Fespaco 2019-Avenir du cinéma africain : Christiane Taubira et Aminata Traoré au Colloque du cinquantenaire du Festival

Au terme de deux journées de travaux en ateliers, les modérateurs du Colloque du cinquantenaire du Fespaco ont rendu leurs conclusions, ce mardi 26 février 2019. « Confronter notre mémoire, Forger l’avenir et pérenniser le Fespaco et les nouvelles formes économiques » étaient les trois thèmes de discussion au programme de la rencontre. Des recommandations ont été préconisées et rapportées lors de la séance plénière en fin de journée.

En clôture du Colloque, Aminata Dramane Traoré et Christiane Taubira ont analysé les perspectives de développement du cinéma africain en émettant des avertissements sur les aspects économiques qui peuvent perturber les perceptions identitaires dans les réalisations cinématographiques.

« Je suis folle de rage ! ».
Aminata Dramane Traoré, en prenant la parole dans la salle de conférence du CBC (Conseil Burkinabé des Chargeurs) a dénoncé la mondialisation et le néo-libéralisme qui spolient le réel travail des africains et plus précisément celui des cinéastes d’Afrique. Si l’écrivaine s’attarde sur les films Nollywood, c’est pour mieux déceler les dérives qu’engendrent de telles productions sur le continent noir. Aminata Dramane Traoré souligne le dilemme dans lequel baigne les réalisateurs qui à l’image des cinéastes internationaux, espèrent vivre de leur création. Et l’ancienne ministre de la culture et du tourisme au Mali, a ce « cri du cœur » : Comment se vendre ? Comment répondre aux demandes du marché ? Dès lors la militante fait les remarques suivantes : «Quand on touche aux questions qui nous font douter de nous, de nos traditions, de nos coutumes, il y a de l’argent. Mais quand on veut revenir en force, il n’y a plus de sous ». Selon Aminata Dramane Traoré qui se dit pessimiste, ce tournant est grave mais elle avoue qu’elle n’a aucune solution à proposer. Forger l’avenir, elle veut bien mais pérenniser dans l’intérêt des autres croyances en modifiant les repères identitaires qui est « Notre socle » , la militante Aminata Traoré laisse le débat ouvert.

« Le cinéma africain doit parler comme tous les cinémas du monde ».
D’un naturel plus confiant et plus optimiste, l’intervention de Christiane Taubira mesurait le chemin parcouru par les peuples africains, les influences de cette diaspora partout à travers le monde. L’ancienne ministre de la justice française a déployé tout son talent d’historienne pour mieux faire comprendre à son auditoire, la nécessité d’associer l’esthétique et le réel dans les œuvres cinématographiques. Le réalisateur africain ou caribéen doit prendre conscience de son devoir de chercher à « revitaliser ce qui s’est isolé, fragmenté et sectorisé ». Christiane Taubira croit en la puissance de la mémoire, une force qui transmet et qui resurgit de nulle part


Elle rejoint la vision d’Aminata Traoré, garante d’une ou des Afrique(s) fière(s) de ses valeurs et de ses traditions. Mais femme afrodescendante , Christiane Taubira donne du sens au métissage dont sont issus toutes les diasporas noires, africaine, caribéenne, guyanaise, européenne, tous ses apports doivent être reçus comme des nouveaux outils pour les jeunes réalisateurs d’Afrique. « L’Art est une expression engagée » est la phrase qu’on retiendra de son intervention chaleureusement accueillie.

La séance plénière a permis de présenter les compte-rendus des différents ateliers qui se sont déroulés tantôt au siège du Fespaco, tantôt au CBC, la salle des Congrès de la ville de Ouagadougou.


Les préconisations sont diverses :  Les productions antillaises se heurtent à des problèmes de  distribution, il faut les encourager à se positionner sur les marchés du film, améliorer les échanges entre les universités américaines et le Fespaco, décentraliser le Festival du cinéma vers les régions rurales de la ville. Toussaint Tiendrebegdo, le président du Colloque, a évoqué le militantisme au cinéma face à la réalité économique. Gaston Kaboré, prix de l’Étalon d’Or de Yennenga en 1997 et Directeur d’Imagine, une école de Ciné à Ouagadougou,  a souhaité le retour des grands débats initiés depuis la création du Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou, il y a cinquante ans.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Crédit photos C’news Actus Dothy