Destruction statues V. Schoelcher : « Non, Victor Schoelcher n’est pas notre sauveur » insistent des militants martiniquais

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Depuis la destruction de deux statues de Victor Schoelcher en Martinique ce vendredi 22 mai, les réactions condamnant ces actes s’enchainent par voie de communiqué et sur les réseaux sociaux. Mais des militants insistent « Non, Victor Schoelcher n’est pas notre sauveur » et qualifient les communiqués de presse des élus de « honteux »

Sur les réseaux sociaux de nombreux internautes ainsi que des élus, dont Serge Letchimy, Didier Laguerre et Catherine Conconne, ont fermement condamné la destruction des statues de Victor Schoelcher.

Certains militants n’ont pas tardé à réagir à leur tour dans communiqué relayé par l’activiste Alexane Yva Ozier-Lafontaine, cette jeune martiniquaise qui se bat pour démontrer le racisme dans les oeuvres de Victor Hugo et qui avait également interpellé Stanislas Cazelles sur Twitter.

Dans leur communiqué, les militants se sont adressés à la population et aux élus : « Chers Martiniquais.e.s, les potilitien.ne.s en particulier, avant de condamner ces actes par le biais de communiqués de presse honteux, regardez-vous une dernière fois dans le miroir. Vous êtes les complices de cette prise d’otage des corps / des coeurs / des âmes Martiniquais.e.s. La prochaine fois que vous irez prendre un petit déjeuner chez Bernard, ou que vous irez parader au vernissage qu’il organisera à la Fondation Clément, rappelez vous que sous vos pieds, sont enterrés les dépouilles de vos ancêtres.

Ils ont profité de l’occasion pour faire un petit rappel à l’histoire : « Le 22 mai est un jour pour célébrer l’acte d’existence fondamental du Tanbouyé Romain et tous nos ancêtres qui se sont battus pour notre liberté. En 1848 à l’Habitation Duchamp, au Prêcheur, le Tanbouyé Romain bat son tambour au mépris de l’interdiction d’en jouer. Il est envoyé en prison, ce qui provoque la colère de milliers d’esclavagisé.e.s demandant sa libération. Une libération qu’ils obtiendront et qui déchaînera la colère des béké.e.s. Les habitations sont prises d’assaut, plusieurs béké.e.s sont tué.e.s.
Le sang coule tellement que le décret est signé le 22 mai en urgence »

« Pourtant, on nous raconte encore que c’est Victor Schoelcher, signataire de abolition de l’esclavage française qui est le sauveur du peuple noir Martiniquais. Non, Schœlcher n’est pas notre sauveur » insistent-ils.

Jay Asani, une autre jeune activiste martiniquaise, très connue sur les réseaux sociaux, rappelle dans sa story Instagram : « Victor Schoelcher ne nous a pas libéré puisque le lendemain, le 23 ou le 24 mai, nos ancêtre étaient obligés de retourner sur la plantation pour trouver du travail »

Dans leur communiqué ces militants réclament la « réparation par la réappropriation » et posent plusieurs questions  :

Pourquoi la ville de Schoelcher ne s’appelle-t-elle pas Romain ?
À quel endroit précis arrivaient nos ancêtres ?

Quand est-ce que les habitations seront nos lieux de mémoire gratuits et accessibles en tout temps ?
Quand arrêteront-elles d’être des machines à cash pour les non-descendants d’esclavagisée.e.s?
Pourquoi ne pas remplacer la « Bibliothèque Schoelcher » par la « Bibliothèque Frantz Fanon » ?

Une statue de Siméline Rangon à la place de Joséphine ?
Eugène Mona plutôt qu’une statue de d’Esnambuc ?

« Si vous avez décidé de mettre l’île en vente, sachez que l’Histoire n’oubliera pas »  … poursuit le communiqué.

La réparation d’un peuple ne peut se faire sans des choix forts pour notre culture. Aimé Césaire l’avait compris en créant le SERMAC. Qu’êtes-vous devenus tous, les adorateurs de Césaire ? Où êtes-vous les patriotes fonctionnaires ?
« Un peuple qui ne se voit pas ne peut pas s’aimer » Euzhan Palcy, réalisatrice de film, artiste du patrimoine Martiniquais
« Beaucoup de personnes pensent que la culture c’est la cerise sur le gâteau alors qu’en fait c’est la farine » Josiane Antourel, danseuse, artiste du patrimoine Martiniquais
« Tjwé Mwen zansèt pa ka mà » Simélin, lavwa douvan, tanbouyèz et danseuse, artiste du patrimoine Martiniquais
Aujourd’hui, en tant que descendant.e.s du Tanbouyé Romain, nous décidons de poursuivre la réparation en mémoire de nos ancêtres.
Lanmounité