Evaluation de l’impact économique de l’épidémie de Covid-19 en Martinique

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La CCI Martinique a confiée à l’institut Qualistat d’évaluer l’impact de la crise sanitaire COVID-19 sur les entreprises martiniquaises. Ci-dessous les résultats de la seconde vague de l’enquête :

Le fort ralentissement, voire l’arrêt de l’activité économique en raison de la pandémie de Coronavirus, n’est pas sans effet sur la situation des entreprises de Martinique et le moral de leurs dirigeants.

En effet, plus de trois entreprises sur cinq ont totalement interrompu leur activité parce qu’elles étaient concernées par une fermeture administrative ou parce que le dirigeant en a pris la décision. C’est dans l’espace Sud que la part d’entreprises ayant fermé est la plus importante, le poids du secteur touristique sur ce territoire n’est sans doute pas étranger à ce constat. Les entreprises qui ont maintenu une activité ont eu recours au chômage partiel, mais également au télétravail qui a fait des émules dans tous les secteurs d’activité.

Des chefs d’entreprise inquiets
Si 78% des dirigeants interrogés se déclarent inquiets pour l’avenir de leur entreprise, ces craintes sont plus marquées dans les petites structures affichant un effectif de moins de 5 personnes, un chiffre d’affaires annuel de moins de 100 k€ et dans les entreprises créées il y a moins de 4 ans. Indéniablement, la robustesse de l’entreprise et l’ancienneté de son ancrage dans le paysage économique local apparaît comme un atout supplémentaire pour surmonter la crise. Aucun secteur ne semble épargné, mais on notera tout de même que 59% des chefs d’entreprise du BTP se déclarent inquiets alors que ce taux culmine à 89% pour ceux qui relèvent du secteur du commerce.

Ces craintes se focalisent à 80% sur une baisse du chiffre d’affaires. Celle-ci est déjà ressentie sur les 4 premiers mois de l’année (en comparaison avec 2019) et pour plus de la moitié des chefs d’entreprise le chiffre d’affaires s’est effondré d’au moins 50%. Les chefs d’entreprise redoutent également le dépôt de bilan et le fait de devoir licencier des collaborateurs.
Ces perspectives économiques et sociales redoutées à l’échelle des entreprises s’expriment également au travers des craintes encore plus marquées pour l’économie martiniquaise. En effet, 87% des chefs d’entreprise se disent inquiets pour la situation économique générale de la Martinique.

Des entreprises inégales face aux dispositifs d’aide proposés et face aux banques

Pour faire face à cette baisse d’activité sept entreprises sur dix ont sollicité leur banque. En premier lieu ces sollicitations concernent la mise en place d’un PGE ou les reports d’échéances. Dans l’ensemble le taux de satisfaction des entreprises par rapport aux réponses apportées par les banques et est plutôt faible. Seuls 37% des dirigeants se déclarent satisfaits alors que 43% affirment leur insatisfaction. Toutefois, ce constat masque de profondes disparités en fonction de la taille des entreprises. Ainsi, alors que le taux de satisfaction des structures réalisant un CA de moins 100 k€ n’excède pas 24%, il atteint 59% pour celles dont le CA est supérieur à 1 M€. De même, les entreprises de moins de 4 ans ne sont que 32% à se déclarer satisfaites de la réponse bancaire, tandis que celles existant depuis plus de 19 ans sont satisfaites à 49%.

De même, parmi l’arsenal de mesures proposées par l’Etat, le report de charges fiscales et sociales, le fond de solidarité pour TPE, le chômage partiel et le PGE sont les quatre mesures les plus sollicitées. Mais là encore, ce sont les entreprises les plus anciennes, celles réalisant les chiffres d’affaires les plus élevés qui ont postulé pour la mise en place du chômage partiel et pour l’obtention du PGE. Le fossé de niveau de performance existant entre les très petites entreprises qui composent la majeure partie du tissu économique local et les plus grosses structures pourraient se creuser d’avantage à l’issue de cette crise sanitaire.

Un déconfinement progressif qui de pair avec une lente reprise de l’activité économique La volonté de l’Etat de relancer l’économie par le déconfinement de la population a été est envisagé dans un redémarrage de l’activité à compter du 11 mai. Toutefois, dans les faits, la poursuite de la non-scolarisation des enfants, le fort ralentissement de l’activité économique, les possibles modifications de comportements d’achat des ménages, les freins psychologiques à se rendre dans des commerces très fréquentés ne seront pas sans effet sur la reprise de l’activité des entreprises. En Martinique, les dirigeants estiment qu’il faudra près de 10 mois et demi pour retrouver un niveau d’activité similaire à celui d’avant la crise. Pour 38% ce délai sera même supérieur à un an.

Bien sûr la crise a amené les chefs d’entreprise à s’interroger sur leurs pratiques, sur les perspectives et sur les mutations nécessaires à la relance de l’économie Martiniquaise.

D’une manière générale, le numérique est appelé à occuper une place de plus en pus importante dans la stratégie des entreprises. Par ailleurs, le télétravail expérimenté dans le cadre de cet épisode pandémique, sera sans doute pratiqué plus souvent et plus intensément dans les entreprises, mais gageons qu’une fois encore elles ne seront pas toutes logées à la même enseigne et tous les postes des entreprises ne pourront pas en bénéficier. Enfin et comme souvent lorsque les échanges commerciaux avec l’extérieur sont limités, la question du développement des filières locales de production est mise en avant. La mutualisation des moyens, la structuration des filières, et l’incitation de la population à une consommation plus forte de produits locaux sont autant de pistes avancées.

Enquête réalisée sur un échantillon représentatif de 582 entreprises. La représentativité de l’échantillon est obtenue par la méthode des quotas, définis par rapport aux critères secteur d’activité, et la zone d’implantation de l’entreprise.

L’enquête a été administrée en ligne, à partir d’un fichier d’entreprises transmis par la CCIM. Personne interrogée : dirigeant de l’entreprise.

Les enquêtes ont été réalisées du 29 avril au 7 mai 2020.

QualiStat rappelle que les résultats de cette enquête doivent être lus en tenant compte des marges d’incertitude : de 1,8 à 4,1 points au plus pour un échantillon de 600 répondants. Voir les résultats complets ici