiniquais.es. permettant d’anticiper les développements de la crise et les différents enjeux auxquels nous seront collectivement confronté.e.s.

Pour le PALIMA
Francis CAROLE
MARTINIQUE
Lundi 9 août 202