Discours de George Pau-Langevin lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai

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Discours Madame George PAU-LANGEVIN, Ministre des outre-mer Journée nationale de la traite, de l’esclavage et des abolitions, Mardi 10 mai 2016, dans les Jardins du Luxembourg.

« Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président du Sénat,
Cher Jessie Jackson
Madame la Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur de et de la Recherche,
Monsieur le Garde des sceaux, Ministre de la Justice, Madame la Présidente du CNMHE,
Mesdames et messieurs,

Chaque année, la date du 10 mai constitue un moment de recueillement pour notre République. Je n’étais pas dans les jardins du Luxembourg l’année passée. Je me trouvais à Point-à-Pitre, sur le site de l’ancienne usine sucrière de Darboussier, aux côtés du Président de la République, des chefs d’état de divers pays pour l’inauguration du mémorial ACTe, ce temple du souvenir dédié aux victimes de cette tragédie.

On ne construit pas un avenir en dissimulant au présent les ruines du passé. Le passé hante les hommes et les peuples qui n’en veulent rien savoir.
Ce passé, s’il n’est pas interrogé, s’il n’est pas mis en partage, s’il n’est pas transmis aux jeunes générations – comme au travers du concours national de la Flamme de l’Egalité que nous avons porté avec la Ministre de l’Education nationale- continuera à faire le lit de la discorde, des blessures, des humiliations et des replis communautaires. Nous devons assumer notre passé si nous voulons assurer notre avenir commun.

Je suis heureuse que soit parmi nous aujourd’hui le Révérend Jesse Jackson qui s’est engagé très tôt dans la lutte contre les discriminations au côté du Pasteur Martin Luther King.
Il a mené et continue de mener aux Etats-Unis le combat pour la tolérance, pour la fraternité et la réconciliation. Il sait trop ce que la haine et l’intolérance sont capables de produire.
Il sait que la mémoire est le seul lieu possible où peuvent reposer tous ceux qui ont été privés de sépulture.

Il ne s’agit pas de ressasser, mais un peuple qui se souvient est, au contraire, un peuple qui peut vivre en paix son présent et envisager son avenir. C’est ce que fait le peuple français et ce qu’il continuera à faire dans une volonté d’élucidation, de transmission, et de vigilance.
Cela nous permet de rendre hommage aux esclaves qui ont lutté pour leur liberté, mais aussi à tous ces grands hommes, à ces philosophes, à ces citoyens ordinaires qui, dans notre pays, se sont battus pour la liberté.
Bâtissons fraternellement notre avenir. C’est le plus éclatant des démentis à apporter à ceux qui, hier comme aujourd’hui, cherchent à séparer les Français d’origines, de cultures et de traditions diverses.
Quelle que soit notre provenance, quelle que soit notre histoire, soyons respectueux des blessures de chacun, solidaires de l’histoire de chacun, et vigilants à l’égard de tous ceux qui voudraient nous priver du bienfait de vivre ensemble.
Parce que notre vivante solidarité d’aujourd’hui est la meilleure revanche que nous ayons à notre disposition contre les maîtres de mort d’hier et d’aujourd’hui.

Merci à vous. »

Photo : Dothy-CH