Fespaco 2019 : La Martinique défend son film « Goyave » au Burkina Faso

Plus de 300 festivaliers étaient rassemblés lundi 25 février 2019 au Ciné Burkina pour la première projection du seul film martiniquais en compétition au Fespaco 2019.

L’ancien Ciné Volta, situé face à la grande mosquée de Ouagadougou et Cote Est du marche central, face a Marina Market, accueillait l’équipe du film « Goyave » dans une salle devenue plus confortable depuis son dernier relooking. Le court-métrage en créole antillais qui décrit les relations entre les deux communautés principales sur l’île, a suscité auprès des spectateurs du Ciné Burkina de l’intérêt et et beaucoup d’émotion.

Sonia Jean-Baptiste et Jean-Claude Banys, régisseur de « Goyave », seules personnes de l’équipe présentes ce jour-là, ont assisté à la projection du film attentivement suivi par les membres du Jury du Fespaco 2019 .

Dans la salle plusieurs antillais n’ont pas manqué de montrer leur attachement au film en redécouvrant une rue ou un lieu (Garnier Pagès, la Savane) ou s’amusant d’une expression créole plus descriptive que sa traduction en français. Des éclats de rire ont nourri cette lecture de « Goyave » qui pourtant se déroule en Martinique durant une période de crise sociale inédite.

Nous sommes en février 2009, (les commentaires à la radio et à la télévision, nous le rappellent), les antillais, mais aussi les réunionnais et les guyanais, ne supportent plus « La Vie Chère » telle qu’elle est vécue sur leurs îles respectives. Les denrées alimentaires sont hors de prix, mais également tous les produits finis consommés sur place. Le coût d’achat des voitures, de l’électro-ménager, les services et l’habillement se conjuguent avec un taux de chômage plus important que celui de la France métropolitaine.

Face à cette injustice sociale dénoncée par les syndicats dont le leader charismatique en Guadeloupe est Elie Domota, une caste privilégiée, les Békés, descendants des premiers colons, semble être mieux nantis. Les noirs, fils et filles d’anciens esclaves accusent les fils et filles de leurs anciens maîtres de profiter d’une situation économique qui serait en leur faveur : « Ils ont toutes les terres et la plupart des commerces en Martinique » répète en boucle la population noire depuis des siècles.

La grève contre la « Vie chère » est lancée et durera deux mois rythmés par des cris et des pancartes hostiles : « Les békés sont des Voleurs ». Rideaux baissés, chômage technique, le climat social est tendu. Des jours difficiles pour les martiniquais et guadeloupéens qui assistent à des violences et des affrontements politiques inédits. Antillais, guyanais et réunionnais ont les mêmes revendications et tous résistent pour que le gouvernement français les entende. Il s’agit alors de plafonner les prix des produits de première nécessité et d’obtenir une augmentation de 200 euros sur les salaires.

Les aliments de base commencent à se faire rare, les rayons sont vides, le collectif du 5 février s’organise et certains distribuent des vivres. Cette crise qui démarre le jeudi 5 février 2009 s’étendra sur plusieurs semaines, le monde aura les yeux fixés sur ces petites îles francophones de la Caraïbe, familièrement nommées les Antilles.

Mais en marge des manifestants (identifiés par des Tee-shirts couleur rouge), l’histoire d’une famille béké surprend. Et, le film de Néneb Bépé et de Christophe Agelan décrit crûment la vie de Grégory Beauville, celui d’un jeune béké qui veut juste vivre autrement. L’homme qui vit seul avec son père depuis la mort de sa mère, est un petit béké « goyave » de Martinique, un descendant de colons. Il est sans fortune.

L’ouverture du film est magnifique, la comédienne martiniquaise Ingrid Jean-Baptiste Ruotolo qui joue le rôle de Carmen dans le film, interprète avec talent, un titre chanté par feu Patrick Saint-Eloi du groupe Kassav. Une complainte qui donne le ton du film, celui d’une vie trouble où des êtres se déchirent mais sont forcés de vivre ensemble, sur le même territoire, celle où ont vécu leurs ancêtres.

Le film est joué avec une grande rigueur et fait appel à des non-professionnels Mehdi Giguet, Bernard Domergue et Olivier Jean. Seule l’actrice Ingrid Jean-Baptiste Ruotolo, formée au métier du cinéma à Los Angeles, est une professionnelle. La comédienne d’origine antillaise est avec sa mère Sonia Jean-Baptiste, les fondatrices du Festival du Cinéma de Chelsea à New York.

Ici au Burkina Faso, l’équipe présente au Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou espère décrocher le prix du meilleur court-métrage 2019. Cette nouvelle édition du Fespaco est un événement pour tout le Burkina, qui célèbre le cinquantenaire du Festival né en 1969 par la volonté de passionnés du septième Art.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Crédit photos : C’news Actus Dothy