« Des jeunes dont nous pouvons être fiers »

Rédigé par : admin, le
Publié dans : Actualites, Martinique, Tribunes Libres
Mots clés :

Tribune libre par le CNCP, Extrait Journal « Jik An Bout » :

Alors que le système multiplie ses efforts pour dévoyer la jeunesse, en sabotant les services d’éducation, en les privant d’emploi, en déversant à travers leurs médias une sous-culture banalisant la violence et la bestialité sexuelle, voilà qu’aujourd’hui, montent au créneau des jeunes qui se battent pour défendre une cause juste et qui concerne l’ensemble de notre Peuple.

Ces jeunes intrépides qui se mobilisent tous les samedis devant les centres commerciaux méritent le respect de tous, car ils le font en visant un intérêt collectif. Leurs actions menées pour le retrait de l’odieux symbole des « quatre serpents » qui flottait jadis sur les bateaux négriers sont honorables ! Leur objectif qui est de pointer du doigt la caste qui a tiré profit de l’empoisonnement de notre peuple et pour exiger réparation est respectable ! Certains, (peut-être les mêmes qui se plaignent du laxisme et de la « perte de valeurs » de la jeunesse) tombent à bras raccourcis contre ceux qu’ils présentent comme « une minorité d’activistes », accusés de mettre en danger l’emploi des salariés et la santé des petits magasins installés dans les centres commerciaux.

Kidonk, ce serait un boycott pacifique et tournant – un jour par semaine – qui mettrait l’économie de notre pays en danger ! Ainsi, la politique des colonialistes avec leur fiscalité assassine, les taux usuraires pratiqués par les banques et assurances, le coût exorbitant du fret et des intrants, la concurrence déloyale des grands monopoles n’est pour rien dans le « délala » de l’économie et tout cela ne mérite pas d’être attaqué avec autant de virulence que de jeunes militants. A entendre les pourfendeurs des « activistes », l’action symbolique et hebdomadaire de personnes qui dénoncent un scandale sanitaire majeur et qui exigent réparation serait plus nuisible à l’emploi que la politique de précarisation du travail salarié et la priorité donnée aux gens de l’autre bord qui sont pratiquées par la caste.

Pour les accusateurs, les « activistes » commettraient le crime d’enfreindre la liberté des clients de « choisir d’entrer dans les magasins » afin d’assouvir leur besoin de consommation ! Les plus hypocrites ajoutant « je suis d’accord sur le fond, mais pas sur la méthode » ! D’accord sur le fond ? Pas assez, en tout cas pour aller faire ses courses ailleurs ! (La Martinique détient certainement le record de centre commerciaux au mètre carré !) Pas assez pour saisir l’occasion d’aller visiter les centre-bourgs désertés et aider les petits commerces locaux à survivre !

En vérité, l’alternative est claire : participer à la défense des intérêts de notre peuple (à défaut la soutenir), ou se complaire dans la jouissance égoïste de « man ka fè zafè mwen, zafè ko mèl ki pran plon ! »

Plus démagogique encore, ce sont les manipulations qui essaient de salir le combat de ces jeunes. Prétendre que ceux qui ciblent les coupables de l’empoisonnement massif de notre peuple cherchent à attiser une haine raciste contre les Békés, cela est absolument lamentable. Ironie de l’histoire : ceux-là mêmes qui ont établi la distinction entre békés, mulâtres et noirs (ils ne disent plus ouvertement « nègres ») et institué une hiérarchisation sociale implacable de la société, se présentent aujourd’hui comme des victimes ! Chacun sait, d’une part, que le terme « Béké » est utilisé chez nous pour désigner une caste qui refuse de se mélanger au reste de la population pour conserver ses rentes et ses privilèges et, d’autre part, que les « Békés » n’ont jamais été l’objet de rejet raciste (Loin de là !). Trève de « welto » : les membres de la caste doivent comprendre que tant qu’ils n’auront pas le courage de reconnaitre la gravité du crime et la légitimité du droit à réparation, ils ne devront pas s’attendre à recevoir de l’affection en retour.

Une fois de plus, la justice se porte au secours de la caste

Après avoir lancé des gaz lacrymogènes et chargé les manifestants pacifiques qui étaient mobilisés devant le centre commercial « Océanis » au Robert, les autorités françaises ont ordonné une vague de perquisitions chez sept jeunes militants. (Certains gendarmes ont même pénétré dans une maison en l’absence des propriétaires.) Ils ont été emmenés menottes aux poings et mis en garde à vue dans six gendarmeries différentes. (Afin certainement de rendre difficiles les manifestations de soutien.) Cela n’a pas empêché, toute la journée et la nuit, les protestations devant les gendarmeries, notamment au Robert, à Trinité et au François. Les jeunes ont été relâchés mais ils sont convoqués devant les tribunaux le 13 janvier 2020. Une fois de plus, le pouvoir colonial veut soutenir la caste en cherchant à faire taire des militants.

Nul doute que la mobilisation pour les soutenir sera importante ce jour-là !

Rappelons qu’en 1999, au cours d’un conflit qui opposait patrons et salariés dans le monde agricole :

– le 15 décembre, des planteurs et des chefs d’entreprises ont occupé l’Hôtel de la Région, saccagé des bureaux et des dossiers et des sceaux officiels ont été volés à cette occasion,

– le 18 décembre, ils ont occupé RFO et tenté de s’imposer dans le journal télévisé

– Plus significatif : le 25 octobre, les « bananiers » avaient investi le Fort Saint Louis, un établissement de l’armée française, pour « se faire entendre » sans avoir été inquiétés.

Quel domicile a été perquisitionné ? Qui a eu les menottes aux poings ? Qui a été mis en garde à vue ? Qui a été trainé devant les tribunaux ?

Les poursuites engagées contre les sept jeunes confirment, s’il en était besoin, qu’en Martinique, nous sommes confrontés à une Justice colonialiste et raciste ! Nous ne pouvons accepter que la répression frappe de jeunes combattants qui défendent nos droits à tous !