Des tags «Kéziah», à Paris, pour dénoncer le procès du jeune militant qui s’ouvre, ce lundi, en Martinique

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Alors que le procès controversé du jeune militant martiniquais, Kéziah Nuissier, s’ouvre ce lundi en Martinique, l’affaire a dépassé, ce week-end, les frontières de l’île avec des inscriptions « Kéziah » taguées, à Paris, sur la façade du ministère des Outremer.

Les inscriptions dénoncent par ailleurs une justice et une gendarmerie « coloniales ».
La mobilisation de soutien au jeune homme, qui sera jugé, à 9h00 au Tribunal correctionnel de Fort de France, pour violence contre personne dépositaire de la force publique, a également pris de l’ampleur ce week-end sur l’île.

Plusieurs manifestations y ont été organisées ainsi que des plateaux télés sur des médias alternatifs avec débats et rencontres diffusés par les nombreux soutiens de Kéziah sur les réseaux sociaux.
L’objectif de la nouvelle défense du jeune militant est de prendre à témoin la population martiniquaise.

Un rassemblement est prévu, lundi matin à 8h00 à Fort de France, à la Maison des Syndicats pour se rendre à 9h00 devant le Tribunal correctionnel où s’ouvrira le procès de Kéziah Nuissier.

Nul doute que ce procès sensible pour les autorités se déroulera sous haute surveillance policière.

A nouvelle défense, nouvelle stratégie

La nouvelle défense a déjà dressé le décor. Le jeune homme est victime d’un « scandale d’Etat », a accusé vendredi son nouvel avocat Me Eddy Arneton.

Il fonde son accusation sur des « actes de torture et de barbarie» prémédités, commis à son encontre le 16 juillet 2020, lors d’une charge des forces de l’ordre, en marge d’émeutes à Fort de France.

L’Etat d’esprit des militaires était de «casser du militant », accuse l’avocat qui a repris en mains depuis un mois le dossier, rejoint il y a une semaine et demie par le Bâtonnier Raphaël Constant, en remplacement de Me Alex Ursulet et Me Dominique Monotuka.

« L’affaire Kéziah est l’illustration de ces forces dites de l’ordre et qui n’avaient qu’une intention casser du militant », dénonce Me Eddy Arneton qui tient pour preuve que les gendarmes : « lorsqu’ils ont fini de frapper Keziah, lui ont dit : ’tu n’iras plus manifester’ ! ».

« Tous les Martiniquais doivent être informés. Je suis un avocat. Je ne suis pas un militant », prévient Me Arneton

« L’objectif était précis. L’objectif était de prendre quelqu’un d’en faire un exemple. », assure-t-il
« Tous les Martiniquais doivent être informés », a prévenu, vendredi, Me Eddy Arneton sur le plateau de la chaîne « Zouk TV »
« Mais qu’est ce que c’est que ce dossier ? », a-t-il lancé en colère, rappelant qu’il n’est pas un « avocat militant », mais un avocat tout court, à la recherche de la vérité. « Je ne suis pas militant. Je suis avocat. Je ne suis pas un avocat militant non plus. Mon travail consiste à ouvrir un dossier, le regarder et constater ce qu’il y a dedans et défendre la personne », a-t-il précisé.

« En faisant ce travail de façon très objective, je suis obligé de constater que ces gendarmes étaient d’une violence inouïe », a-t-il accusé.
Il a par ailleurs dénoncé les méthodes du Procureur de la République, qui aurait dû lui-aussi rechercher la vérité, mais au lieu cela a couvert « une association de malfaiteurs », citant les gendarmes et les policiers.

Me Arneton dénonce le Procureur qui fait « de la propagande » et une presse « au silence coupable »

Selon l’avocat, le Procureur de la République a fait du «service après-vente avec des plateaux qui (lui) sont clairement ouverts », afin de faire « avaler » à la population l’enquête de police et de gendarmerie, incriminant Kéziah et concluant que son interpellation musclée était « légitime ».

« On ouvre la porte au Procureur pour venir dire n’importe quoi », a fustigé l’avocat, dénonçant une presse « au silence coupable ».
« Je suis scandalisé. Ce n’est pas logique que l’on puisse poursuivre ce jeune homme », a martelé Me Eddy Arneton.

« C’est un scandale procédural. C’est un scandale judiciaire. Le fait pour moi que c’est prémédité, ça ressemble en tous cas à un scandale d’Etat », a-t-il affirmé sur « Zouk TV ».

(La défense veut obtenir le renvoi de l’affaire Kézhia »

Ce lundi 9 novembre, lui et le Bâtonnier entendent demander un renvoi du procès de Kéziah, faute d’avoir pu traiter les 1.200 pages de procédures et plus de 360 vidéos sous lesquels le Parquet les a « noyés », en l’espace de quelques jours, avaient déjà indiqué la semaine dernière, les deux avocats lors d’une conférence de presse.

Ils avaient aussi prévenu qu’ils traqueraient toutes les « irrégularités » de la procédure afin de déterminer les responsabilités de chacun dans cette « scandaleuse affaire ».
Pour Me Eddy Arneton, il ne s’agit pas d’une « affaire de violences policières », car les militaires « n’étaient pas là par hasard ».
La défense a souligné qu’elle avait dû s’improviser « enquêtrice » et passer au peigne fin les vidéos sur lesquelles s’appuient les conclusions des enquêtes de police et de gendarmerie, mais aussi de nombreuses autres vidéos trouvées sur les réseaux sociaux.

« Nous sommes contraints de faire une enquête nous-mêmes et de trouver sur FB, sur les réseaux sociaux (…) des photos et des vidéos »

Convaincu qu’il s’agit d’actes « prémédités », l’avocat a insisté sur l’importance de pointer les faits, leur chronologie et leur déroulé.

« Nous sommes contraints de faire une enquête nous-mêmes et de trouver sur FB, sur les réseaux sociaux (…) des photos, des vidéos qui permettent de démontrer que Kéziah a reçu une multitude de coups », a-t-il expliqué, dénonçant une «manipulaton ». qui visait à « casser du militant » et à les criminaliser.

Finis les effets de manche, les coups de théâtre et les bras de fer avec le Parquet. Même le mot chlordécone a disparu du vocabulaire de la nouvelle défense.
Dans ce dossier complexe, elle n’entend pas se laisser déborder ni se faire parasiter par des considérations politiques, syndicales et encore moins militantes.
La nouvelle défense entend s’attacher aux faits.

« Lui, il faut l’enculer » « On est là pour ça ! Y’en a un qui a ramassé déjà ! », lancent des gendarmes, le denier fait allusion à Kéziah, assure Me Arneton

Me Eddy Arneton s’interroge par exemple sur la motivation des des différentes charges par les gendarmes.

« Pourquoi ils chargent ? Ils chargent à n’importe quel moment, ils sont dans la provocation. Ils vont, ils frappent. Ils disent de façon claire qu’ils voulaient sélectionner des personnes », dénonce-t-il, montrant photos à l’appui « la première frappe d’un gendarme » sur Kéziah.
Il fait ensuite voir une vidéo où l’on peut entendre l’un des gendarmes qui disent : « lui, il faut l’enculer » « On est là pour ça ! Y’en a un qui a ramassé déjà ! ». Le dernier fait allusion à Kézhia, assure Me Arneton.

« Quand on sélectionne Kéziah, on veut nous faire croire que Kéziah était violent et que c’est pour cela qu’il passe devant le tribunal », fustige, l’avocat dont la prestation est très attendue ce lundi par les Martiniquais.