Edouard et Sandra, le secret de ce couple amoureux du Maré Tèt

Dans les Festivals de mode, les Salons de beauté ou invitées aux grands événements dédiés aux femmes noires, les exposantes spécialisées dans le maré tèt, rivalisent d’ingéniosité avec ce carré de foulard, tantôt fabriqué en tissu madras ou en wax. Elles sont souvent leur propre modèle et portent en couvre-chef des tissus de toutes les couleurs qu’elles confectionnent elles-mêmes. Mais ceux de Sandra Rosel sont confectionnés avec un peu plus d’amour. Derrière les foulard du maré tèt de la guadeloupéenne se cache un homme aux doigts de fée. Le duo raconte avec humour, leur histoire d’amour, leur passion pour un accessoire qui ne se résume pas seulement à une mode ou à un folklore.

Ce samedi 6 avril, Sandra, s’active sur son stand. elle, prépare plusieurs coiffes pour le défilé qui clôture le Salon Beauty Hair de Sarcelles. Édouard Rosel en retrait, observe son épouse, grande, élancée, maquillage orangé, tunique rouge et tèt maré, la flamboyante Sandra attire la clientèle, majoritairement antillaise.

Le temps d’une pause, l’exposante explique la présence de son mari au milieu des femmes qui patientent. Édouard est celui qui contribue à la rendre aussi attirante. Edouard est le couturier, les petites mains dans l’ombre sont celles du guadeloupéen : «Je suis dans l’ombre, je me fais tout petit, mais je suis bien là » avoue-t-il en souriant.

Né en Guadeloupe, Édouard a grandi avec sa mère une excellente couturière: « J’ai été élevé avec ma maman, elle m’a enseigné les bases du métier. Quand je me suis rendu compte que Sandra aimait le maré tèt, que c’était une passion pour elle mais qu’elle ne savait pas coudre,  je lui ai proposé de l’aider. Je lui ai dit : pourquoi on ne se lancerait pas ce défi ? Aujourd’hui, nous sommes heureux. Nous sommes un duo de choc. » raconte Édouard qui ajoute être le booster dans le couple. « Je savais déjà coudre c’est clair. Mais nous ne savions pas comment faire. Tous les deux nous avons appris à couper, à ajuster, ensemble nous avons commencé à prendre les mesures. Et la réussite est là. »

Attentive, Sandra confirme et complète les révélations de son époux : « Je travaille en couple avec lui.  J’achète le tissu, j’anime aussi des ateliers et j’apprends aux clientes à attacher leur foulard. Mais les gens ne savent pas que c’est mon mari le couturier, que c’est lui qui coupe le tissu, qui fait les coutures et assemble les pièces. Wax ou madras, on coupe 52cm de tissu, on prépare les attaches, notre foulard mesure 2m20. »

Du duo, c’est Édouard qui aura l’idée d’en faire un commerce, précise Sandra : « Je faisais mon maré tèt régulièrement quand un jour mon mari m’a suggérée que je pouvais faire plus. J’ai hésité à me lancer dans le commerce et l’enseignement du maré tèt. Mon mari a tellement insisté que je lui ai dit oui. Et nous voilà aujourd’hui, avec notre marque nous faisons partie des leaders dans le maré tèt à Paris ».  

Si le talent de couturier revient à l’homme, le rôle de Sandra dans cette petite affaire familiale est essentiel. Elle est seule à décider des motifs, des couleurs, de la texture des tissus africains ou antillais, classique ou tendance pour les maré tèt qu’ils réalisent tous les deux.

La passion du foulard, Sandra l’a eu tôt. Le goût des choses bien faites, elle apprécie : « Mon foulard et ma tenue doivent être en accord. Si on a un foulard en motif, on ne va pas s’habiller en motif ! On doit synchroniser, le foulard, sa tenue et le maquillage qui va avec. Quand on regarde dans un miroir, on voit rapidement si tout s’harmonise. Souvent juste un beau maré tèt suffit. Un beau port de tête peut faire la différence, le maré tèt attire le regard ». Comme un conseil à ses futures clientes : « Toutes les femmes devraient utiliser les petits riens qui existent dans notre culture pour aller mieux et être encore plus belles ».

