Destruction des statues de Schoelcher : Alfred Marie-Jeanne solidaire, a lui-aussi déboulonné une statue de Victor Schœlcher

Alfred Marie-Jeanne apporte un soutien sans réserve aux jeunes militants qui ont détruit les deux statues de Victor Schœlcher et rappelle que lui-aussi a « déboulonné » une statue de Schœlcher, dès son arrivée comme maire à Rivière-Pilote, car il la jugeait « déplacée ». « Une insolence pour le pays », a-t-il lancé dans son franc-parler, au micro de RLDM (Radio Lévé Doubout Matinik),

« Ne comptez pas sur moi, pour me faire condamner ces jeunes-là. (…) Ce sont nos enfants à tous dans le pays. Ils ont peut-être été maladroits. Ça peut arriver, à la limite», a prévenu le Président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale (CTM)

« Moi-même je suis un rebelle », a rappelé l’ancien leader du Mouvement indépendantiste de Martinique, maire de Rivière Pilote de 1971 à 2009, un fief indépendantiste. Depuis 2015, Alfred Marie-Jeanne est président du Conseil exécutif de la CTM.

Le 22 mai, deux militantes ont revendiqué leur participation à la destruction de deux statues de Victor Schoelcher, en marge du 172ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage en Martinique. Elles ont expliqué leur geste par le fait que ces statues les offensaient, car elles représentent un symbole colonial.

« Je ne peux pas poursuivre des gens qui reconnaissent que pendant des années et des années, pour ne pas dire des siècles et des siècles, il y a une injustice et que c’est toujours la répression sur ceux qui essaient de se défendre », a martelé Alfred Marie-Jeanne.

Pour montrer sa détermination, l’ancien leader indépendantiste a livré un témoignage, en lien avec Victor Schoelcher, qui continue de le hanter.

« Lorsque je suis arrivé à Rivière Pilote, il y avait un buste de Victor Schœlcher, exactement en face de la grande église de Riviere Pilote », a-t-il dit. « Je ne suis pas le propriétaire du buste, mais je l’ai enlevé », a-t-il poursuivi, précisant toutefois «je n’ai pas coupé la tête du buste, mais je l’ai enlevé parce qu’il était déplacé. C’était une insolence envers le pays. »

« Je l’ai retiré, je l’ai déboulonné, mais je ne l’ai pas jeté, je ne l’ai pas détruit», a-t-il encore dit, avant d’ajouter « Il y avait aussi un vieux manguier, rongé par les termites sur le point de tomber, en face de l’église ». Ponctuant son récit de longs silences, Alfred Marie-Jeanne a expliqué : «comme il était mort, je l’ai désinfecté et je l’ai arraché ».

« Une idée m’est venu de fouiller le sol, sous le manguier. Il y avait à cet endroit, de nombreuses chaînes d’esclaves enfouies dans le sol », a-t-il confié, avant de s’emporter.

« J’ai découvert cela ! (…) Elles sont déposées aux archives. Les chaînes étaient sous le manguier ! », a tempêté l’ancien maire de Rivière Pilote. « Comment, je déchaîne quelque chose et je peux permettre à quelqu’un d’autre d’essayer d’enchaîner à nouveau. Ce n’est pas possible ! », s’est encore emporté Alfred Marie-Jeanne, expliquant pourquoi il a débaptisé le lieu.

« Je rappelle cela pour l’Histoire », a fait valoir cet ancien enseignant. « Le travail que nous avons fait hier » ne peut en aucune manière être défait, a-t-il prévenu. « Or, je vois qu’aujourd’hui on poursuit les jeunes », a déploré Alfred Marie-Jeanne.

La commune de Rivière-Pilote, créée en 1837, a toujours eu une tradition d’indépendance et de refuge pour les rebelles et les nègres marrons. En septembre 1870, l’insurrection du sud est partie de Rivière-Pilote.