Doit-on s’inquiéter de la présence de requins tigre dans les eaux des Antilles françaises ?

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Guadeloupe
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Ce lundi 7 octobre une femelle requin tigre a été pêchée accidentellement aux Saintes en Guadeloupe, dans un filet à lambis par un pêcheur professionnel. Petite surprise lorsque le pêcheur ouvre l’estomac : des restes d’une torture marine… Bien que la capture de cette espèce reste surprenante, elle n’en est pas pour autant rare et/ou inquiétante.

Cette espèce fréquente régulièrement les eaux côtières tropicales et les tortues marines font parties de son régime alimentaire.

Le requin tigre, une espèce vulnérable

Le requin tigre (Galeocerdo cuvier) est une espèce qui affectionne les eaux tempérées et tropicales. Pouvant vivre en haute mer mais aussi dans la zone côtière, cette espèce peut être rencontrée très près des côtes dans moins de 5 m de profondeur mais aussi dans les profondeurs au-delà des 1 000 m.

Cette espèce est « quasi-menacée » d’après l’UICN (il possède le même statut que le rhinocéros blanc, Ceratotherium simum). En d’autres termes, le requin tigre rejoindra la liste rouge des espèces menacées d’extinction d’ici peu si aucune mesure s’est prise pour conserver l’espèce.

Lié à différentes caractéristiques biologiques dont une maturité sexuelle tardive (un requin tigre doit parfois atteindre 13 ans pour pouvoir se reproduire pour la 1ère fois), un long temps de gestation (les bébés mettent plus de 13 mois pour se développer) et une courte espérance de vie (environ une vingtaine d’années) ce requin possède un indice de résilience « faible » et un indice de vulnérabilité « très élevé » (source : Fishbase). Autrement dit : ce requin est très vulnérable face à une menace (telle que la pêche).

Doit-on s’inquiéter de la présence de requins tigre dans nos eaux ?

Le requin tigre fait partie des espèces présentes dans les Antilles françaises. Pouvant évoluer dans les eaux côtières tropicales, il n’est pas surprenant de rencontrer cette espèce près de nos côtes. D’ailleurs, des requins tigre sont régulièrement capturés dans les eaux des Antilles françaises.

Sa taille imposante, son régime alimentaire (qui comprend des proies de taille importante comme d’autres requins, des tortues marines, des mammifères marins, des oiseaux marins), et son habitat (qui peut être côtier) font de lui une espèce potentiellement dangereuse pour les humains. Il fait partie des espèces de requins les plus impliquées dans les cas mortels de morsures sur humains.

Mais rappelons quelques chiffres pour l’année 2019 : le requin tigre a été impliqué dans 0 accident mortel (sur les 4 recensés dans le monde) et dans 4 accidents non mortels (sur les 79 recensées à travers le monde). Source : Global Shark Attack File.

De plus la présence de requins tigre ne doit pas être assimilée avec le danger. Dans certains pays, comme aux Bahamas, au Mexique et en Afrique du Sud, ce requin représente un attrait touristique essentiel pour l’économie locale : il est la star recherchée par les plongeurs expérimentés.

Une capture accidentelle.

La capture de ce requin est considérée comme une capture accidentelle (ou « prise accessoire »). En d’autres termes, le pêcheur a installé son filet pour pêcher des lambis. Cependant le filet à lambis (comme tous les filets « maillants ») n’est pas un engin sélectif . C’est-à-dire que le filet ne va pas pêcher seulement les lambis, il va emprisonner tous les animaux qui vont passer à travers le filet et qui sont trop gros pour passer entre les mailles du filet.

Dans les Antilles françaises ce type d’engin de pêche entraîne chaque année un nombre important de captures accidentelles de tortues marines (espèces protégées et menacées d’extinction) et de requins (dont des espèces menacées d’extinction et interdites à la pêche comme les requins marteau).

Pour réduire ces captures accidentelles, de nombreux pays et territoires de la région caribéenne ont interdit ce type d’engin de pêche et ont développé des méthodes dites « alternatives » comme la pêche de lambis en apnée.

Pour rappel, l’utilisation de filets est autorisée seulement pour les pêcheurs professionnels. L’utilisation du filet à lambis (ou folle) est autorisée dans les eaux territoriales du 1er octobre au 31 janvier. Par ailleurs, depuis août 2019, la pêche de requins et de raies en Guadeloupe est STRICTEMENT INTERDITE pour les pêcheurs de plaisance.

Un requin tigre avec les restes d’une tortue marine dans l’estomac.

Bien que la pêche de requins tigre ne soit pas considérée comme un fait exceptionnel dans nos eaux, l’observation de restes d’une tortue marine dans l’estomac est plus rare. Et pourtant ceci est tout à fait normal.

Tout d’abord, rappelons que le requin tigre est une espèce avec un régime alimentaire très vaste. Ce requin peut se nourrir de poissons et de crustacés mais aussi de proies de taille plus importante comme d’autres requins, des mammifères marins, des oiseaux marins et des tortues marines. Il est important de rappeler que les grands prédateurs, comme le requin tigre, possèdent un rôle important dans la chaîne alimentaire.

Cependant, les pêcheurs vous le diront, ce n’est pas courant d’observer des restes de proies dans les estomacs des requins. Ceci est normal et voici quelques explications : les requins ne se nourrissent pas tous les jours, contrairement aux préjugés que nous avons.

De plus, le processus de digestion étant très rapide chez les requins, les proies ingérées sont rapidement digérées et méconnaissables. La plupart des requins s’alimentant principalement la nuit, la capture en pleine journée laisse généralement le temps au métabolisme pour dégrader les aliments présents dans l’estomac. La durée de ce processus varie en fonction de l’espèce, de sa taille/son âge, mais aussi en fonction de la proie consommée et des paramètres environnementaux (dont la température). Il est donc difficile d’estimer le temps de digestion.

Sources : Réseau Requin des Antilles Françaises