En Haïti, une lycéenne violée, torturée, tuée : La famille n’avait pas les 100.000 dollars exigés par ses ravisseurs

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Caraïbe
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Haïti est sous le choc jusqu’au Président de l’île, après la découverte macabre du cadavre d’une lycéenne abandonné dans une décharge, quatre jours après son kidnapping, sa famille n’étant pas parvenue à réunir les 100.000 dollars US réclamés par ses ravisseurs.

Violée, torturée, battue à mort par ses ravisseurs, la jeune Haïtienne, Evelyne Sincère 22 ans, qui venait tout juste de passer son bac cette année, avait été kidnappée le 29 octobre dernier.
Son corps sans vie a été retrouvé dénudé, le 1er novembre, par sa sœur dans la décharge de Delmas 24, située dans la commune de Delmas, rapporte le journal Haïti Libre.

Ses ravisseurs réclamaient 100,000 dollars américains, mais la famille n’avait pu réunir que 15,000 dollars. Incapables de réunir une telle rançon, les parents et les anciens camarades de la victime avaient lancé un appel à la raison aux kidnappeurs, en vain.
Dimanche matin 1er novembre, n’ayant pas reçu la somme exigée, les ravisseurs ont appelé les parents pour les informer que le cadavre de leur fille avait été jeté dans la décharge de Delmas 24, précise le journal.

Battue à mort avant d’être jetée dans une décharge

« Elle a été battue à mort », a confié au journal Le Nouvelliste le juge de paix suppléant de Delmas, Jean Flaury Raymond, qui a retrouvé le corps dans la décharge, en compagnie de la sœur de la victime.

Selon le magistrat, son cadavre présentait des ecchymoses au niveau du bras gauche, du dos et des fesses. Elle a été battue au niveau de la plante de son pied droit. « Son vagin était enflé », a-t-il ajouté, n’excluant pas des viols à répétition.

La sœur de la victime, Enette Sincère, dévastée, relate le récit de ses conversations avec les kidnappeurs qui avaient exigé initialement une rançon de 100.000 dollars avant d’en accepter finalement 15.000.

Mais, l’un d’eux a rappelé prétextant «qu’il n’attendrait pas lundi parce qu’il n’y (avait) pas de place », a indiqué Enette Sincère qui explique avoir remué ciel et terre pour trouver l’argent.
La victime aurait été saoulée par une connaissance avant de se retrouver entre les mains de ses meurtriers. « On me dit qu’elle a été chez un partenaire qui l’a saoulée », confie Enette Sincère dans une vidéo devenue virale sur la Toile.

Le petit ami de la jeune femme serait suspecté dans cet assassinat crapuleux, rapporte le journal Haïti Standard qui cite des proches de la victime.
Mardi 2 novembre, des policiers haïtiens appartenant au groupe dénommé “Fantom 509” ont manifesté dans les rues de Delmas afin de réclamer justice pour Évelyne Sincère, rapporte le journal Haïti Standard.

Une population meurtrie et impuissante face à une recrudescence du kidnapping

Cet assassinat a bouleversé la population haïtienne, suscitant indignation et effroi dans un pays où la liste des victimes de violences liées à l’insécurité particulièrement de kidnapping ne cesse de s’allonger depuis plusieurs semaines.
Le Président Jovenel Moïse a fait part de son indignation. « En tant que père de famille, je suis profondément choqué par l’enlèvement suivi de l’assassinat de la jeune écolière Evelyne Sincère. De telles atrocités sont inacceptables. Les autorités policières et judiciaires n’ont qu’un seul choix : mettre les bandits hors d’état de nuire », -a-t-il écrit sur twitter.

Idem pour, Rockfeller Vincent, Ministre de la Justice.
« Je suis révolté devant l’assassinat de l’élève Evelyne Sincère. Cet acte criminel touche la Nation dans ses valeurs sacrées. J’exige du Parquet de Port-au-Prince et de la DCPJ des résultats concrets et rapides pour ce crime odieux et foncièrement révoltant », a-t-il déclaré sur Twitter.
Critiqué, notamment sur les réseaux sociaux pour sa conduite de l’affaire, le directeur général de la Police nationale d’Haïti, Rameau Normil a quant à lui annoncé que plusieurs unités étaient mobilisées. Il a demandé à la population de coopérer.

Le kidnapping en Haïti, une activité lucrative qui s’est accélérée ces dernières semaines

Le journal Le Novelliste relate plusieurs cas de kidnapping ces dernières semaines :
« Wolf Hall, propriétaire de Titi Lotto, enlevé par des bandits armés à la ruelle Alerte, a été libéré après plusieurs jours de séquestration aux ordres du chef de gang nommé Ti Lapli, membre de G-9, un regroupement de gangs », écrit le journal.

« L’ex-footballeur international haïtien, Johnny Descollines, un jeune médecin et son ami ont été séquestrés, après avoir été kidnappés à Delmas 33, le 21 octobre, vers 3 heures du matin par des hommes lourdement armés, en uniforme de police, circulant à bord d’une Nissan », poursuit le journal.

Il ajoute que « le 9 octobre 2020, vers 2 heures de l’après-midi, Marthe Romulus, 37 ans, au moment de faire la navette entre l’ancien et le nouveau local de l’entreprise d’import/export pour laquelle elle travaille, confie avoir a été interceptée ainsi que le chauffeur de son patron par six hommes lourdement armés portant l’uniforme de l’USGPN, à la rue des Miracles. Elle et le conducteur du véhicule ont été kidnappés et libérés après ».

Après avoir diminué régulièrement depuis mars pour atteindre une moyenne mensuelle de 3,5, le nombre d’enlèvements est passé à 19 en juillet, les gangs étant retournés à des activités plus lucratives après des semaines d’intenses négociations et d’affrontements, selon le dernier rapport des Nations unies sur Haïti.

Au total, 32 personnes (dont 9 femmes et 3 enfants) ont été enlevées, contre 25 au cours des trois mois précédents (dont 7 femmes et 7 enfants), ce qui représente une augmentation de 28 % », poursuit le rapport.