Discrimination : Des élèves d’origine caribéenne, privés de grandes études à Londres

Une étude récente du professeur Steve Strand de l’Oxford University Department of Education au Royaume Uni, laisse sans voix. Entre 2005 et 2016, l’enseignant a analysé des informations sur six millions d’enfants inscrits dans des écoles londoniennes. A l’issue de ses recherches, il a été révélé que les enfants caribéens étaient systématiquement mis en échec scolaire. Les raisons sont diverses mais la principale, met en cause des préjugés, des perceptions négatives des jeunes élèves scolarisés et de mauvaises décisions prises par leurs responsables éducatifs.

 

Des révélations qui ne surprennent pas le journaliste d’origine jamaïcaine Joshua Surtees, un reporter freelance basé à Londres et à Trinidad. Quand en 2015, le ministère de l’éducation britannique publie des chiffres décevants qui montrent que les élèves noirs des Caraïbes britanniques sont le groupe le moins performant parmi les écoliers britannique. Il est consterné.

Le métis antillais (son père est jamaïcain) décide de d’installer une année à Trinidad pour étudier le comportement des jeunes élèves caribéens. Joshua Surtee fait un contraste flagrant entre la Grande-Bretagne et les Caraïbes.

« Cela m’a procuré de la satisfaction et un réel soulagement de voir les résultats scolaires, la fierté de leurs écoles, le respect et l’admiration pour les bons enseignants, le comportement discipliné dans et en dehors des salles de classe à Trinidad. Les responsables ont compris que l’amélioration de soi-même par l’apprentissage contribue au développement social des générations futures. Les dirigeants trinidadiens, les politiques, les associations et les artistes, tous soutiennent les structures familiales. »

Une mentalité à l’opposé de ce qu’il découvre dans les écoles du centre-ville de Londres.

Selon l’opinion publique britannique et le point de vue des académies anglaises, les jeunes ne veulent pas apprendre, ne valorisent pas la scolarité et se comportent mal. Joshua Surtees, de retour des Caraïbes, commente : « Les faibles attentes des enseignants et des parents (à Londres), entraînent un grave manque de motivation. Il est facile de blâmer un enfant paresseux, mais il n’y a pas beaucoup d’enfants (quelle que soit leur couleur ou leur origine) qui se débrouillent seuls. Ils doivent être poussés et guidés ».

Les préjugés qui circulent en Angleterre ont amené une grande partie des responsables éducatifs à identifier systématiquement les noirs des Caraïbes comme étant en difficulté, les sortant du système normal pour une éducation scolaire moins intéressante. Des décisions  discriminatoires qui s’opèrent en classe secondaire privant les jeunes d’un avenir brillant ou meilleur.

« Les enfants noirs des Caraïbes risquent de subir un programme inapproprié et restreint, du fait d’une suridentification injustifiée, en particulier dans les écoles secondaires. Ce qui pourrait signifier qu’ils obtiennent (peut-être) un travail moins exigeant sur le plan académique et moins orienté sur leur vocation, comme aspirer à un poste de mathématicien au profit d’un poste d’ouvrier » , remarque Steve Strand de l’Oxford University Department of Education.

Les Académies classent arbitrairement en SEMH, les dossiers des jeunes noirs caribéens. Le SEMH traduit pour un jeune, des difficultés sociales qui nécessitent des besoins éducatifs spéciaux couvrant l’aide aux problèmes de santé mentale et aux comportements difficiles.

En conclusion, le professeur Steve Strand avoue être incapable d’expliquer, pourquoi les enfants noirs des Caraïbes (en particulier)  sont plus susceptibles d’être diagnostiqués SEMH. Mais, le chercheur préconise qu’il « est important que les écoles examinent leurs politiques et s’assurent que rien n’entraînerait une vision erronée des capacités des jeunes scolarisés à évoluer dans des systèmes scolaires normaux.»

Selon le journaliste en freelance Joshua Surtee, les enfants issus de parents caribéens sortent dès 16 ans du système scolaire, comme le faisaient autrefois les anglais de classe moyenne. Il s’agissait dans les années 1960, d’intégrer très vite le monde du travail. Contrairement aux jeunes africains qui à l’image de leurs parents immigrés, plus tard au Royaume Uni, sont plus instruits, plus enclin aux grandes études.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
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