Des Antilles à l’Afrique, le cinéma a enfin sa première banque d’Archives à Londres

Vues : 365

La martiniquaise Suzy Landau et beaucoup de martiniquais se souviennent de June Givanni qui a longtemps été une collaboratrice utile pendant les trois biennales du film caribéen organisées par l’association Images-Caraïbes.

Plusieurs années pendant lesquels le cinéma aux Antilles a bénéficié des précieux conseils de la programmatrice de cinéma (ou Art Curator en anglais). Depuis trois ans avec des bénévoles, June Givanni, est entrain de créer une banque d’archives sur le cinéma panafricain grâce à une collection personnelle qu’elle garde depuis plus de trois décennies. En 2018 la banque d’Archives sera en ligne, annonce la programmatrice.

Mardi 1er août 2017.

Situé à 50m du métro Blackfriars, au cœur de la capitale londonienne, June Givanni reçoit régulièrement dans les locaux d’Archive Office May Day Rooms (MDR), des programmateurs artistiques, des cinéastes, des universitaires, des acteurs, des anonymes et des journalistes du monde entier.

Les bureaux de June Givanni sont, selon la programmatrice de cinéma, un carrefour indispensable pour le cinéma antillais, africains ou afro-américains.

June Givanni la fondatrice du junegivannifilmarchive.com qui nous invite au 88 Fleet Sreet qui jouxte le Saint Bride’s Church, dans le Sud-Ouest de la Cité de Londres est « Art Curator » et programmatrice de films. En tant qu’Art Curator, June Givanni contribue au développement du cinéma communautaire au niveau local et international. Elle explique comment elle a amassé tant d’éléments et les raisons qui l’ont poussé à les mettre en ligne pour créer ce vaste réseau d’archives.

« Durant toute une période pré-digitale, les cinéastes ou tous ceux en lien avec le cinéma me remettaient leur travail achevé ». Des films, des cassettes en VHS, des scénarios, des documents, des notes, des petites cassettes, des itws, des affiches cultes, des prospectus. Mais aussi des listes où sont répertoriés tous les films de la diaspora sur plusieurs décennies.pendant une trentaine d’années, passionnée de cinéma, June Givanni entasse où elle peut de nombreuses pièces qui aujourd’hui lui permettent de lancer la première banque d’Archives du cinéma panafricain.

June Givanni est de la Guyane britannique. Elle vit en Angleterre depuis que sa mère infirmière a quitté le Guyana pour Londres à la fin des années 50. Après des études au collège, elle rentre à l’université et en ressort diplômée de Culture et Social Development et de Politic Society Languages à Londres puis la guyanaise britannique entame une Licence et un Master de Cinéma. Pour parfaire ses connaissances dans le cinémé, la jeune June s’inscrit pour des stages pratiques (short courses) au National Film and Television School. Elle est désormais Curator-programmeur ou Directrice de Festival spécialisé dans le cinéma panafricain.

Pour la « Curator » le cinéma est « important car il peut aider à célébrer les cultures ». selon June Givanni, « il était urgent que les personnes de culture noire puissent maîtriser cette Art pour avoir la possibilité de s’exprimer par ce moyen de communication ».

Anglaise, elle a appris très tôt le français ce qui l’a beaucoup aidé, selon elle, à découvrir le cinéma africain francophone. « Dans les années 80, la plupart des films qui venait du continent africain était produit par des francophones.  Ils étaient très avancés dans les productions cinématographiques, les pays anglophones et lusophones ont suivi. Dans cette période, il était très utile d’être bilingue. »

« Je travaillais avec l’association antillaise Images Caraïbes comme je le faisais pour de nombreux événements liés aux cinémas de la communauté noire ».

Au Burkina Faso, je collabore encore avec le Fespaco créé en 1969, avec également le Celebration of Black Cinéma à Boston aux États-Unis, je suis en lien avec le Festival International du Film de Toronto et je programme des expositions au British Film Institut à Londres où je gérais auparavant le Departement African European Unit ».

« L’Amérique Latine et aussi l’Australie avec le cinéma des Aborigènes nous sont familiers également», précise June Givanni qui attend l’arrivée d’étudiants et d’amis volontaires ce mardi après-midi.

