Eau : Odyssi conteste le jugement en faveur des usagers et se retourne contre la SME

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Deux jours après sa condamnation l’obligeant à rétablir « immédiatement » l’eau aux usagers du Lamentin, la compagnie Odyssi traîne à son tour devant les tribunaux la SME et n’entend pas en rester là.

« (…) Tant que notre fournisseur d’eau sur le Lamentin, la SME, ne nous livre pas d’eau, nous sommes dans l’impossibilité d’exécuter le jugement », affirme le président d’Odyssi, Yvon Pacquit, qui dit ne pas « comprendre » la décision du tribunal judiciaire de Fort de France qu’il juge «étrange et injuste ».

« Nous introduisons donc une action en justice contre la SME pour le non respect du contrat qui nous lie, quant à la livraison d’eau sur le Lamentin et Saint-Joseph, » annonce samedi dans un communiqué le patron de la société distributrice d’eau qui entend impliquer la SME.

L’astreinte financière ne passe pas, Odyssi se retourne contre la SME

« Nous ne comprenons pas cette décision de justice et étudions avec notre avocat les suites à donner », prévient Yves Pacquit.

Il conteste en particulier l’astreinte financière ordonnée par le juge des référés, obligeant Odyssi à verser 50 euros par jour civil de retard et par plaignants.

Jeudi 7 mai, Odyssi a été condamnée par le Tribunal à rétablir « immédiatement » l’eau du robinet aux 159 plaignants du Lamentin qui réclamaient le respect de leurs droits, après plusieurs semaines de coupures d’eau, en pleine sécheresse et pandémie de COVID19.
Regroupés au sein d’un collectif et représentés par sept avocats, les abonnés ont obtenu gain de cause. Une première en Martinique dans ce conflit récurrent de l’eau qui affecte l’île.

La SME est aussi responsable, accuse Odyssi

Le tribunal a retenu l’existence d’un « trouble manifestement illicite »de la part d’Odyssi, qui a été en outre condamné à verser à chacun des plaignants, une provision de 500 euros à valoir sur leurs préjudices et 10.000 euros à l’ensemble des parties pour les frais engagés.

Mais depuis jeudi, Odyssi, n’a toujours pas rétabli l’eau aux usagers comme le lui a ordonné le juge et se retrouve donc sous le couperet de l’astreinte financière.

Yvon Pacquit impute la responsabilité des coupures d’eau aussi à la SME et refuse donc de porter seul le chapeau. « Odyssi n’est pas seule en cause dans ce dossier », accuse-t-il.
« Sur le Lamentin et Saint-Joseph, Odyssi n’est que distributeur de l’eau qu’elle reçoit de la SME. Elle n’est pas en charge de la production d’eau potable sur le secteur », se défend-il.

« Concrètement et pour se conformer à cette décision de justice, Odyssi a pris les mesures nécessaires depuis le 7 mai afin d’augmenter les quantités d’eau qu’elle prélève dans la rivière Blanche pour tenter de garantir l’alimentation en eau de tous les abonnés qui dépendent directement de sa production », assure Yvon Pacquit.

Odyssi continue d’invoquer la sécheresse

Mais voilà, l’eau ne coule toujours pas dans le robinet de ses abonnés.
Le patron d’Odysdi déplore un jugement qui « impose (…) de modifier notre mode de gestion coordonnée avec les autres distributeurs d’eau et de ne considérer que les besoins de nos abonnés en se conformant stricto-sensu au jugement ».
Il fustige la décision du tribunal qui a refusé la sécheresse « exceptionnelle » qui sévit actuellement en Martinique, comme cas de « force majeure », alors que le département est placé en alerte sécheresse.

Catherine Conconne met en garde contre des troubles à l’ordre public 

La sénatrice, Catherine Conconne déplore une prise en « otage » des Martiniquais dans ce conflit de l’eau qui ne fait qu’empirer et met en garde contre un risque de troubles à l’ordre public, face à des usagers désespérés.

« Nous risquons à terme des troubles. Les populations concernées nous ont adressés assez de signaux pour que nous soyons conscients de leur état », prévient-elle dans un communiqué.
« La parole publique a perdu tout crédit auprès de la population et tous nos efforts sont mis à mal. Monsieur le Préfet, les Martiniquais ne doivent pas être l’otage d’une guerre qui s’est visiblement installée dans ce milieu et qui leur cause un préjudice inacceptable renforcé par la période d’épidémie de COVID,» fustige-t-elle.

Faute d’avoir pu obtenir des résultats, malgré plusieurs réunions avec les acteurs concernés, elle demande au préfet de les réunir à nouveau afin « d’arbitrer ce trouble qui porte préjudice aux Martiniquais ».

Catherine Conconne préconise des mesures de contrôles en « plus haut lieu »

«Je vous demande instamment de bien vouloir réunir dans les plus brefs délais, l’instance qui s’est déjà tenue à deux reprises en préfecture et qui comprend tous les concernés », indique-t-elle. « (…) Une fois de plus, dommage que l’on doive s’en remettre à l’arbitrage du représentant de l’État pour régler une situation qui aurait dû l’être autrement », assène la sénatrice.
« Des mesures de contrôle doivent être engagées en plus haut lieu pour donner satisfaction aux abonnés.

Cette situation d’imbroglio ne peut plus durer », affirme la sénatrice qui est membre de la Commisdion des Affaires economiques et membre de la délégation sénatoriale aux Outre-mer au Sénat.

« Nos compatriotes ne peuvent plus continuer à être les otages de désaccords ou peut-être, encore plus grave de stratégies », accuse-t-elle. « Les laisser dans une telle situation est inqualifiable.

Il faut trancher et toute la vérité doit être dite. Trop de zones d’ombre perdurent », poursuit Catherine Conconne qui constate que « la situation loin de s’arranger empire ».