Destructions de statues en Martinique : Jay Assani, Alexane Ozier-Lafontaine convoquées jeudi par les forces de l’ordre

Deux militantes martiniquaises anti-chlordécone, Alexane Ozier-Lafontaine et Jay Assani, sont convoquées jeudi 26 novembre 2020 par les forces de l’ordre pour être auditionnées sur des destructions de statues en Martinique.

Alexane Ozier-Lafontaine, qui est convoquée à 9h00 du matin à la gendarmerie de Schoelcher, sera entendue par des gendarmes. Jay Assani, également convoquée à 9h00, sera pour sa part entendue au commissariat de Fort de France par des policiers.

On ignore pour l’heure, avec exactitude, sur quoi porteront leurs auditions. Mais selon RCI qui cite le Parquet, il s’agirait d’auditions « pour déterminer les rôles des uns et des autres dans les déboulonnages des statues. Les motifs de poursuites seront précisés par le magistrat instructeur le cas échéant » ».

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Alexane Ozier-Lafontaine et Jay Assani avaient revendiqué avoir participé au déboulonnage et à la destruction de deux statues de Victor Schoelcher, l’une à Fort de France et l’autre à Schoelcher, en marge du 172ème anniversaire de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique, le 22 mai 2020.

« Schœlcher n’est pas notre sauveur », avaient à l’époque écrit dans un communiqué les soutiens des deux jeunes femmes, réclamant que les figures noires de l’émancipation soient davantage mises en avant et que des rues par exemple soient renommées au bénéfice d’acteurs locaux de l’émancipation.

L’affaire avait fait grand bruit en Martinique mais aussi dans l’Hexagone. Dès le lendemain 23 mai, Emmanuel Macron dénonçait des dégradations qui « salissent la mémoire » de Victor Schœlcher et « celle de la République ».

« En abolissant l’esclavage il y a 172 ans, Victor Schœlcher a fait la grandeur de la France. Je condamne avec fermeté les actes qui, perpétrés hier en Martinique, salissent sa mémoire et celle de la République », avait tweeté le chef de l’État.

Les deux jeunes militantes dénonçaient que l’Histoire n’ait retenu que le nom de Schœlcher comme celui qui a aboli l’esclavage en 1848. Elles rappelaient aussi que ce sont les esclaves qui ont arraché leur émancipation, revendiquant ces destructions comme un refus d’associer des faits historiques à la gloire d’une seule personne.

Relayée sur les réseaux sociaux, la vidéo de la chute d’une des statues de Schoelcher avait provoqué l’indignation d’une partie de la classe politique martiniquaise dont le député Serge Letchimy qui avait dénoncé un acte de vandalisme.

Dans un communiqué, le maire de Fort-de-France, Didier Laguerre, avait lui-aussi condamné « avec la plus grande fermeté » la destruction de ces statues et appelé à « ne pas céder à la tentation de réécrire l’histoire ».

Mais trois jours plus tard, le 25 mai 2020, le meurtre raciste de l’afro-américain George Floyd, asphyxié par un policier blanc à Minneapolis, avait ouvert un débat d’abord aux Etats-Unis puis dans le monde, sur le racisme et ses fondements historiques.

Cet examen de conscience avait entraîné une vague de déboulonnages de plusieurs statues d’esclavagistes et de personnalités liées à l’esclavage dans d’anciennes colonies comme le Royaume-Uni, la Belgique ou encore les Etats-Unis.

En juillet dernier, d’autres statues ont été déboulonnées en Martinique par des militants anti-chlordécone dont celle de Joséphine de Beauharnais, l’épouse de Napoléon Bonaparte, et une de Pierre Belain d’Esnambuc, un colon qui avait pris possession de la Martinique en 1635.