Des bénévoles distribuent de l’eau au Gosier et dénoncent une corruption d’1 milliard d’euros sur le dossier d’eau potable

La commune du Gosier en Guadeloupe est l’une des plus handicapées par l’absence d’eau, tant est, que les « habitants se sont accommodés de ce dérangement » soupire Nanouchka Louis. Mais la pandémie due au nouveau Coronavirus (SARS-CoV-2), COVID-19 ne laissent plus place à l’indifférence et des personnalités de l’hexagone comme des Outre-mer s’insurgent. Leurs compatriotes ne peuvent pas, dans des conditions précaires, respecter les gestes les plus basiques pour éviter la propagation du coronavirus.

Mardi 14 avril 2020, au lendemain de l’allocution du Président de la République, les habitants du Gosier en Guadeloupe, commençaient leur deuxième journée sans eau courante. Une énième coupure d’eau qui plonge ces gosièriens dans une lassitude et un désarroi en pleine épidémie de Covid-19. Des promesses de rénover le réseau, des mises à disposition de citernes ont également été prévues, pourtant après le premier mois de confinement les habitants restent perplexes. Pour pallier à ces manques chroniques d’eau potable des bénévoles s’organisent car paradoxalement l’eau ne manque pas à la source.

Nanouchka Louis et Harry Louis Olivier font partie de ceux qui refusent de subir les mauvaises gestions des instances régionales et gouvernementales et, avec l’appui d’associations locales, au sein de leur collectif citoyen, des jeunes bénévoles comme eux, de l’équipe de Cédric Cornet distribuent des bouteilles d’eau minérale à la population du Gosier. « Nous avons mis en place un dispositif de solidarité pour livrer gratuitement des packs d’eau aux gosiériensNous avons réussi à réunir 16 000 bouteilles. Nous les avons livrés à tous les habitants du Gosier. Nous nous sommes mobilisés pour pallier aux carences de l’État », c’était la semaine dernière. Et, la jeune juriste a de nouveau participé financièrement à une seconde distribution ce mardi 14 avril. Une distribution qui ne peut se faire qu’avec l’aide des bénévoles de l’équipe de Cédric Cornet, au service de la population du Gosier. Cette arrivée providentielle d’eau, les habitants ont du l’attendre à la fin du week-end pascal.  Toujours dans le cadre du confinement Covid-19, un couvre-feu était décrété au Gosier, de 14h samedi à mardi 14h, durée l’interdiction de circuler dans la commune.

Aujourd’hui, plus de 16 000 bouteilles d’eau, collectées grâce aux dons d’autres guadeloupéens, sont destinées aux familles après les fêtes de Pâques.

Comme ses voisins, Nanouchka Louis s’est équipée au mieux en récupérant de l’eau de pluie dans des citernes en plastique pour les besoins domestiques « On fait avec ». Elle attend, celles promises par sa commune, les installations ont commencé ce même mardi. Seulement, cette situation est devenue intolérable pour Nanouchka Louis qui après des études de Droit à Montpellier, a choisi de revenir « vivre » sur son île et pour y travailler. » Avant de se lancer dans cette opération de bénévolat de proximité, le mouvement citoyen dont elle fait partie et qui se présente aux municipales, a interpellé l’Etat à plusieurs reprises :« Nous avons demandé au préfet de mettre en place le plan ORSEC eau potable, mais il refuse prétextant qu’il ne le met en place que dans le cadre des catastrophes naturelles ».

Pourtant, s’agace la jeune mère de famille, il s’agit bien d’une crise sanitaire inédite et mondiale qui demande une attention particulière, « c’est une catastrophe sanitaire » estime Nanouchka Louis. Et, le collectif citoyen va plus loin quand il découvre des rapports confirmant un détournement de plus de 1 milliard d’euros, destiné à l’origine à la rénovation du réseau d’eau potable à Gosier. Une corruption et un débute d’enquête, qui font dire que le conseiller municipal Amérius Hernandez n’est pas sorti indemne de tout soupçon, avoue la juriste guadeloupéenne. Sur la base de nombreux documents, le mouvement citoyen est convaincu de ce détournement : « L’argent qui aurait dû servir pour le changement des canalisations a été utilisé par nos élus. Nous voulons déclencher une action pour retrouver tout l’argent qui a été détourné. Avec l’association des usagers de l’eau, nous sommes les seuls pour le moment en Guadeloupe qui revendiquons le mise en place d’un plan Marshall de l’eau », précise la juriste.

Et les révélations sont sidérantes quand Nanouchka Louis met en exergue un mode de facturation à l’avantage des fournisseurs d’eau. Selon Nanouchka Louis, il s’agit de facturer aux clients, le montant réel des consommations, alourdi d’une somme représentant le recouvrement de prochains travaux de rénovation du réseau d’eau potable.

Sans eau courante, les recommandations du chef de l’Etat, Emmanuel Macron restent peu efficaces pour une population qui subie régulièrement de longues coupures d’eau :« Nous sommes doublement pénalisés avec le manque d’eau car nous sommes privés de l’usage des gestes barrières essentiels à notre survie. » constate dépitée la guadeloupéenne.

Dès ce mardi 14 avril, des citernes vertes sont censées mettre à disposition l’eau qui manque au Gosier. Les bénévoles du collectif citoyen se disent vigilants et solidaires des isolés, des handicapés, des personnes vulnérables et de tous les gosiériens en attente de l’eau, un bien essentiel pour se nourrir et respecter les gestes de protection anti covid-19.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
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