Esclavage : La Caraïbe attend des réparations de la France, des Pays-Bas et du Royaume-Uni

Après plus de 200 ans d’esclavage dans la Caraïbe, les revendications mémorielles des afrodescendants sont diverses qu’elles soient francophones ou anglophones. Entre réparations et réconciliation les descendants d’esclaves sont contrariés ou indifférents à une histoire lointaine qui a vu naître la population antillaise actuelle. Si en France, les demandes mémorielles divergent, dans l’espace caribéen, l’heure est clairement à la réparation.

Aujourd’hui encore, les dirigeants caribéens par la voix de leur gouvernement continuent d’exiger de l’Europe, des réparations pour le trafic d’hommes et de femmes et leur mise en esclavage dans l’Archipel antillais depuis le XVème siècle. Ce commerce transatlantique conduisant les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes d’Afrique aux Caraïbes, a été reconnu par la France comme un crime, un des plus grands maux commis par des êtres humains. Appelée « Loi Taubira », une loi mémorielle, a été adoptée et promulguée en France ( 21 /5/2001), elle tend « à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité».

Treize ans après cette reconnaissance française, 15 pays du Caricom officialisaient leur demande de réparation au titre de l’esclavage et de la colonisation. Le 11 mars 2014, les États européens visés par cette demande étaient en priorité la France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Leurs étaient demandées outre des excuses publiques et sincères, « une annulation de la dette extérieure des états membres du Caricom et la mise en place d’un programme de rapatriement à destinations des descendants des 10 millions d’africains déportés ».

Dans l’annonce faite par l’avocat Martyn Day, il s’agissait aussi d’obtenir pour le Caricom, la mise en place d’une conférence internationale en présence de la France, des Pays Bas et du Royaume Uni.

En 2017, le Caricom a donc envoyé des lettres de paiement à la France, à la Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, mais également au Portugal, à l’Espagne, à la Norvège et à la Suède. Et, un comité des réparations (au Caricom) a été créé par les Etats des Caraïbes dans le but de réclamer des indemnisations et des excuses publiques des dirigeants de ces pays.

Seule, la Grande-Bretagne, sans s’attaquer directement aux réparations, a réagi en injectant pas moins de 300 millions de livres sterling dans le partenariat Royaume-Uni-Caraïbes pour l’infrastructure. Le gouvernement britannique déclarait alors, vouloir « aider les Caraïbes sur la voie du développement en sortant les populations de la pauvreté et en leur créant de nouvelles opportunités. »

Mais, le gouvernement trinidadien de l’époque, s’il reconnaît cette volonté de partenariat britannique, défend le vœu de la réparation pour les préjudices occasionnés : « À Trinidad nous devons considérer l’appel à la réparation comme un devoir que nous avons envers nos ancêtres qui ont souffert cruellement. Cette contribution (réparation) à notre bien-être actuel doit être reconnue dans un monde qui accepte désormais cette compensation et cette réparation. Ce sont des conditions préalables dans l’intérêt de la justice », déclarait l’ancien Président Anthony Carmona.

Des appels qui restent vains auprès des pays européens concernés, à l’instar des demandes de réparations des Afro-Américains aux États-Unis.

Les pays membres du Caricom sont : Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, Montserrat, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Suriname et Trinidad-et-Tobago.

Source The Philadelphia Tribune

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
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