Durant 35 ans, June Givanni a collecté de nombreux documents sur le cinéma qui marque l’évolution du cinéma panafricain depuis les années 80.

 

Travaillant pour le cinéma et rencontrant « les artistes de la diaspora, c’était un carrefour riche et intense pour les échanges ». Ce qui lui a permet aujourd’hui de mettre en place cette banque d’images sur le cinéma panafricain.

Les Archives encore empilées dans des cartons, sont en cours d’archivage, elle les récupérait à la fin des missions ou les recevait par le biais de professionnels rencontrés durant les événements culturels.

L’Afrique, les Caraïbes, l’Europe, l’Amériques du Nord, le Royaume Uni (UK), l’Asie, l’Inde ont tous un Festival panafricain attendu par leur public et les organisateurs sollicitent régulièrement, celle qui est devenue programmatrice de film June Givanni, l’experte de l’histoire du cinéma panafricain.

L’idée lui est venue en 2011 lors d’une énième délocalisation de ses bureaux. A son départ du Communauty Centre de Brixton, un local prêté gracieusement durant cinq ans, la Curator a déménagé tous ses cartons aux Archives Office May day Rooms dans un quartier du Centre de Londre.

« Les Droits d’auteurs sont tout d’abord la première étape à résoudre pour que les documents soient disponibles au public » ou quand ils sont exploités pour des expositions en galeries ou autres. C’est le premier obstacle à franchir pour tous les documents artistiques.

L’avantage d’avoir un site et des bureaux facilitent la consultation de documents sur Place. Venir directement sur place consulter les archives qui sont en ligne.

Sur le site  junegivannifilmarchive.com, il sera possible de voir de nombreux films ou documents anciens présentés lors de Festivals, ou d’événements cinématographiques , ils sont en cours d’archivage à junegivannifilmarchive.com.

En plus du site, la programmatrice de cinéma propose des projections au British Film Institut. A ces occasions, les films comme ceux de la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy sont programmés ou ceux du cinéaste haïtien Raoul Peck. Ce samedi June Givanni expliquera et présentera l’oeuvre du Nigérian Ola Balogun,

June Givanni Pan-African Archive fonctionne sur ses fonds propres, la structure ne bénéficie d’aucunes subventions et réinvestit les sommes qu’elle obtient lors des events qui lui sont commandés.

En attendant d’avoir une assistante à temps plein, ce sont des bénévoles qui aident June Givanni a constituer les archives stockées dans des cartons depuis de très longues années.

Les bureaux sont ouverts au public deux après-midi dans la semaine. June Givanni a lancé une campagne pour avoir des fonds, son but, à l’ère du digital, est de mettre à disposition sur le Net le prochain catalogue des archives du cinéma panafricain.

June Givanni raconte ses souvenirs, ce sont ceux du Fespaco et si elle s’insurge « sur le peu d’intérêt de certains festivals » qui n’inscrivent pas les cinéastes noirs dans leur programmations, elle met en lumière les succès de ceux « qui se prennent en main pour faire vivre le cinéma panafricain ».

14h ce mardi 1 août, nous laissons June Givanni, occupée à guider ses collaboratrices, Shanice et deux autres étudiantes bénévoles sur le projet d’archivage.

Puis, June Givanni bouclera une prochaine mission, ce sera à Berlin où à la fin du mois d’août elle fera redécouvrir au public allemand, l’oeuvre cinématographique de Med Hondo avant de se rendre pour un autre festival au Canada. En septembre prochain, ce sera cette fois une exposition dans une galerie à Londres.

Écoutez June Givanni la fondatrice de June Givanni Pan-African Archive est au micro de Dorothée Audibert-Champenois dans les bureaux de Archive May day Rooms au 88 Fleet Street un quartier du Sud-Ouest de Londres.

Reportage à Blackfriars (Londres) Dorothée Audibert-Champenois/Facebook C’news Actus Dothy
Images C’news Actus Dothy

Pour soutenir l’action de June Givanni vous pouvez ouvrir ce lien.