Leur premier regard, leur coup de foudre, Édouard s’en souvient : « la première fois que je l’ai vue, elle avait la tête attachée, j’ai dit waouh ! Au second rendez-vous, pareil ! Je me suis dit qu’il va falloir m’y faire. Ensuite, elle m’a parlé de son univers, ses grand-parents, son arrière-grande-mère. Elle m’a ému et cela la rendait encore plus belle. Un soir on a discuté, elle m’a confié qu’elle ne savait pas coudre, je lui ai répondu : t’inquiète ».

Plus amoureuse que jamais, Sandra taquine lui répond : « Eh maintenant quand on sort, Monsieur aime être bien assorti à mes vêtements. Il met un petit bout du même tissu de mon maré tèt dans sa poche de chemise. À la maison, il n’y a plus aucune place pour stocker mes foulards. »

Dans leur entreprise tout le monde s’investit et chacun à sa tâche : « C’est pas forcément évident, il faut que le couple soit solide et sérieux pour ne pas tout laisser tomber à la moindre difficulté.  Il faut beaucoup d’amour pour travailler ainsi et on en a suffisamment entre nous. Les enfants sont habitués à me voir avec mes foulards. J’ai 3 filles. Elles plient les tissus, elles repassent avec maman, elles rangent, elles font tout ce qu’il a à faire. C’est un affaire de famille ».

Le défilé de maré tèt au Salon Beauty Hair se termine.  Sandra fait le bilan de deux années à satisfaire les goûts des clientes jeunes et adultes, classiques ou modernes ou encore de celles qui suivent les tendances :
« Aujourd’hui, le tissu Wax est mis en évidence parce qu’il est devenu un phénomène de mode. Mais à l’origine, c’est avec le madras qu’on s’attachait la tête. Moi, je propose le madras pour celles qui en veulent. Il y a une identité derrière ce bandeau car cet héritage vient sûrement de très loin. A l’époque, c’était un signe de respect pour la femme qui se couvrait la tête et dans certaines religions, c’est très important pour la femme de se couvrir la tête. Nos grand-mères portaient le foulard pour se protéger du soleil dans les champs de canne, elles le mettaien pour aller à la messe, pour des cérémonies. Le maré têt est devenu un accessoire de beauté mais il l’était depuis très longtemps d’ailleurs Je tiens cette passion de mon arrière grand-mère. C’est une tradition qu’on doit perpétuer. Souvent on a peur, on n’ose pas s’habiller avec des couleurs vives. Moi, Je le mets à ma façon et j’aime beaucoup. »

Bonne communicante Sandra a aujourd’hui une affaire florissante : « Je regrette, de n’avoir pas commencé plus tôt, de démarrer ce jeu de transmission beaucoup plus tôt. Mais bon le résultat est au rendez-vous quand même. »

Un bilan positif pour le duo d’amoureux qui boucle un week-end collaboratif : « Ce soir partager mes connaissances avec d’autres entrepreneurs, échanger avec eux, même si je ne vends pas, c’est un vrai bonheur pour Édouard et moi. »

Amour et Maré Tèt, tradition et mode (C'news Actus Dothy)

TRADITION – PATRIMOINE – MODE – TENDANCE : Entre le Wax et le Madras, les femmes redécouvrent des traditions qui remontent bien plus loin que l'époque esclavagiste. Selon le sociologue malien Facoh Diarra, avant même les femmes arabes, les femmes africaines se couvraient la tête pour éloigner les mauvais esprits. Pratique religieuse ou domestique, le bandeau autour de la tête aurait une signification dans plusieurs cultures. Reportage Dorothée Audibert-Champenois C'news Actus Dothy – Access'Iles By Papillon Seve Mas Outre Mer Sarcelles

Publiée par Antillesboxmail – Dothy sur Dimanche 14 avril 2019

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Crédit photos C’news Actus photos