Féminicides : Lola et Kleya, deux jeunes antillaises défilent à Paris : «Cette violence fait peur !»

Selon les chiffres officieux, le nombre de personnes dans les rues de Paris ce samedi 23 novembre, pour dénoncer les violences subies par les femmes, était estimé à plus de 30 000 personnes.

Dès 14 heures face à l’Opéra National de Paris, une marée de pancartes blanches et violines, masquait presque l’édifice. Hommes et femmes se préparant pour une longue marche censée sensibiliser le gouvernement d’Edouard Philippe. L’objectif étant de se faire voir et entendre de l’Etat, d’aller plus loin que des propositions ou des demi-mesures car derrière les chiffres du «Féminicide» en France et en Outre-mer, ce sont des femmes qui meurent atrocement chaque mois. Des épouses ou concubines, jeunes ou moins jeunes sont assassinées par leur conjoint ou ex-compagnon. Parallèlement aux «Féminicides», les agressions sexuelles et le harcèlement se comptabilisent à la hausse.

Henry, un manifestant martiniquais à Paris

Le «Féminicide» qui est entré dans le débat public ces dernières années reste un dossier récurrent tant le phénomène prend de l’ampleur. Depuis le 1er janvier 2019, 137 femmes sont mortes. Et chaque mois, c’est en moyenne 20 femmes qui périssent sous les coups violents de leur partenaire. Le gouvernement a d’ailleurs lancé depuis le 3 septembre dernier un «Grenelle des violences conjugales» qui s’achève bientôt.

Saida

Ce samedi 23 novembre, Boulevard des Italiens, la marocaine Saida est sur le trottoir, apprêtée pour l’occasion. Elle observe la marche avec émotion : «Je pleure cette femme assassinée à Montfermeil» confie Saida.

Amina T. victime de  «Féminicide» intime

Ce drame a eu lieu le mardi 6 novembre 2019. Aminata 31 ans a été tuée de plusieurs coups de couteaux portés par son mari Alou. L’homme de 40 ans est décédé lui aussi, des suites de ses blessures. Une tragédie dont leurs deux fillettes ont été témoins.

Mais cette violence qui se lit dans les journaux, «fait peur» avoue la jeune Lola, l’adolescente d’ascendance antillaise et camerounaise est choquée qu’il faille tant de prudence pour «juste sortir». «Je ne trouve pas normal d’être si inquiètes quand on sort le soir ». Pour son amie Kleya, «C’est bien que tout cela soit dénoncé» mais la jeune guadeloupéenne ajoute qu’il est hors de question de «s’arrêter de sortir parce qu’il a ce risque (de violence sexuelle)». Toutes les deux remercient leurs parents de les mettre sans cesse en garde et en ados responsables, Lola et Kleya s’empressent de rejoindre le reste du groupe avec lequel elles ont rendez-vous.

Lola et Kleya

Shana est journaliste en formation à Paris et ses revendications sont celles de la foule de manifestants qui, montant le Boulevard des Italiens répétait à tue-tête, les mots lancés dans les  mégaphones : «Souvenez-vous, Résistez, ne cédez pas» ou «Ras le viol». «On avance sur pleins de débats mais pas sur celui des violences faites aux femmes» s’agace la jeune fille dont les parents sont de Guinée et du Congo. Est-ce parce que c’est un problème de femmes que les solutions efficaces tardent à se mettre en place? Shana s’interroge «S’il s’agissait d’une question qui concerne la gente masculine, on n’en serait pas là».

Shana Foromo

Dans une ambiance de fête mêlée de chants, d’avertissements et de reproches, les manifestants ont suivi pacifiquement la marche longue de plusieurs kilomètres. Une gilet jaune de la première heure s’est dite satisfaite que cette marche ait réuni tant de gens, tant de femmes. Les hommes pancartes au dos ou autocollant ont aussi soutenu la «cause». Toujours déterminés, les organisateurs continuaient à distribuer des pancartes violines autour d’eux.

Cette marche est aussi un rassemblement intergénérationnel. De nombreux jeunes présent dans la marche, portaient leur protestation à bout de bras. La société connait ce mot «Féminicide» qui signifie : Douleur, silence, peur des femmes à quitter leur bourreau. Aujourd’hui, dans Paris, des hommes et des femmes se sont unis pour crier une colère assourdissante, celle contre le viol, contre les abus sexuels, contre la mort, contre les violences sur le corps des femmes. Des femmes, des mères, des sœurs, des victimes de morts violentes.

Selon les derniers recensements, : «Une femme est tuée tous les deux jours par son conjoint, contre tous les trois jours auparavant»

Ce lundi de nouvelles mesures qui censées mettre un terme aux Féminicides devraient être annoncées par le gouvernement.  Les armes à feu des conjoints violents confisquées, le suicide forcé entre dans la loi, La déchéance de l’obligation alimentaire supprimée, la levée du secret médical, la médiation familiale en cas de violences, une grille d’évaluation pour les forces de l’ordre sont les principales mesures attendues et enfin, la mise en place dès l’an prochain du bracelet anti-rapprochement.

Extrait de la manifestation qui a réunie entre 30 000 à 40 000 participants ce samedi 23 novembre 2019 :

Les jeunes et les violences faites aux femmes (C'news Actus Dothy)

MARTINIQUE-GUADELOUPE-PARIS-VIOLENCES : Concernés et informées par les médias, les jeunes savent ce que signifie le mot FEMINICIDE, ses causes et ses conséquences. Dans le même temps, les viols, agressions et harcèlements les inquiètent tout autant … Ils en parlent… Reportage Dorothée Audibert-Champenois C'news Actus Dothy Antillesboxmail – Dothy

Publiée par Antillesboxmail – Dothy sur Samedi 23 novembre 2019

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Image et vidéo C’news Actus Dothy