En Martinique, deux pétitions pour retirer la statue de Colbert, père du Code noir, devant l’Assemblée nationale

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Deux pétitions lancées en Martinique, dont l’une à l’adresse d’Emmanuel Macron, demandent le retrait de la statue de Jean-Baptiste Colbert, père du Code noir, devant l’Assemblée Nationale. Les deux pétitions lancées en 2018 et 2019 sont toujours actives.

Elles émanent du Martiniquais Gilles Dégras, éditeur et rédacteur de la célèbre lettre satirique « Bondamanjak », particulièrement redoutée par la classe politique de l’île.

« La présence d’une statue de COLBERT, le père du Code noir, devant l’Assemblée nationale française est une aberration dans une France qui se dit pays des Droits de l’Homme, et qui a déclaré l’esclavage Crime contre l’Humanité », écrit Gilles Degras dans sa première pétition lancée en 2018 sur la plate-forme Avaaz.org. Les descendants de personnes mises en esclavage en Martinique, Guadeloupe…: Contre la présence de la statue de COLBER. A ce jour, elle a recueilli 2.799 signatures. (Accéder à la pétition ici)

Retirer la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale, par respect pour les descendants des esclavagisés de Martinique et de Guadeloupe

La deuxième pétition, à l’attention du Président de la République, a été lancée en 2019 sur la plate-forme change.org, (accéder à la pétition ici).  Depuis 2017, Gilles Degras mène sur les réseaux sociaux une croisade pour le retrait de la statue de Jean-Baptiste Colbert devant l’Assemblée Nationale, par respect pour les « descendants des personnes mises en esclavage en Martinique et en Guadeloupe », dit-il.
« Depuis août 2017, je me bats contre la présence de cette statue devant l’Assemblée nationale. Ça ne gêne personne ! Aujourd’hui, le vent est dans mon sens », dit-il jeudi à People Bokay.

Le Cran en appelle aux autorités pour déboulonner la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale

Jeudi 11 juin, le président d’honneur du Cran a, pour sa part, de nouveau lancé un appel aux autorités afin de déboulonner la statue de la « honte » devant l’Assemblée nationale pour la mettre dans un musée.

Sur BFM, Louis-Georges Tin a également demandé que soient débaptisées les « écoles Colbert », ajoutant : «je ne voudrais jamais être dans un lycée qui s’appelle le lycée Pétain ».

Fustigeant la présence devant l’Assemblée nationale de la statue de Colbert « qui a préparé le Code noir et (..) créé la compagnie des Indes, de sinistre mémoire», Louis-Georges Tin a déploré qu’en France, « en matière de Crimes contre l’Humanité, c’est la théorie et la pratique ».

« Nous avons une loi Taubira votée à l’Assemblée qui dit que l’esclavage est un Crime contre l’Humanité et nous avons une statue de Colbert qui était l’ennemi de la liberté, l’ennemi de l’égalité, l’ennemi de la fraternité. Nous avons une salle Colbert à l’Assemblee nationale. Mais c’est absolument immonde ! », a-t-il lancé.

Le Code noir a été préparé par Colbert (1619-1683) à la demande de Louis XIV, alors qu’il était son ministre. Jean-Baptiste Colbert en est l’initiateur. Après sa mort, le Code noir a été terminé par son fils, le marquis de Seignelay (1651-1690). Il s’agit d’un recueil d’une soixantaine d’articles, publiés, en plusieurs fois, en 1685, qui rassemble toutes les dispositions réglant la vie des esclaves noirs dans les colonies françaises.

Parmi les punitions du Code noir : oreilles coupées, jarrets coupés, marquage au fer rouge, mort par pendaison

Dans son livre d’analyse sur le Code noir et ses applications, publié en 1987, Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique à Paris-I, estime que le Code noir est « le texte juridique le plus monstrueux qu’aient produit les Temps modernes ».

Dans l’article 44 du Code noir, il est écrit que « les esclaves sont meubles », c’est à dire des biens pouvant être achetés, vendus, donnés, saisis, obéissant aux formes prévues pour les biens meubles.

Concernant la fuite des esclaves devenus des «marrons », le Code noir prévoit qu’à la première tentative, le marron capturé a les oreilles coupées et est marqué au fer rouge. La deuxième tentative aboutit à lui couper le jarret. La troisième tentative, il est puni de mort par pendaison.
Le 21 mai 2001, la loi dite loi Taubira, du nom de Christiane Taubira, a reconnu les traites dont la traite négrière et l’esclavage, Crime contre l’Humanité.

Cette loi française reconnaît comme Crime contre l’Humanité les traites et l’esclavage pratiqué à partir du xve siècle sur les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes.